Gabon / Crise dans le secteur de la santé : le collectif Urgence Santé interpelle les autorités et fixe un ultimatum

Le malaise au sein du secteur de la santé gabonais continue de s’exprimer avec force. Vêtus de blouses blanches, les personnels de santé réunis au sein du collectif Urgence Santé ont tenu, le mercredi 14 janvier 2026, une assemblée générale au Centre hospitalier universitaire de Libreville (CHUL). Cette rencontre, fortement symbolique, visait à dénoncer les difficultés persistantes que traversent les agents de santé et à poser les bases d’une action collective structurée. S’exprimant au nom de la base, Marie Blanche Ntolo Esso, infirmière et membre active du mouvement, a tenu à clarifier la nature de cette mobilisation. « Urgence Santé n’est pas un syndicat », a-t-elle martelé, précisant qu’il s’agit d’un collectif regroupant les agents de santé des neuf provinces du Gabon, unis par une même volonté, celle de faire entendre des revendications longtemps restées sans réponse.
Au cœur des préoccupations exprimées figure le gel des reclassements, des titularisations et des intégrations à la Fonction publique, une situation qui perdure, selon le collectif, depuis 2015.

À cela s’ajoute l’absence de rappels de salaires pour de nombreux agents, malgré des avancements parfois accordés uniquement « sur papier ». « Certains personnels comptent aujourd’hui plus de vingt ans de service sans avoir jamais perçu leurs rappels, et risquent de partir à la retraite sans avoir bénéficié de leurs droits », a déploré Marie Blanche Ntolo Esso. Une situation jugée injuste et démotivante, dans un secteur déjà éprouvé par des conditions de travail difficiles.

Agents non intégrés et sortants d’écoles abandonnés

Le collectif Urgence Santé a également attiré l’attention sur le sort des agents non intégrés à la Fonction publique, qui exercent dans les structures sanitaires sans salaire, ni présalaire, parfois durant plusieurs années. Ces personnels, pourtant indispensables au fonctionnement quotidien des établissements de santé, se retrouvent dans une précarité extrême. Autre point de crispation serait la situation des sortants des écoles publiques de formation sanitaire, notamment les sages-femmes formées depuis 2022, toujours sans affectation. « Le personnel de santé est vieillissant, la relève est nécessaire, mais tout est bloqué », a souligné la porte-parole du collectif, regrettant que ces réalités restent largement méconnues du grand public.

Selon Urgence Santé, cette méconnaissance alimente l’incompréhension et parfois l’hostilité de la population à l’égard des soignants. « Nous encaissons des injures de partout, alors que nous faisons face à des problèmes structurels graves », a confié Marie Blanche Ntolo Esso, insistant sur le caractère responsable et pacifique de la démarche engagée. Contrairement à certaines interprétations, l’assemblée générale n’avait pas pour objectif de lancer une action de rupture immédiate. « Nous ne sommes pas venus pour casser ou perturber, mais pour réfléchir ensemble à des solutions durables aux problèmes qui minent le secteur de la Santé », a-t-elle précisé.

Élaboration d’un cahier de charges et rencontre avec la Présidence de la République

L’assemblée générale du 14 janvier 2026 était principalement consacrée à l’élaboration et à l’adoption d’un cahier de charges, intégrant l’ensemble des revendications portées par la base. Ce document met notamment en avant la problématique de la main-d’œuvre non permanente, qu’elle soit contractuelle ou occasionnelle, ainsi que les questions d’intégration, de titularisation et de reclassement. À l’issue de cette rencontre, une délégation du collectif a été reçue en début d’après-midi par le conseiller spécial du Président de la République, chargé de la Santé, le Pr Steeve Davain Mouguiama. Cette séance de travail a permis aux représentants d’Urgence Santé de présenter en détail les maux qui affectent le secteur sanitaire gabonais.
Dans un souci d’apaisement, le conseiller spécial, mandaté par le Chef de l’État Brice Clotaire Oligui Nguema a rassuré les membres du collectif, affirmant qu’il transmettrait fidèlement les préoccupations exprimées aux autorités compétentes et qu’il rendrait compte « à qui de droit ».

Urgence Santé prévoit de déposer officiellement son cahier de charges d’ici la fin de la semaine, au cabinet du ministre de la Santé, avec ampliation à la Présidence de la République, par l’entremise du conseiller spécial. Le collectif annonce qu’un délai d’une semaine sera accordé à compter du jour du dépôt de leur cahier de charge à la hiérarchie administrative pour l’examen et le traitement des revendications. Passé ce délai, et en l’absence de réponses qui pourraient être jugées satisfaisantes, une nouvelle assemblée générale sera convoquée afin de déterminer la conduite à tenir.

« C’est la base qui décide ». Enfin, Urgence Santé insiste sur son mode de fonctionnement : toutes les décisions futures seront prises de manière collective, en concertation avec les agents de santé des neuf provinces. « Ce n’est ni moi, ni une personne en particulier qui décide. C’est la base, ce sont tous les agents de santé du Gabon », a rappelé Marie Blanche Ntolo Esso. Alors que certaines organisations syndicales prévoient parallèlement des rencontres avec le ministère de la Santé, le collectif Urgence Santé entend poursuivre sa propre démarche, affirmant la légitimité de la base à porter directement ses revendications auprès des plus hautes autorités.

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