Plus de deux ans après le 30 août 2023, date du renversement du régime Bongo-PDG, le Front Démocratique Socialiste (FDS) de Me Anges Kévin Nzingou livre une analyse dense, exigeante et sans concession de la transition au Gabon. Dans une déclaration politique de fond, à l’occasion de la cérémonie de présentation des vœux à son président, hier, dans un lieu public à Louis, dans le 1er arrondissement de Libreville, le parti assume son soutien initial au changement intervenu, tout en appelant à une cohérence morale, à la vigilance démocratique et à une fidélité sans faille aux valeurs fondatrices de la lutte sociale et politique. Pour le FDS, le coup d’État du 30 août 2023 ne peut être compris hors de son contexte historique. Ce jour-là, rappelle le Président du parti, le peuple gabonais a massivement adhéré à l’intervention du Comité pour la Transition et la Restauration des Institutions (CTRI).
Après plusieurs décennies de gouvernance autoritaire, marquées par la confiscation du pouvoir, l’impunité et la négation de la souveraineté populaire, cet événement a été vécu comme une libération collective. « Pour celles et ceux qui luttaient depuis des décennies contre le système Bongo-PDG, ce moment a été ressenti comme une bénédiction historique », souligne Anges Kévin Nzingou, insistant toutefois sur un point central : cette rupture n’a jamais été pensée comme une fin en soi, mais comme une respiration, une opportunité pour refonder l’État et la République sur des bases nouvelles.
C’est dans cet esprit, affirme le parti, que ses militants ont adhéré naturellement à la transition, sans calcul opportuniste, convaincus que le départ du système était une condition indispensable à toute reconstruction nationale crédible. Mais le FDS pose une ligne claire : le soutien ne saurait être synonyme de silence ou d’aveuglement. « Adhérer ne signifie pas renoncer à penser. Soutenir ne signifie pas se taire. Espérer ne signifie pas s’aveugler », martèle le premier responsable de cette formation socialiste. Le parti exprime une profonde inquiétude face au choix opéré par les autorités de la transition d’associer à la gestion du pays des acteurs ayant conçu, accompagné ou justifié la destruction de l’État sous l’ancien régime.
Selon le Président de FDS, Me Anges Kévin Nzingou, ce mélange brouille le sens même de la rupture annoncée et produit des effets politiques et symboliques préoccupants.
Des opposants historiques se retrouvent marginalisés, parfois humiliés, tandis que des figures compromises avec le système déchu — restées silencieuses face aux violations des droits humains, aux emprisonnements arbitraires et aux violences politiques — retrouvent aujourd’hui visibilité et influence.
« Il est difficile de construire le monde d’après avec les consciences du monde d’avant », avertit le chef du parti, qui précise que ce constat ne constitue ni une rupture ni une opposition systématique, mais bien un appel solennel à la cohérence.
Rester droits : un impératif moral et politique
Face à ces dérives potentielles, le FDS appelle ses militants à rester droits, dans un contexte politique en recomposition où les tentations de compromission sont fortes. Droits dans les valeurs non négociables qui fondent l’identité du parti,
la dignité humaine, qui proscrit toute forme d’humiliation, de torture ou de répression arbitraire ; la justice sociale, qui exige une répartition équitable des richesses et un accès réel aux services essentiels ; la solidarité, qui refuse l’abandon des travailleurs, des enseignants, des jeunes, des retraités et des plus vulnérables. Droits également dans les principes démocratiques fondamentaux : le respect des libertés publiques ; l’État de droit et l’indépendance de la justice ; la responsabilité politique ; le refus absolu de l’arbitraire et de la violence d’État.
Enfin, droits dans la fidélité au peuple, seul véritable détenteur de la légitimité politique, à ses souffrances, ses luttes passées et ses espérances concrètes.
Répondant aux interrogations sur la relative discrétion publique du parti dans certaines crises récentes, le FDS explique que les paradigmes ont changé. Hier, face à un mur de silence et de répression, la parole frontale était la seule voie possible.
Aujourd’hui, affirme Me Anges Kévin Nzingou, là où il y avait un mur, il y a désormais une oreille. Cela implique un usage plus stratégique et responsable de la parole politique, sans renoncer à la fermeté lorsque cela s’avère nécessaire. « Notre engagement n’a pas faibli ; il s’est transformé », précise Me Nzingou, assurant qu’il saura reprendre la parole publique chaque fois que les valeurs fondamentales seront menacées. Le FDS réaffirme avec force que l’éducation demeure le cœur battant de son engagement politique. Il n’y a, selon lui, ni justice sociale sans école forte, ni démocratie sans enseignants respectés. L’enseignant est décrit comme un passeur de conscience, un bâtisseur de citoyenneté, et non comme un simple exécutant administratif.
Le parti dénonce vigoureusement la gestion actuelle de la crise dans l’éducation nationale, notamment les méthodes de division et d’affaiblissement du mouvement syndical, ainsi que l’arrestation de syndicalistes, qualifiée d’atteinte grave aux libertés fondamentales. Il exige la libération inconditionnelle des syndicalistes arrêtés et rappelle que les droits syndicaux ne s’éteignent ni avec l’âge ni avec la retraite. Citant Marcel Libama et Simon Ndong Edzo, le FDS souligne que certaines luttes précèdent les régimes, les ministres et les conjonctures politiques.
Alerte rouge sur le Projet de Loi de Finances 2026
Sur le terrain économique et social, le Front Démocratique Socialiste tire une alerte majeure concernant le Projet de Loi de Finances 2026. Selon le parti, l’ajustement budgétaire envisagé repose essentiellement sur les ménages, dans un contexte déjà marqué par la vie chère et la précarité. Hausse de la fiscalité sur les produits de première nécessité, augmentation programmée des loyers via la Contribution Foncière Unique, suppression de subventions essentielles — notamment sur la farine et les transports publics — et disparition de plusieurs mécanismes de solidarité sociale composent un effet ciseau social explosif.
« Oui à l’assainissement des finances publiques, mais non à l’asphyxie sociale », insiste le FDS, pour qui une République nouvelle ne peut commencer par faire payer le changement à ceux qui ont déjà tout payé.
Enfin, le parti politique de Me Anges Kévin Nzingou s’insurge contre la résurgence de discours appelant au rétablissement de la peine de mort, qu’il qualifie de régression morale et de renoncement à l’humanité.
Pour le FDS, ces propositions émanent souvent d’acteurs issus de l’ancien système, restés silencieux lorsque les droits étaient bafoués, et aujourd’hui prompts à invoquer la fermeté.
La justice, rappelle le Président fondateur du parti, ne peut être réduite à une vengeance institutionnalisée. Les réponses aux crises doivent être trouvées dans le renforcement de l’État de droit, l’indépendance de la justice et la protection des libertés publiques.
Cap sur un Congrès décisif
Dans cette phase charnière, le Congrès à venir du FDS est présenté comme un moment décisif. Il devra définir démocratiquement la trajectoire politique du parti, ses priorités et ses lignes rouges.
Le FDS appelle ses militantes et militants à une mobilisation massive, afin que les choix à venir soient l’expression souveraine de la base. « Le FDS n’est pas un parti de sommets, mais un parti de base », conclut Me Anges Kévin Nzingou, réaffirmant sa volonté de demeurer une référence morale et politique, fidèle à la justice sociale, à la dignité humaine et au peuple gabonais.