Gabon : entre reconstruction et turbulences, la boxe nationale en pleine mutation

Libreville. Longtemps considérée comme l’un des sports emblématiques du pays, la boxe gabonaise tente aujourd’hui de renouer avec son lustre d’antan. À la faveur d’un entretien accordé, mardi 17 mars 2026, à Média-Express, le président de la Fédération gabonaise de boxe (Fegaboxe), Bonaventure Nzigou Manfoumbi, a dressé un tableau sans concession de la situation actuelle de la discipline. Entre réformes engagées, contraintes financières, conflits internes et ambitions de développement, la boxe nationale apparaît à un tournant décisif. À son arrivée à la tête de la fédération, le diagnostic était pour le moins préoccupant. L’institution, fragilisée par des années de gestion difficile, se trouvait dans une situation proche de l’implosion.
Suspension au niveau international, dettes accumulées, perte de crédibilité, autant de facteurs qui avaient contribué à marginaliser la boxe gabonaise. Face à cette réalité, la nouvelle équipe dirigeante s’est engagée dans un vaste chantier de redressement. Parmi les premières mesures prises figurent la normalisation des relations avec les instances internationales et l’apurement d’une dette évaluée à plus de 32 000 dollars. Une étape cruciale qui a permis à la Fédération gabonaise de boxe de retrouver sa place dans le concert des nations sportives.
Ce retour progressif sur la scène internationale constitue, selon son président, Bonaventure Nzigou Manfoumbi, l’un des principaux acquis de son mandat. « Nous avons remis la fédération sur les rails », affirme-t-il, non sans insister sur l’ampleur du travail accompli.

Des réformes structurelles pour rebâtir la discipline

Au-delà de la dimension institutionnelle, la reconstruction de la boxe gabonaise s’est également traduite par des actions concrètes sur le terrain. La réhabilitation de la salle nationale de boxe, longtemps laissée à l’abandon, symbolise cette volonté de redonner un cadre digne à la pratique de la discipline. Dans le même élan, la fédération a entrepris de doter plusieurs ligues provinciales d’équipements adéquats, notamment des rings et du matériel d’entraînement. Une initiative rendue possible grâce à l’appui des pouvoirs publics, que le président n’a pas manqué de saluer.
L’objectif est clair, désenclaver la boxe et favoriser son implantation sur l’ensemble du territoire national. Car si Libreville concentre encore l’essentiel des activités, la volonté affichée est de faire émerger de nouveaux pôles de développement à l’intérieur du pays. Malgré ces avancées, la structuration du tissu sportif reste un chantier majeur. La fédération revendique près d’une centaine de clubs affiliés, mais reconnaît que bon nombre d’entre eux évoluent dans l’informel. Absence de statuts, défaut d’agrément administratif, manque d’organisation interne, ces insuffisances constituent un frein à la professionnalisation de la discipline.

Consciente de cet enjeu, la Fédération gabonaise de boxe a engagé une démarche de régularisation visant à mettre l’ensemble des structures en conformité avec la législation en vigueur. Cette phase de structuration apparaît comme une condition indispensable pour crédibiliser la fédération, attirer des partenaires et garantir un encadrement efficace des athlètes.

Le financement, talon d’Achille du sport gabonais

S’il y a eu un point sur lequel le président Bonaventure Nzigou Manfoumbi a particulièrement insisté, c’est bien celui du financement. Comme de nombreuses fédérations sportives au Gabon, la boxe souffre d’un manque criant de ressources.
L’absence de subventions régulières complique considérablement l’organisation des activités locales, notamment les championnats nationaux. Le coût élevé de ces compétitions, estimé à environ 20 millions de FCFA, contraste fortement avec celui des participations internationales, nettement plus accessibles. Ce déséquilibre a conduit la fédération à faire des choix stratégiques, parfois critiqués. « Il est plus facile pour nous d’aller à l’international que d’organiser une compétition au Gabon », reconnaît le président.

Malgré ces contraintes, la participation à des tournois internationaux a permis aux boxeurs gabonais de se mesurer à des adversaires de haut niveau et de maintenir une certaine visibilité, avec à la clé des performances honorables sur le continent. À ces difficultés financières s’ajoutent des tensions internes persistantes. Le président Nzigou Manfoumbi dénonce l’attitude de certains anciens dirigeants qui, selon lui, organisent des activités parallèles en marge des structures officielles. Ces initiatives, perçues comme des actes de défiance, contribuent à semer la confusion et à fragiliser la gouvernance de la discipline. Elles alimentent également un climat de division préjudiciable au développement de la boxe. Plus préoccupant encore, le président regrette le manque de réaction des autorités compétentes face à ces dérives. Il évoque un « silence » qui, selon lui, entretient la situation et empêche un règlement définitif des différends.

Un plaidoyer pour une refondation du système sportif

Au-delà de la boxe, cette prise de parole se veut également une contribution au débat sur la politique sportive nationale. Le président de la (Fegaboxe) appelle à une réforme en profondeur du secteur, à travers la mise en place d’une stratégie claire et cohérente. Parmi les pistes évoquées figurent, l’élaboration d’une véritable politique sportive nationale structurée,
la réintroduction des contrats-programmes entre l’État et les fédérations et la relance des mécanismes de financement, notamment via des incitations fiscales pour les entreprises.

Selon lui, le développement du sport au Gabon passe nécessairement par une meilleure implication du secteur privé, en complément de l’action publique. Un autre enjeu majeur concerne la relance des compétitions nationales, aujourd’hui en perte de vitesse. Faute de moyens, de nombreuses disciplines peinent à organiser des championnats réguliers, privant ainsi les athlètes d’un cadre de progression essentiel. Cette situation crée un paradoxe : des sportifs plus présents sur la scène internationale que sur le plan local. Une dynamique qui, à terme, pourrait fragiliser la base même du sport gabonais.

Un appel à l’unité pour sauver la discipline

Conscient des défis à relever, Bonaventure Nzigou Manfoumbi a tenu à lancer un message d’apaisement. Il invite l’ensemble des acteurs de la boxe gabonaise à dépasser les querelles personnelles pour se concentrer sur l’essentiel qui se repose sur le développement de la discipline. Se disant prêt à dialoguer avec toutes les parties, il plaide pour une réconciliation basée sur l’intérêt supérieur du sport. « C’est dans l’union que nous pourrons avancer », insiste-t-il. Au final, la boxe gabonaise apparaît comme une discipline en reconstruction, portée par une volonté de réforme mais confrontée à des obstacles multiples. D’un côté, des avancées notables telles que la réhabilitation institutionnelle, l’amélioration des infrastructures, la
relance des activités internationales.

De l’autre, des défis persistants, le manque de financement, la structuration incomplète et tensions internes. Le chantier engagé par la Fédération gabonaise de boxe sous la houlette de Bonaventure Nzigou Manfoumbi laisse entrevoir des perspectives encourageantes. Toutefois, la consolidation de ces acquis dépendra de plusieurs facteurs déterminants, notamment, le soutien accru des pouvoirs publics, la meilleure organisation interne et, surtout, la cohésion qui doit être retrouvée entre les acteurs. À l’heure où le sport gabonais cherche à se redéfinir, la boxe pourrait redevenir un levier de rayonnement national. Mais pour cela, elle devra réussir le pari de l’unité et de la structuration durable.

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