La souveraineté alimentaire du Gabon prend une nouvelle tournure. Dans la foulée de la décision du chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema d’interdire progressivement les importations de poulet de chair, les acteurs de la filière agricole nationale multiplient les initiatives pour structurer, produire et valoriser localement.
C’est dans ce contexte que le Marché Samba, en partenariat avec le Groupement d’Intérêt Agricole (GIA), a lancé depuis hier, la Foire agricole du Made in Gabon, un rendez-vous majeur dédié à la promotion des produits issus du territoire national.
Situé au Lac Bleu, au quartier Charbonnage, dans le 1er arrondissement de Libreville, le Marché Samba se présente comme un espace d’échanges et de promotion du savoir-faire gabonais.
Sa directrice générale, Carelle Nkene, en explique la philosophie :
« Le Marché Samba est avant tout une plateforme d’accompagnement et de valorisation des produits issus du territoire national. Nous travaillons main dans la main avec les producteurs de tout le pays, notamment ceux des secteurs vivrier et maraîcher. L’objectif est simple, rapprocher les producteurs des consommateurs, tout en garantissant des produits locaux de qualité à des prix justes. »
Au-delà d’un simple marché, l’initiative vise à créer un écosystème économique local, capable de soutenir les petits producteurs, de fluidifier les circuits de distribution et de renforcer la visibilité des produits gabonais.
Le marché s’approvisionne directement auprès des agriculteurs de différentes régions du pays — Estuaire, Moyen-Ogooué, Ngounié, Nyanga, Ogooue-Lolo, Ogooue-Ivindo, Haut-Ogooué, Ogooué-Maritime, Woleu-Ntem — pour ensuite redistribuer cette production vers les consommateurs urbains.
Le GIA : catalyseur d’une nouvelle dynamique agricole
Le Groupement d’Intérêt Agricole (GIA), représenté par Hervé Omva, est une structure qui fédère les acteurs du monde agricole — producteurs, éleveurs, transformateurs, distributeurs et techniciens — autour d’une ambition commune, celle de faire de l’agriculture un levier de développement économique et social. « Le GIA est né d’une volonté de fédérer les forces vives du secteur agricole et de structurer la filière autour d’un modèle coopératif, efficace et transparent. Nous travaillons à une cartographie complète des acteurs pour identifier les forces, les besoins et les complémentarités de chacun », explique M. Omva.
Le GIA a installé ses bureaux dans des locaux mis à disposition par ses partenaires. C’est depuis ce siège que l’organisation pilote ses travaux, réflexions stratégiques, ateliers techniques, plans de formation et coordination des chaînes de production et de transformation.
Le 30 mai dernier, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema a annoncé une mesure historique, l’interdiction, d’ici 2027, de l’importation du poulet de chair au Gabon.
Cette décision, motivée par la volonté de renforcer la production nationale et de réduire la dépendance extérieure, a suscité une vaste mobilisation au sein de la filière.
« Cette décision du chef de l’État nous a poussés à nous organiser, à réfléchir et à agir. Aujourd’hui, le Gabon compte environ 200 élréfléchireveurs de poulets, mais la plupart produisent à petite échelle, entre 250 et 2 000 têtes par cycle. Nous devons maintenant franchir un cap », explique Hervé Omva.
Pour atteindre cet objectif, le GIA et le Marché Samba misent sur la mutualisation des ressources, la formation technique des éleveurs et la mise en place de fermes pilotes dans plusieurs provinces.
Des partenaires, ainsi que des cabinets d’experts et des ingénieurs agronomes accompagnent cette transition.
Vers un modèle agricole intégré et durable
Les membres du GIA ont développé des modèles économiques concrets pour structurer la production locale.
Ces modèles reposent sur des parcelles agricoles allant de 1 à 10 hectares pour les cultures stratégiques telles que le maïs, le soja et l’arachide — trois produits essentiels à la fabrication d’aliments pour bétail. « Nous avons conçu un modèle de ferme d’élevage pouvant accueillir entre 2 000 et 10 000 poulets. Notre objectif, au bout de deux ans, est de disposer d’éleveurs gabonais capables de produire durablement à grande échelle », détaille un ingénieur membre du GIA.
« L’agriculture est une science de la patience. Il ne s’agit pas de produire des volumes démesurés dès la première année, mais de bâtir un système maîtrisé, stable et rentable. »
Le Marché Samba et le GIA soulignent l’importance du rôle du gouvernement comme facilitateur. L’État doit notamment appuyer les acteurs privés par l’accès à la terre, la création de zones agricoles aménagées, les aides à la production et la mise en place d’infrastructures logistiques. « Le gouvernement fixe le cadre, mais ce sont les entrepreneurs et les acteurs de terrain qui bâtissent l’économie », rappelle Carelle Nkene. Avant d’ajouter, « Notre mission, c’est de faire en sorte que cette politique de souveraineté alimentaire profite réellement aux populations, en garantissant des produits locaux de qualité et à moindre coût. »
Les responsables du GIA ont déjà transmis au gouvernement l’ensemble de leurs propositions et attendent un retour pour la phase opérationnelle du programme. Des discussions sont également engagées sur la création de coopératives régionales, la mise en place d’une assurance agricole, et le développement d’un réseau de transformation locale.
Une vision à long terme : former, produire, transformer et consommer local
Au-delà du seul secteur avicole, le GIA ambitionne de développer une chaîne agricole complète, depuis la production jusqu’à la commercialisation.
Les formations aux bonnes pratiques agricoles, les appuis techniques et la structuration des filières (poulet, maïs, soja, manioc, légumes) constituent les premières étapes d’une vision à long terme, celle d’un Gabon autosuffisant, compétitif et fier de consommer ses propres produits.
« Nous devons sortir du “tout-État” et passer à une logique d’action collective. L’agriculture ne peut se développer que si chacun joue son rôle — producteurs, techniciens, investisseurs, institutions et consommateurs », conclut un membre du directoire du GIA.
Avec la Foire agricole du Made in Gabon, le Marché Samba et le GIA montrent la voie d’un partenariat public-privé porteur de sens et d’avenir.
Leur ambition va bien au-delà de la simple production : il s’agit de bâtir un écosystème agricole gabonais cohérent, capable de nourrir le pays, de créer des emplois, et de redonner à l’agriculture sa place centrale dans l’économie nationale.