À l’approche du congrès électif prévu en avril 2026, le climat se tend davantage au sein de la Fédération gabonaise de football (Fegafoot). Réunis au cours d’une séance de travail suivie d’un point de presse à Libreville, mercredi 18 mars 2026, les membres de la Coalition pour une élection transparente et digne des statuts ont exprimé leur profonde inquiétude face à ce qu’ils qualifient de « dérives graves » dans la conduite du processus électoral.
Conduite par son porte-parole, Sylvestre Engohang Obiang, la coalition, composée de candidats déclarés, d’acteurs du football et de responsables sportifs, s’est entourée notamment d’Aurélien Bertrand Bekogo Zolo, Nzogho Mintsa et Leocadie Ntsame Nguema.
Ensemble, ils ont dressé un constat alarmant de la gouvernance actuelle du football gabonais. Présentée comme une simple séance de travail, la rencontre avait en réalité une portée hautement stratégique. Selon les organisateurs, elle visait à analyser la situation du football gabonais, à la lumière des récentes déclarations officielles et de la jurisprudence observée dans des cas similaires. Dès l’ouverture, les organisateurs ont tenu à rappeler la dimension symbolique du football, présenté comme un facteur de cohésion nationale et de dignité collective. Une minute de silence a d’ailleurs été observée en mémoire des figures disparues du sport gabonais, avant l’entrée dans le vif du sujet.
Très vite, les échanges ont pris une tournure critique, mettant en cause la légalité de plusieurs décisions prises par les instances dirigeantes de la Fédération gabonaise de football. « Le Congrès est souverain » : une interprétation contestée au cœur de la déclaration de la coalition figure une remise en cause frontale d’un argument régulièrement avancé par les responsables fédéraux sur la souveraineté du Congrès. Pour Sylvestre Engohang Obiang, cette notion est aujourd’hui instrumentalisée pour contourner les règles établies, « Chaque fois qu’un texte statutaire gêne, une formule revient : “le Congrès est souverain”. Mais cette souveraineté n’est pas absolue. Elle s’exerce dans le cadre des statuts. », avance t-il.
La coalition rappelle que dans toute organisation, les statuts constituent la norme suprême, comparable à une constitution. Dès lors, aucun organe, pas même le Congrès, ne peut s’en affranchir sans respecter les procédures de révision prévues. « Un Congrès qui viole ses propres statuts devient illégal. La souveraineté sans la légalité, c’est l’arbitraire », insiste le porte-parole.
Une commission électorale au cœur de la contestation
Le point de crispation majeur reste la mise en place de la commission électorale. Selon la coalition, cet organe clé du processus électoral a été constitué « en violation flagrante des statuts ». Les textes de la Fédération gabonaise de football définissent pourtant clairement les modalités de désignation, la composition et les missions de cette commission, censée garantir la transparence et la crédibilité du scrutin. Or, pour les contestataires, ces règles n’ont pas été respectées. Pire encore, ils accusent les autorités en place de chercher à légitimer cette situation en invoquant abusivement la souveraineté du Congrès. « Utiliser l’autorité de l’organe suprême pour couvrir une irrégularité, c’est détourner les institutions », dénonce la coalition.
Au regard de ces irrégularités, la coalition estime que l’ensemble du processus électoral est compromis. Elle affirme ne pas croire à la tenue d’un scrutin crédible dans ces conditions. « Une commission électorale illégale produit des décisions illégales. Le processus est vicié dès le départ », martèle Sylvestre Engohang Obiang. Les membres vont même plus loin, évoquant la possibilité que les élections n’aient pas lieu ou qu’elles soient invalidées par la suite. Ils rappellent que des situations similaires ont déjà conduit à des crises profondes dans le football gabonais, notamment par le passé, avec des conséquences lourdes pour l’ensemble des acteurs.
Des risques de sanctions nationales et internationales
Au-delà du cadre national, la coalition met en garde contre les répercussions internationales d’un tel imbroglio institutionnel. Un processus électoral non conforme pourrait être contesté devant la Confédération africaine de football et la Fédération internationale de football association. Ces instances, très attachées aux principes de bonne gouvernance, pourraient aller jusqu’à sanctionner la fédération. Les conséquences redoutées sont multiples : annulation du scrutin, suspension de la fédération, voire exclusion des compétitions internationales. « Ce sont les clubs, les joueurs et tout le football gabonais qui en paieraient le prix », préviennent les intervenants. Face à la situation, la coalition indique avoir déjà saisi les instances compétentes de la Fédération gabonaise de football. Un recours a été officiellement déposé le 16 mars. À ce stade, les membres disent attendre une réponse rapide. Mais ils préviennent : en cas de silence ou de refus, d’autres actions seront engagées dès les prochains jours. « Nous avons tous les éléments nécessaires pour aller plus loin, y compris à l’international », affirme Sylvestre Engohang Obiang.
Parmi les options évoquées figure la mise en place d’un comité de normalisation. Ce mécanisme, souvent utilisé par la Fédération internationale de football association, intervient lorsque les instances dirigeantes d’une fédération ne sont plus en mesure de garantir un fonctionnement conforme aux règles. Pour la coalition, les conditions semblent réunies pour une telle décision. « Nous avons déjà enclenché le processus. Ce sont nos preuves qui permettront aux instances supérieures de trancher », explique le porte-parole, comparant la situation actuelle à une « transition » nécessaire pour rétablir l’ordre institutionnel.
Des exigences fermes pour une sortie de crise
Dans sa déclaration, la coalition a formulé une série d’exigences claires. Notamment, le respect strict et sans dérogation des statuts ; la dissolution immédiate de la commission électorale actuelle ; la fin de toute tentative de prolongation du mandat des dirigeants actuels de la Fegafoot ;
l’organisation d’élections transparentes, sous supervision crédible, en cas de blocage. Elle appelle également les autorités de tutelle à prendre leurs responsabilités afin d’éviter une crise plus profonde. Au-delà des enjeux électoraux, cette crise révèle des problèmes structurels de gouvernance au sein du football gabonais. Pour les membres de la coalition, il s’agit avant tout de restaurer la confiance.
« Quand les règles peuvent être contournées à tout moment, plus personne ne croit au système », déplorent-ils.
Ils rappellent que les standards internationaux exigent transparence, indépendance des organes électoraux et respect strict des textes. « Le football appartient à tous » Sylvestre Engohang Obiang a tenu à replacer le débat dans une perspective plus large, « Le football gabonais n’appartient pas à ceux qui le dirigent provisoirement. Il appartient aux clubs, aux joueurs, aux entraîneurs, aux arbitres et aux millions de supporters. »
Un appel à la responsabilité collective, alors que l’avenir institutionnel de la Fédération gabonaise de football semble plus incertain que jamais.