À quelques jours de l’ouverture officielle de la campagne électorale pour les élections législatives et locales prévues ce mois de septembre, un événement d’une intensité spirituelle rare s’est tenu samedi dernier, à Owendo. Un concert de louange et d’intercession, placé sous le thème « Paix et unité nationale », a rassemblé des centaines de fidèles venus de diverses églises de Libreville et ses environs. L’initiative a été portée par la Grande Commission de Nomba, sous la houlette du Révérend Pasteur Président Koumba-Koumba, avec la participation de plusieurs communautés chrétiennes regroupées autour de la pastorale des églises d’Owendo. C’est dans l’enceinte de l’église « Mission de Prière Colonne de Feu des Rachetés », implantée dans le quartier populaire de Sans-M’étonne (1er arrondissement d’Owendo), que les croyants se sont rassemblés pour cette veillée spirituelle. Une quinzaine d’églises étaient représentées, toutes animées d’une même volonté, celle de confier les échéances électorales à Dieu et prier pour une nation stable, pacifique et unie.
Dès les premières heures de la soirée, les chants de louange ont résonné, portés par des chorales dynamiques, des groupes de musiciens inspirés et une foule enthousiaste. Mais au-delà de la musique, ce concert se voulait avant tout un acte de foi collectif, un cri spirituel lancé vers le ciel à un moment charnière de la vie du pays.
L’Église hors de ses murs : un engagement civique assumé
Dans une société en pleine mutation, les Églises gabonaises semblent vouloir jouer un rôle plus visible dans l’espace public. Plusieurs leaders religieux présents ont insisté sur la nécessité pour les chrétiens de ne plus se contenter de la prière en silence, mais d’assumer une présence active dans le développement national. « Nous ne sommes pas appelés à rester enfermés entre nous. Aujourd’hui, l’Église sort de ses quatre murs pour s’impliquer pleinement dans la société », a affirmé l’Apôtre Emmanuel, leader de l’église hôte, dans un discours très applaudi. Il a aussi souligné l’importance du témoignage de paix et d’unité que les Églises doivent incarner, surtout en cette période de tensions politiques potentielles. « Avant de parler de paix dans la nation, les hommes d’église doivent d’abord vivre cette paix entre eux », a-t-il martelé.
Ce message prend tout son sens dans un contexte où plusieurs chrétiens sont également engagés dans la course électorale, dans les différentes circonscriptions du pays. Le rassemblement de samedi était donc aussi un temps de soutien et de consécration pour ces candidats, appelés à être des « porteurs de valeurs » dans l’arène politique. Depuis la transition engagée en 2023 avec l’arrivée du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI), le Gabon vit une période inédite marquée par un vent de renouveau et une espérance partagée par une large frange de la population. Cette dynamique a trouvé un écho dans les paroles du Révérend Pasteur Obe Kumb Mbading, président de la pastorale des églises d’Owendo. « Ce rendez-vous spirituel n’est pas anodin. Il intervient dans un moment critique de l’histoire nationale. L’Église est appelée à jouer un rôle crucial face aux défis actuels. Le Gabon a besoin de nous. À cause de l’amour que nous avons pour notre pays, nous ne devons pas nous taire », a-t-il déclaré avec gravité.
Pour le Révérend, la transition politique en cours n’est pas seulement une affaire de structures ou d’institutions, mais une œuvre profonde de Dieu en train de se manifester, que l’Église doit accompagner avec prière, discernement et foi. « Il est temps que le peuple de Dieu se lève et unisse ses voix dans la prière pour notre nation », a-t-il conclu, appelant à la constitution d’un véritable « autel national de prière ».
Des prières pour la paix, la justice et la transparence
Tout au long de la soirée, les moments de louange ont alterné avec des temps d’intercession spécifiques. Des prières ont été élevées pour les institutions de la République, les dirigeants actuels, les candidats aux élections, mais aussi pour chaque citoyen appelé à voter en conscience. L’objectif visé est que les prochaines élections se déroulent dans le calme, la transparence, et dans un climat de respect mutuel, malgré les divergences d’opinion inévitables dans une démocratie. Les leaders religieux présents ont également insisté sur la nécessité de promouvoir un climat de réconciliation et de cohésion, en refusant toute forme de violence, d’instrumentalisation ou de division.
« Sans la prière, une nation peut vaciller. Mais quand elle se tient devant Dieu, elle se fortifie », a rappelé un pasteur au cours d’un moment d’exhortation. Le Révérend Koumba-Koumba, président de la Grande Commission de Nomba et principal initiateur de l’événement, a appelé toutes les églises à s’unir autour d’une vision commune pour le Gabon. « Ce temps de prière est un appel solennel à toutes les assemblées à se lever, à se joindre à l’œuvre, et à porter spirituellement notre pays dans cette nouvelle saison », a-t-il déclaré avec conviction. Il a également encouragé les fidèles à poursuivre cette dynamique dans leurs communautés locales, en organisant des temps de jeûne, de prière et de sensibilisation dans les quartiers, les familles et les lieux de culte. « Ce n’est qu’ensemble, unis dans le corps de Christ, que nous pourrons faire entendre une voix forte pour notre nation », a-t-il affirmé.
Le message est clair. L’Église doit être un catalyseur d’unité, un pont entre les peuples, un phare de paix dans une mer parfois agitée de tensions politiques ou sociales. L’événement de samedi 13 septembre dernier, confirme une tendance de fond pour la montée en puissance de l’engagement civique des églises gabonaises, qui refusent désormais de se cantonner au strict domaine spirituel. En appelant à la paix, en promouvant la justice, en encourageant la participation citoyenne et en soutenant la transparence électorale, les leaders religieux prennent position comme des acteurs à part entière du devenir national.
Dans un contexte où la confiance envers les institutions reste fragile, et où la société est en quête de repères solides, l’Église semble vouloir répondre présente. Non pas pour se substituer à l’État, mais pour accompagner, éclairer, et élever une voix prophétique qui rappelle l’essentiel, la dignité humaine, la fraternité, la vérité et la paix. À travers ce concert de louange, les croyants gabonais ont voulu exprimer une conviction simple mais puissante, car la foi n’est pas un refuge, mais une force de transformation. Ce rassemblement, bien qu’étalé sur une seule journée, a marqué un tournant dans la mobilisation spirituelle des églises du pays.
En priant pour des élections justes et pacifiques, en appelant à l’unité malgré les différences, en se positionnant comme acteurs responsables, les chrétiens du Gabon rappellent que la prière peut être un acte politique au sens noble du terme et un engagement pour le bien commun. L’avenir du Gabon ne se joue pas uniquement dans les urnes. Il se joue aussi à genoux, dans la prière, dans l’unité, et dans la foi.