Nous ne sommes pas des délinquants, nous sommes des victimes » — Des Gabonais réclament justice devant le ministère

Chose promise, chose faite. Comme annoncé le week-end dernier, un groupe de victimes des violences post-électorales de 2016 s’est rassemblé lundi 19 mai dernier, devant le ministère de la Justice à Libreville pour exprimer sa profonde indignation et sa détresse face à l’inaction des autorités. À la tête de cette mobilisation : l’Association Réconciliation, qui milite pour la mise en place d’une Commission vérité, justice, réparation et réconciliation au Gabon.

Les voix se sont élevées, poignantes, chargées de douleur, de colère et d’un profond sentiment d’abandon. « Nous avons été assassinés. Volontairement assassinés par l’armée gabonaise. Et à ce jour, nous ne savons toujours pas qui a donné l’ordre de tirer sur nous », lance la présidente de l’association, Claudine Aïcha Tsoumbou. À ses côtés, des visages marqués, des corps meurtris, et des familles brisées par des années de silence et de marginalisation.

Parmi les manifestants, un homme montre les preuves médicales de son calvaire. Blessé par balles en 2016, il souffre encore d’une double fracture au bras droit. Ne pouvant supporter la climatisation ou certaines postures, il vit dans une douleur constante, sans jamais avoir été soigné convenablement. « Je ne demande pas de poste, ni des millions. Juste une opération. Cela fait neuf ans. »

Un autre manifestant, vice-président de l’association, évoque la mort de son fils et de son petit-fils, tués devant leur maison. Les rues étaient quadrillées par les militaires. « Mon enfant n’était pas au QG de Jean Ping. Il venait juste de manger. Ils l’ont abattu. », raconte t-il.

Les manifestants accusent le gouvernement de transition de perpétuer une forme d’injustice héritée du régime précédent. « On nous parle de coup de libération. Libération de qui ? Certainement pas de nous. Ali Bongo est parti, mais la souffrance est restée », dénonce une victime.

Une justice à deux vitesses ?

La récente libération de Sylvia Bongo et de Noureddin Bongo Valentin a ravivé les blessures. « Pourquoi eux sont-ils libres pendant que les victimes de 2016 mendient encore une prise en charge médicale ou psychologique ? Pourquoi les responsables ne sont-ils pas inquiétés ? », s’indigne une autre manifestante.

Selon la responsable de l’association, de nombreux courriers ont été adressés aux autorités, restés sans réponse. « Nous sommes fatigués de mendier l’attention du président. Nous ne sommes pas des délinquants. Nous sommes des citoyens gabonais. Nous avons servi ce pays. »

Les manifestants réclament une réponse institutionnelle forte : une commission indépendante, la reconnaissance officielle des victimes, un accompagnement psychologique et médical, et une volonté politique réelle d’ouvrir les dossiers des violences de 2009 et 2016. Pour eux, il ne s’agit pas de vengeance, mais de vérité et de réparation.

« Nous avons besoin de pleurer nos morts. Nous avons besoin de justice. » Et surtout, comme le résume un des pères endeuillés : « À mon âge, je devrais être entouré de mes petits-enfants. Au lieu de cela, je parle de la mort de mon fils. C’est ça, la 5e République ? »

Les faits rapportés dans cet article sont issus de témoignages recueillis sur le terrain. Le ministère de la Justice n’a pas encore réagi officiellement aux accusations formulées par les membres de l’Association Réconciliation.

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