Gabon : l’intersyndicale des impôts consulte sa base et accorde un délai au gouvernement jusqu’au 5 avril

Les agents de l’administration fiscale réunis au sein de l’intersyndicale des impôts ont tenu, mercredi 4 mars 2026, une assemblée générale à la direction des impôts d’Oloumi, dans le 5ᵉ arrondissement de Libreville. Cette rencontre, qui a mobilisé de nombreux agents, avait pour objectif de faire le point sur l’évolution des revendications soumises au gouvernement et de consulter la base sur la conduite à tenir dans les prochaines semaines.
L’assemblée était conduite par Pamphile Benga Massia, porte-parole de l’intersyndicale des impôts, entouré des responsables des principales organisations syndicales du secteur, notamment Jophet Ndjila Mayombo, Maixant Ndamba et Landry Moundounga.
L’intersyndicale regroupe quatre organisations représentatives des agents des impôts, parmi lesquelles le Mouvement syndical des impôts (MSI), le Syndicat national des agents de l’administration fiscale (SYNAAF), le Syndicat des professionnels des impôts (SPI) ainsi que le Syndicat national des agents des impôts (SYNAI).

Dès l’ouverture des travaux, Pamphile Benga Massia a tenu à clarifier le contexte ayant conduit à la tenue de cette assemblée générale. Selon lui, l’initiative trouve son origine dans un communiqué rendu public récemment par le Mouvement syndical des impôts, invitant les agents à se réunir afin d’évaluer la situation sociale au sein de l’administration fiscale, sous réserve de l’adhésion des autres organisations syndicales.
Cette démarche s’inscrit dans la continuité du préavis de grève déposé le 20 novembre 2025 par les syndicats du secteur fiscal pour dénoncer l’absence de réponses concrètes aux préoccupations des agents.
« Depuis ce préavis de grève, nous avions fait le choix de laisser au gouvernement le temps de se prononcer et d’apporter des solutions aux problèmes soulevés par les agents des impôts. Malheureusement, nous avons constaté que rien de concret n’a été fait, notamment au début de l’année 2026 », a expliqué le porte-parole.
Face à cette situation, l’intersyndicale a estimé nécessaire de consulter les agents afin de faire le point sur les revendications déjà transmises aux autorités et d’évaluer les actions à envisager.
Selon les responsables syndicaux, l’objectif n’était pas d’annoncer immédiatement un mouvement de grève, mais plutôt d’informer la base sur l’état des discussions engagées avec le gouvernement et de recueillir l’avis des agents sur la suite du processus.

Le rôle stratégique de l’administration fiscale rappelé

Au cours de son intervention, Pamphile Benga Massia a également tenu à rappeler l’importance stratégique de la Direction générale des impôts dans le fonctionnement de l’État. Selon lui, l’administration fiscale ne se limite pas à la simple collecte de l’impôt. Elle joue également un rôle central dans la sécurisation des recettes publiques et la protection des ressources financières de l’État. Il a notamment insisté sur la dimension de sécurité nationale liée à la fiscalité, évoquant les dispositifs juridiques existants qui reconnaissent l’importance de la lutte contre la fraude et l’évasion fiscales.
« La Direction générale des impôts participe à la protection des ressources publiques. Cela passe par la lutte contre la fraude fiscale à l’intérieur du territoire, mais aussi contre les transferts illicites de capitaux vers l’extérieur », a-t-il souligné.
Pour le porte-parole, ces missions exigent des moyens adéquats et un cadre organisationnel adapté afin de permettre aux agents d’accomplir efficacement leur travail.

Au cœur des revendications des agents figure notamment la question du statut particulier des personnels de l’administration fiscale. Pamphile Benga Massia a rappelé que les différentes entités de l’administration fiscale disposaient auparavant d’un statut spécifique, mais que les réformes intervenues au fil des années ont conduit à une réorganisation des services sans que ce statut particulier ne soit véritablement rétabli. Les syndicats indiquent qu’un projet de loi visant à doter les agents des impôts d’un statut particulier a été élaboré depuis plusieurs années, mais que celui-ci n’a toujours pas été adopté par les autorités.
« Depuis 2024, nous avons travaillé sur un projet de texte qui doit permettre de réorganiser les services et d’améliorer le fonctionnement de l’administration fiscale, notamment en rapprochant davantage les services des contribuables », a expliqué le porte-parole. Selon ce dernier, cette réforme est indispensable pour moderniser le système fiscal et améliorer la collecte des recettes publiques.

Des conditions de travail jugées difficiles

Au-delà des questions statutaires, les syndicats dénoncent également les conditions de travail dans lesquelles évoluent les agents des impôts. D’après Pamphile Benga Massia, de nombreux agents sont contraints d’utiliser leurs moyens personnels pour accomplir leurs missions professionnelles. « Aujourd’hui, certains inspecteurs vérificateurs se rendent sur le terrain avec leurs propres véhicules, leur carburant, leur téléphone et leurs unités de communication pour effectuer les contrôles fiscaux », a-t-il déploré. Pour les syndicats, cette situation illustre le manque de moyens logistiques dont souffre l’administration fiscale, alors même que les agents sont chargés de missions essentielles pour l’économie nationale.
Les responsables syndicaux évoquent également le retard dans le paiement de certaines primes et émoluments, notamment la prime de performance budgétaire. Selon eux, ces retards contribuent à démotiver les agents qui, malgré les difficultés, continuent de remplir leurs missions au service de l’État. Malgré ces tensions, l’intersyndicale affirme privilégier la voie du dialogue avec les autorités. Pamphile Benga Massia a indiqué qu’une rencontre récente avec le ministre de tutelle a permis d’aborder les différentes revendications des agents et d’envisager des pistes de solutions.

Lors de cette réunion, le ministre aurait sollicité un délai supplémentaire afin d’examiner les préoccupations soulevées et de trouver des réponses appropriées.
« Le ministre nous a demandé de lui accorder un délai jusqu’au 5 avril afin de voir ce qui pourra être concrètement fait pour résoudre les problèmes posés », a indiqué le porte-parole. Dans cet esprit, l’intersyndicale a décidé de ne pas enclencher immédiatement un mouvement de grève et d’attendre les résultats des discussions engagées avec le gouvernement.

Une démarche jugée responsable

Pour les responsables syndicaux, cette position traduit le sens de responsabilité des agents des impôts, conscients de l’importance de leur mission pour l’État.
« Les agents des impôts sont avant tout des serviteurs de l’État. Lorsque l’administration fiscale est paralysée, cela peut avoir des conséquences importantes sur les finances publiques et sur le fonctionnement de nombreux services de l’État », a souligné Pamphile Benga Massia.
Il a rappelé que les recettes fiscales constituent une ressource essentielle pour le financement des politiques publiques et le paiement des salaires dans plusieurs secteurs. Dans ce contexte, les syndicats affirment vouloir éviter toute action susceptible de perturber gravement le fonctionnement de l’État, tout en restant déterminés à défendre les droits et les intérêts des agents. À l’issue de l’assemblée générale, un procès-verbal des travaux sera transmis à l’ensemble des agents afin de rendre compte des échanges et des décisions prises.

L’intersyndicale indique qu’elle restera attentive aux suites données par le gouvernement aux revendications exprimées. Si aucune avancée significative n’est enregistrée d’ici le délai accordé au gouvernement, les syndicats n’excluent pas de nouvelles actions pour faire entendre leurs préoccupations. En attendant, les responsables syndicaux appellent les agents à rester mobilisés et vigilants, tout en continuant d’assurer leurs missions au service de l’État et des contribuables.

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