Sous la présidence de Guy René Mombo Lembomba, point focal de la société civile au sein du Groupe multipartite de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (GMP-ITIE Gabon), les organisations de la société civile se sont réunies le samedi 17 janvier dernier, au siège de l’ITIE Gabon, dans le quartier Louis, au 1er arrondissement de Libreville, pour une importante réunion de rétrospective et de rétro-information. Cette rencontre stratégique, qui s’inscrivait dans le cadre du suivi et de l’évaluation des activités de l’ITIE, avait pour objectif de dresser un état des lieux exhaustif du fonctionnement du mécanisme au Gabon, d’analyser les recommandations déjà formulées et d’envisager des amendements structurels afin de garantir la conformité du pays aux exigences internationales de transparence.
Prenant la parole au nom des organisations membres du groupe élargi, Jean-François Ndong Ebe, Secrétaire exécutif du ROLBG et porte-parole du Conseil national de la société civile, membre du groupe élargie ITIE Gabon, a rappelé que le plan de travail constitue « la pierre angulaire de la planification des activités de l’ITIE Gabon ». Cependant, a-t-il déploré, la mise en œuvre de ce plan se heurte depuis plusieurs années à un problème récurrent observé au niveau des retards de décaissement des financements. « Il existe un chronogramme clair et précis, mais lorsque les financements arrivent tardivement, cela perturbe l’exécution des activités, brouille les pistes et compromet le respect des délais », a-t-il expliqué, soulignant que cette situation expose le Gabon à de sérieux risques.
En effet, le non-respect des délais de production des rapports ITIE peut entraîner une évaluation négative, voire une suspension du pays du processus international. Une éventualité que la société civile redoute particulièrement, au regard du précédent de 2013, année au cours de laquelle le Gabon avait été suspendu pendant près de huit ans, avant de réintégrer l’initiative en 2021.
La norme ITIE 2023, un nouveau défi pour le Gabon
Les échanges ont également porté sur l’évolution du cadre normatif de l’ITIE. Désormais régi par la norme 2023, le mécanisme ne se limite plus aux seules industries extractives traditionnelles (pétrole, mines), mais intègre des dimensions nouvelles et transversales telles que l’environnement, le genre, la gouvernance des écosystèmes, la pêche et l’impact social des activités extractives. Face à ces nouvelles exigences, les participants ont estimé que le cadre juridique national, notamment le décret 77, est devenu caduc et inadapté aux réalités actuelles. Ils ont rappelé que des assises tenues il y a quelques mois avaient déjà permis d’engager une réflexion en vue de son amendement. « Il est impératif d’actualiser les textes pour les mettre en phase avec la norme 2023 et permettre une représentation plus inclusive des différentes sphères de la société, notamment celles liées à l’environnement, au genre et aux communautés impactées », ont-ils plaidé.
Les intervenants ont unanimement insisté sur le rôle fondamental de la société civile au sein du groupe multipartite, qui réunit l’État, les entreprises publiques et privées, ainsi que les organisations citoyennes.
« Au niveau international, la société civile est une voix crédible et écoutée. Ses recommandations pèsent lourdement dans l’évaluation des pays membres », a souligné un participant, rappelant que la crédibilité de l’ITIE repose sur l’équilibre et l’indépendance de ses composantes.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que la société civile gabonaise avait récemment publié un communiqué d’alerte, appelant le gouvernement à accélérer les procédures de financement, sous peine de voir le pays replonger dans une nouvelle crise de conformité. Au-delà des aspects techniques, la réunion a été l’occasion d’un plaidoyer appuyé en faveur de la transparence et de la bonne gouvernance des ressources naturelles, en cohérence avec la vision portée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.
Les participants ont rappelé que la transparence, la redevabilité et la traçabilité constituent aujourd’hui des principes cardinaux de l’action publique, régulièrement réaffirmés lors des Conseils des ministres et dans les orientations stratégiques du gouvernement. « Ces principes ne doivent pas rester des slogans. L’ITIE est le mécanisme le plus adapté pour les traduire concrètement en actions au bénéfice des populations », ont-ils insisté.
Ils ont également souligné que près de 90 % du budget de l’État gabonais provient des ressources extractives, ce qui rend d’autant plus cruciale une gestion rigoureuse et transparente de ces richesses.
Éviter le “syndrome hollandais” et restaurer la confiance
Les acteurs de la société civile ont mis en garde contre les effets pervers du “syndrome hollandais”, un phénomène bien connu dans les pays riches en ressources naturelles, où l’abondance des matières premières ne se traduit pas nécessairement par une amélioration des conditions de vie des populations. « Si les ressources naturelles ne profitent pas aux citoyens, alors le système perd tout son sens », a résumé un intervenant, rappelant que l’ITIE vise avant tout à garantir que la richesse nationale génère une plus-value sociale.
Dans cette perspective, la transparence est perçue comme un facteur clé de confiance, aussi bien pour les populations que pour les partenaires techniques et financiers et les investisseurs internationaux. Autre point de préoccupation soulevé était celui des postes vacants au sein des instances de gouvernance de l’ITIE Gabon, consécutifs aux réaménagements institutionnels et aux nominations à de hautes fonctions de l’État.
La société civile appelle à des désignations provisoires rapides, afin d’assurer la continuité du fonctionnement du mécanisme, d’autant plus que les rapports attendus doivent être finalisés avant le 31 décembre 2026, une échéance jugée cruciale. « Le temps presse. Il n’y a pas de bon vent pour un bateau qui ne connaît pas son port », a rappelé Jean François Ndong Ebe, invitant les autorités compétentes à prendre la pleine mesure des enjeux. Les organisations de la société civile ont lancé un appel solennel aux autorités gabonaises et à l’ensemble des parties prenantes pour lever les obstacles administratifs, sécuriser les financements et renforcer l’ITIE Gabon.
Pour elles, il est essentiel que les engagements politiques en matière de transparence ne deviennent ni « un éléphant blanc » ni un simple discours, mais se traduisent par des actions concrètes et mesurables. La réunion s’est achevée sur la volonté affirmée de partager largement les conclusions de cette rétrospective avec les pouvoirs publics, les partenaires et la presse, dans l’espoir de contribuer à une gouvernance plus responsable des ressources naturelles, au service exclusif du peuple gabonais.