Révision de la liste électorale : dans la Ngounié, l’État laisse ses agents dans l’oubli

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Plus de quatre mois après la clôture officielle de la seconde phase de la révision de la liste électorale, les agents des commissions d’enrôlement de la province de la Ngounié attendent toujours d’être rémunérés. Une situation révélatrice des dysfonctionnements persistants de l’administration électorale gabonaise, à un moment pourtant crucial de la vie politique nationale.
Entre le 1er et le 10 août 2025, ces hommes et ces femmes ont été mobilisés dans le cadre de la phase dite de réclamation, dernière étape essentielle destinée à corriger les erreurs, omissions et contentieux liés à l’enrôlement des électeurs. Sur le terrain, les commissions ont travaillé dans l’urgence, parfois dans des conditions matérielles précaires, avec pour seule assurance la promesse d’un paiement rapide, annoncé pour la mi-août.

Mais depuis le 17 août, date à laquelle les indemnités devaient être versées, c’est le silence total. Aucun communiqué, aucune explication officielle, aucun calendrier de paiement n’a été rendu public par le ministère de l’Intérieur, pourtant responsable de la supervision du processus. Les autorités administratives provinciales, quant à elles, se retranchent derrière des justifications floues, invoquant tantôt des « lenteurs administratives », tantôt l’absence d’instructions venues de Libreville.
Pour les agents concernés, cette situation n’est pas seulement une question d’argent. Elle symbolise un profond manque de reconnaissance. Nombre d’entre eux ont avancé des frais de transport, de restauration et parfois même d’hébergement pour assurer la présence des commissions dans les centres d’enrôlement. Certains ont dû suspendre leurs activités professionnelles habituelles, misant sur une rémunération qui, à ce jour, demeure hypothétique.

« On nous sollicite quand il faut sauver le processus électoral, mais une fois le travail accompli, nous devenons invisibles », déplore un agent. Un sentiment de mépris administratif largement partagé, qui alimente la colère et la lassitude au sein des équipes.

Un signal inquiétant pour la crédibilité électorale

Au-delà de la situation individuelle des agents, ce retard de paiement soulève une question plus grave, celle de la crédibilité et de la sincérité de l’organisation des élections au Gabon. Comment garantir un processus électoral fiable lorsque ceux qui en assurent le bon déroulement sont laissés dans l’incertitude la plus totale ? Cette situation pouvait créer un dysfonctionnement au niveau du processus électoral surtout à l’heure où le pays organisait le second tour des élections législatives en fragilisant la confiance des acteurs de terrain et de nourrir l’idée d’une gestion approximative, voire désinvolte, des opérations électorales par l’administration centrale.
Entre oubli, lenteur chronique ou refus non assumé de payer les indemnités dues, le mutisme du ministère de l’Intérieur devient de plus en plus difficile à justifier. Dans la Ngounié, ce silence est perçu comme une forme d’abandon, voire de mépris institutionnel envers une province déjà confrontée à de nombreuses difficultés socio-économiques.

Certains agents n’excluent plus des actions de protestation ou le refus de participer aux prochaines opérations électorales si la situation perdure. Une perspective lourde de conséquences pour un pays engagé dans une transition politique délicate. À ce stade, le paiement des commissions d’enrôlement ne relève plus d’un simple impératif administratif, mais d’une urgence politique et morale. Il en va de la crédibilité de l’État, du respect de la parole publique et de la confiance indispensable entre l’administration et les citoyens qu’elle mobilise.
À défaut d’une réaction rapide et transparente des autorités compétentes, cette affaire risque de s’imposer comme un nouvel exemple des dérives d’une gouvernance électorale déconnectée des réalités du terrain, au détriment de ceux qui en sont pourtant les premiers artisans.

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