Crise persistante dans le secteur de l’éducation : SOS Éducation structure la base et fixe les conditions d’une sortie de crise

Le mouvement SOS Éducation a tenu, ce samedi 24 janvier 2026, une importante assemblée générale au stade Monedant de Sibang. Cette rencontre, très suivie par les enseignants venus de plusieurs établissements, a permis à la base de faire le point sur la crise en cours dans le secteur éducatif gabonais, d’arrêter des décisions structurantes et de clarifier sa position face aux appels à la reprise des cours lancés par les autorités. Prenant la parole au nom de la base, Honorine Angue Mintsa Ondo, représentante de SOS Éducation, a dressé un bilan sans concession de la situation, tout en saluant certains signaux jugés positifs émanant du sommet de l’État.
Dès l’entame de son intervention, la représentante de SOS Éducation a tenu à exprimer la reconnaissance du mouvement à l’endroit du Président de la République, Chef de l’État et Chef du gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema pour son implication dans la recherche d’une solution à la crise, notamment à travers la désignation d’un médiateur. Selon elle, l’envoi d’un médiateur traduit la volonté des plus hautes autorités de recréer les conditions du dialogue entre le gouvernement et les enseignants, après une période marquée par une profonde crise de confiance.

Pour la base, cette médiation constitue une « main tendue », mais qui doit désormais être accompagnée d’actes concrets pour restaurer un climat propice aux négociations. L’un des faits majeurs issus de cette assemblée générale est la structuration officielle de SOS Éducation en tant que corps organisé. Jusqu’ici perçu comme un mouvement de revendication, SOS Éducation se dote désormais d’une architecture nationale fondée sur la base.
Il a ainsi été décidé que chaque province procédera à l’élection de ses représentants de la base, chargés de porter la voix des enseignants au niveau national. Ces représentants provinciaux auront vocation à se retrouver à Libreville afin de participer activement à l’élaboration du protocole de sortie de crise.
Cette démarche vise à renforcer la légitimité du mouvement, à assurer une meilleure coordination et à garantir que les décisions prises reflètent réellement la volonté de l’ensemble des enseignants du pays.

Aucune levée de grève sans libération des leaders syndicaux de l’éducation nationale incarcérés

Sur la question sensible de la grève, la position de SOS Éducation demeure ferme et sans ambiguïté. La base considère qu’il est inconcevable de suspendre ou de lever le mouvement tant que deux leaders syndicaux de l’éducation nationale, Marcel Libama et Simon Ondo Edzo, restent privés de liberté. « Nous avons des collègues en prison. Nous ne pouvons pas reprendre les cours pendant que d’autres enseignants sont incarcérés », a insisté la représentante de la base. Pour SOS Éducation, la libération des leaders syndicaux détenus à tort ou à raison, constitue un préalable non négociable à toute discussion sérieuse. La base estime qu’engager des négociations ou reprendre les cours dans ces conditions serait contradictoire et moralement inacceptable.
Concernant le contenu du futur protocole de sortie de crise, la représentante de SOS Éducation a indiqué que de nombreuses propositions ont émergé des travaux menés au sein des groupes de la base. Ces propositions seront consolidées lors d’un travail collectif avec les points focaux des différentes provinces, dans l’objectif de dégager des solutions à court, moyen et long terme. Toutefois, la base insiste sur le fait que toute avancée restera conditionnée à la libération des syndicalistes Marcel Libama et Simon Ondo Edzo incarcérés à la prison centrale de Libreville, il y a une semaine déjà.

Sur le volet financier, SOS Éducation reconnaît que certaines revendications s’inscrivent dans des problématiques anciennes, parfois accumulées sur plusieurs années. Pour autant, la base rejette toute approche consistant à minimiser ou à renier les droits des enseignants au motif des contraintes budgétaires de l’État. À travers une analogie parlante, la représentante de la base, Honorine Angue Mintsa Ondo a comparé la situation à celle d’un travail déjà exécuté mais partiellement payé, soulignant que les enseignants ont servi l’État et méritent le paiement intégral de leurs émoluments.
Toutefois, dans un esprit de réalisme, SOS Éducation se dit ouverte à des mécanismes innovants, tels que l’étalement des paiements sur une période donnée, avec une injection progressive des sommes dues dans les salaires, afin d’éviter un choc financier brutal pour le Trésor public. Au-delà du règlement des arriérés, la base insiste sur la nécessité de mettre en place des mécanismes fiables pour empêcher que de telles situations ne se reproduisent à l’avenir.
Pour SOS Éducation, la crise actuelle est aussi le symptôme de dysfonctionnements structurels qu’il convient de corriger durablement. Réagissant à l’appel du ministère de l’Éducation nationale à la reprise des cours, SOS Éducation adopte une posture prudente. La base reconnaît qu’une main lui a été tendue, mais estime que la confiance ne pourra être rétablie qu’à travers des actes concrets. La reprise des cours ne pourra intervenir qu’après,
l’adoption collective d’un protocole de sortie de crise, la libération des syndicalistes enseignants incarcérés,
et la validation des engagements pris par les autorités. Dans ce cas, la base assure être prête à reprendre les cours sans délai, même dès le lendemain de la signature de l’accord.

Le médiateur appelle au réalisme et à la hiérarchisation des priorités

Invité à s’exprimer devant les enseignants, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député de la 5ᵉ République et médiateur désigné, a clarifié sa mission, insistant sur sa neutralité. Il a rappelé qu’il n’était ni négociateur ni employeur des enseignants, mais un facilitateur chargé de recréer un climat de confiance entre les parties. Selon lui, les discussions devront prioritairement impliquer les ministères de la Fonction publique et du Budget, principaux concernés par les aspects administratifs et financiers du dossier. Le médiateur a également exhorté les enseignants à hiérarchiser leurs revendications, afin de distinguer les situations les plus urgentes et de favoriser des solutions réalistes et applicables dans des plus brefs délais.

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