Fait-Divers/Rio : La résidence d’un ancien gouverneur ravagée par un incendie mystérieux

Un bâtiment chargé d’histoire part en fumée, les soupçons d’un acte criminel alimentent les interrogations.

Une épaisse colonne de fumée noire a troublé le calme matinal du quartier populaire Rio le dimanche 10 août dernier. Aux premières heures du jour, un incendie d’une rare intensité a entièrement ravagé la résidence d’un ancien gouverneur de la province de l’Estuaire. Le sinistre, survenu entre 6h30 et 7h00, a réduit en cendres l’ensemble des bâtiments qui composait la résidence inhabitée depuis plusieurs mois.

Très vite, des flammes impressionnantes ont envahi les lieux, ne laissant aucune chance à l’imposante bâtisse, aujourd’hui réduite à l’état de ruine fumante. Le sinistre, qualifié de particulièrement violent, a mobilisé les sapeurs-pompiers plusieurs heures durant. Mais en dépit de leurs efforts, le feu avait déjà fait son œuvre. Lorsque les secours sont arrivés sur les lieux aux alentours de 10h, soit près de trois heures après le début de l’incendie selon les témoins, il ne restait presque plus rien à sauver.

Une résidence abandonnée… mais récemment nettoyée ?

La résidence, qui fut autrefois le symbole du pouvoir provincial, était inhabitée depuis plusieurs mois. L’ancien gouverneur n’y résidait plus et, selon les riverains, même le gardien aurait déserté les lieux depuis un certain temps. Les bâtiments étaient plongés dans le noir, sans électricité, ni signe d’occupation.

Pourtant, un détail trouble les esprits des populations de Rio. Les alentours de la résidence montraient des signes d’une activité récente. Les herbes hautes avaient été coupées, les petits arbustes taillés, comme si une opération de nettoyage avait été menée peu de temps avant l’incendie. Une intervention discrète, dont personne ne semble connaître les auteurs.

« On voyait bien que quelqu’un avait nettoyé la cour il y a quelques jours à peine », confie une habitante du voisinage, encore sous le choc. « C’est ce qui nous fait croire que ce n’est pas un feu accidentel. Il y a quelque chose de louche dans cette histoire. »

Un feu mal éteint… ou un incendie criminel ?

D’après les premières constatations, les flammes pourraient avoir été déclenchées par un feu de broussailles mal maîtrisé. Les individus à l’origine du débroussaillage auraient mis le feu à l’herbe coupée avant de quitter les lieux, sans s’assurer de son extinction complète. Porté par le vent, le feu se serait alors propagé aux structures de la résidence, principalement construites avec des matériaux inflammables.

Mais cette version ne convainc pas tout le monde. L’absence totale de témoins directs, la disparition du gardien, l’activité mystérieuse autour de la résidence, ainsi que la nature des bâtiments, autrefois hautement symbolique – laissent planer le doute. La piste d’un incendie criminel n’est pas écartée par les autorités, qui se veulent prudentes. « Nous poursuivons nos investigations. À ce stade, aucune hypothèse n’est privilégiée », a déclaré une source proche de l’enquête.

Pour les habitants de Rio, la disparition de cette résidence n’est pas anodine. Elle représentait un pan entier de l’histoire politique locale. « Même si elle était à l’abandon, cette maison faisait partie de notre patrimoine », explique un notable du 2e arrondissement de Libreville. « Elle a vu passer des décisions importantes, des réceptions, des moments historiques. La voir partir en fumée aussi brutalement, c’est très douloureux. » a-t-il ajouté.

Dès l’annonce de l’incendie, de nombreux riverains se sont rassemblés autour des décombres, certains la gorge serrée, d’autres furieux face à ce qu’ils considèrent comme une négligence flagrante ou une tentative de dissimulation.

Et maintenant ?

L’enquête se poursuit sous la direction des autorités judiciaires, qui devront faire toute la lumière sur les circonstances exactes du sinistre. Une expertise technique est attendue dans les prochains jours afin de déterminer l’origine précise du feu.

En attendant, les interrogations demeurent : pourquoi une telle opération de nettoyage avant l’incendie ? Qui avait intérêt à voir cette maison disparaître ? La résidence de l’ancien gouverneur hautement clôturée a-t-elle été la cible d’un règlement de comptes ou d’un acte malveillant ?

À Rio, l’émotion est encore vive, et la population attend des réponses. Ce drame pose également la question plus large de la protection et de l’entretien des bâtiments historiques laissés à l’abandon, parfois sans surveillance ni entretien, au cœur des quartiers urbains.

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