Décédé le 13 février dernier, au volant de son véhicule dans le périmètre de la commune de Kango, chef-lieu du département du Komo-Kango dans la province de l’Estuaire, l’honorable Jules Esdras Mouhoulou a été conduit à sa dernière demeure ce samedi 14 mars 2026, à Bongolo, dans la province de la Ngounié, terre de ses ancêtres. L’ancien député de la 14ᵉ législature pour le compte du 3ᵉ siège du département de la Boumi-Louetsi, dans le district de Mbigou, laisse le souvenir d’un homme engagé, travailleur et profondément attaché à sa communauté.
Avant son inhumation, la dépouille du parlementaire a reçu, jeudi dernier, à son domicile situé à Bambochine, dans le 6ᵉ arrondissement de Libreville, les hommages officiels de la République. Cette cérémonie empreinte de recueillement a rassemblé plusieurs membres du gouvernement, des parlementaires, des responsables administratifs, des parents, des amis ainsi que de nombreux anonymes venus saluer la mémoire de celui qui fut considéré comme une figure montante de la scène politique gabonaise. Parmi les personnalités présentes figuraient notamment le vice-président de la République, Hugues Alexandre Barro Chambrier, le ministre de l’Enseignement supérieur Charles Edgard Mombo, le ministre des Travaux publics Edgard Moukoumbi ainsi que le ministre de la Communication et des Médias Germain Bihadjow et de l’ancien ministre de la Santé, Andrien Mougougou.
Chacun, à tour de rôle, s’est incliné devant la dépouille du défunt avant de signer le livre d’or des condoléances, témoignant ainsi de l’estime que suscitait l’ancien député au sein de la classe politique et des institutions de la République. Au cours de cette veillée d’hommages, plusieurs témoignages ont permis de retracer le parcours et la personnalité de l’illustre disparu.
Des témoignages souvent empreints d’émotion, qui ont mis en lumière l’engagement politique, le sens du devoir et les qualités humaines de Jules Esdras Mouhoulou. Sylviane Isabelle Biganga, sa suppléante lors des élections législatives de 2023 – un scrutin remporté dans les urnes mais finalement annulé dans le contexte des événements politiques ayant conduit à la transition – a livré un témoignage particulièrement émouvant. Elle se souvient d’un homme charismatique, déterminé et profondément attaché au développement de son territoire.
« En 2023, il m’avait proposé d’être sa suppléante. J’avais accepté parce que j’avais vu son charisme, sa force, son intelligence et surtout l’amour qu’il portait à sa contrée », a-t-elle confié. Ensemble, ils avaient sillonné les villages de sa circonscription politique durant la campagne électorale, une expérience qui l’a profondément marquée.
Selon elle, le passage de Jules Esdras Mouhoulou dans son fief politique restera gravé dans les mémoires. « C’était un homme qui a posé des actions importantes pour sa circonscription. Sa disparition aujourd’hui est une douleur immense pour moi. J’ai le cœur lourd », a-t-elle déclaré, saluant un parcours « remarquable » et appelant les jeunes responsables politiques à s’inspirer de son engagement. Les témoignages de ses anciens collègues députés ont également mis en évidence les nombreuses qualités du parlementaire disparu. L’un d’eux, qui l’a côtoyé sur les bancs de l’Assemblée nationale, garde le souvenir d’un député brillant, profondément ancré dans le social et doté d’une grande culture intellectuelle.
« C’était un homme de terrain, un grand religieux, un homme d’Église et un excellent communicateur. Très vite, nous sommes devenus proches. Au-delà de nos fonctions institutionnelles ou de nos appartenances politiques, il était devenu un petit frère », a-t-il confié, évoquant des relations fraternelles entretenues au fil des années.
Pour Antony Lebouenghe, député du département de la Louetsi-Bibaka, la disparition de Jules Esdras Mouhoulou constitue une perte considérable pour la province de la Ngounié, mais également pour le Gabon tout entier. Il rappelle que le défunt s’était distingué aussi bien dans sa vie politique que dans ses engagements familiaux et communautaires.
« Nous gardons de lui l’image d’un député brillant et représentatif, aussi bien au niveau national qu’international et même dans la sous-région. C’est une perte énorme, surtout à la fleur de l’âge. Il avait encore beaucoup à donner au pays », a-t-il déclaré avec émotion.
Pacôme Idiata, député de la 14ᵉ législature de l’Ogoulou (Mimongo), a pour sa part insisté sur l’envergure internationale du parcours du disparu. Selon lui, Jules Esdras Mouhoulou s’était distingué très tôt par son engagement et son parcours académique.
Il rappelle notamment qu’en 2014, il avait été sélectionné dans un programme du Département d’État américain consacré aux questions de gouvernance. « C’était un jeune homme brillant dont la reconnaissance allait au-delà du Gabon. Il était également très actif dans les réseaux internationaux liés à ces programmes de leadership », a-t-il indiqué.
Le défunt s’était également illustré dans le monde des médias. Journaliste de formation et titulaire d’un master en communication politique, Jules Esdras Mouhoulou avait collaboré avec plusieurs organes médiatiques, notamment BBC, Canal 7 et Gabon 24. Il s’était également fait connaître à travers ses interventions sur Africa n°1, où il animait une émission consacrée aux questions africaines. Pepecy Ogouliguende, ancienne députée et présidente de l’Organisation non gouvernementale (ONG) Malachie, a évoqué avec émotion le souvenir d’un jeune homme prometteur qu’elle avait rencontré il y a près de vingt ans, alors qu’il n’était encore qu’étudiant.
« Je l’ai connu très jeune au sein de l’ONG Malachie. Très tôt, j’ai découvert en lui un potentiel exceptionnel. Nous l’avons accompagné dans plusieurs programmes de leadership, notamment ceux soutenus par le Département d’État américain et le Congrès américain », a-t-elle expliqué.
Selon elle, la disparition de Jules Esdras Mouhoulou intervient au moment où il commençait véritablement à récolter les fruits de son engagement et de son travail. « Il avait déjà accompli beaucoup de choses : étudiant, journaliste, député, cadre au ministère des Affaires étrangères. C’est une immense perte pour sa famille, pour le Gabon et pour tous ceux qui l’ont connu », a-t-elle regretté. Homme d’Église, passionné de lettres et de politique, Jules Esdras Mouhoulou était également reconnu pour son engagement spirituel et communautaire. Il avait notamment obtenu une formation en théologie au sein de l’Église évangélique, un engagement qui témoignait de sa foi et de sa volonté de servir sa communauté sur plusieurs plans.
Au fil des témoignages, un même constat s’est imposé, celui de la disparition prématurée d’un homme dont le parcours et les ambitions laissaient entrevoir un avenir prometteur dans la vie publique gabonaise.
Si la douleur reste vive pour sa famille, ses proches et ses compagnons de route, beaucoup espèrent néanmoins que l’héritage laissé par Jules Esdras Mouhoulou continuera d’inspirer les jeunes générations engagées dans la construction du Gabon.
Désormais, c’est à Bongolo, au cœur de la Ngounié, que repose celui que beaucoup considéraient comme un serviteur passionné de sa communauté et de son pays. Une figure dont la mémoire restera sans doute longtemps présente dans les esprits de ceux qui l’ont connu et accompagné tout au long de son parcours.