Le Gabon a célébré avec éclat la Journée mondiale du théâtre à l’École Nationale d’Art et Manufacture. Bien plus qu’un rendez-vous symbolique, cette édition 2026, s’est imposée comme une tribune majeure pour les acteurs culturels, déterminés à repositionner le théâtre au cœur du développement social et éducatif du pays.
Dans une ambiance mêlant solennité et engagement, autorités administratives, artistes, enseignants et étudiants ont répondu présents, traduisant un regain d’intérêt pour un art longtemps en quête de reconnaissance et de structuration.
Ouvrant la série des allocutions, le Directeur général de l’ENAM, Jean-Clément Doukanga, a livré un discours dense, empreint de réflexion et de conviction. Pour lui, le théâtre ne saurait être réduit à un simple divertissement. Il constitue un espace d’expression fondamental, un lieu où se croisent mémoire collective, transmission des savoirs et construction des identités.
« Le théâtre est le miroir que les sociétés se tendent à elles-mêmes pour se comprendre et se transformer », a-t-il affirmé.
Insistant sur le rôle stratégique de l’ENAM, il a décrit l’institution comme une « mémoire vivante » et un creuset où se forment les artistes de demain. Un lieu où chaque apprenant devient le dépositaire d’un héritage culturel ancestral. Dans un moment de sincérité salué par l’assistance, il a reconnu le rôle déterminant du corps enseignant dans la tenue de cette célébration, malgré ses propres réserves initiales, « Leur persévérance n’est pas de l’entêtement… Je dois reconnaître avec humilité qu’ils avaient raison. »
Un plaidoyer fort pour une politique culturelle ambitieuse
La cérémonie a pris une dimension particulièrement engagée avec l’intervention de la présidente de la Fédération Gabonaise de Théâtre (FEGATH), Roshina Koussou Koumba. Dans un discours structuré et sans concession, elle a dressé un constat lucide de la situation du théâtre au Gabon, tout en appelant à une mobilisation collective.
« Le théâtre est une urgence culturelle, sociale et éducative. » Selon elle, investir dans le théâtre revient à agir en amont sur les défis sociétaux tels que la lutte contre l’ignorance, prévention des dérives sociales et la construction d’une citoyenneté responsable. Elle a également insisté sur la nécessité d’un accompagnement institutionnel durable, estimant que les talents existent, mais manquent de cadres adaptés pour s’exprimer et se développer.
« Derrière chaque scène, il y a une jeunesse à encadrer, une histoire à raconter, une Nation à construire. », a-t-elle conclu.
Prenant la parole au nom du ministre de tutelle empêché, le Secrétaire général Alain Batchiellilly a tenu à rassurer les acteurs du secteur quant à l’engagement des pouvoirs publics. Dans un contexte marqué par de profondes mutations sociales, il a rappelé que le théâtre constitue un outil essentiel, d’éducation, de sensibilisation et de cohésion sociale
« Le théâtre demeure un puissant levier pour éveiller les consciences et promouvoir la paix », a-t-il déclaré.
Il a par ailleurs salué les efforts de l’ENAM dans la formation d’une jeunesse créative et encouragé les étudiants à faire preuve d’audace et d’innovation.
L’ENAM, pilier stratégique de l’écosystème culturel gabonais
Au-delà des discours, cette célébration a mis en lumière le rôle central de l’ENAM dans la structuration du secteur artistique national. Institution de référence, elle s’impose comme un espace de formation, mais aussi comme un lieu de transmission intergénérationnelle, où se construisent les fondements d’une identité culturelle forte. À travers ses programmes et ses initiatives, l’école contribue activement à, professionnaliser les métiers du théâtre, valoriser les expressions artistiques locales et
accompagner l’émergence de nouveaux talents.
Le choix de la FEGATH d’y organiser cette célébration apparaît ainsi comme une reconnaissance institutionnelle majeure. Parmi les temps forts de cette édition 2026, l’ouverture d’une « scène libre » a retenu l’attention du public. Pensée comme un espace d’expression accessible, cette initiative vise à libérer la parole artistique et à encourager la créativité des jeunes. Elle symbolise une volonté claire, celle de faire du théâtre un art vivant, inclusif et en phase avec les réalités contemporaines. Pour de nombreux observateurs, ce type d’initiative pourrait constituer un levier important pour relancer durablement la pratique théâtrale au Gabon.
Entre espoirs et défis : les enjeux d’une relance durable
Si cette Journée mondiale du théâtre 2026, marque un tournant encourageant, les défis à relever restent considérables.
Parmi les principaux enjeux, figure, le financement des projets artistiques,
la modernisation des infrastructures,
la formation continue des professionnels et la structuration du secteur. Autant de chantiers qui nécessitent une collaboration étroite entre l’État, les institutions culturelles et les partenaires privés. Au-delà de la dimension artistique, les différents intervenants ont unanimement souligné le rôle du théâtre comme outil de transformation sociale.
Dans un contexte où la jeunesse est en quête de repères, le théâtre apparaît comme un espace de dialogue, d’expression et de construction citoyenne.
Comme l’a résumé la présidente de la FEGATH, Roshina Koussou Koumba, « Le théâtre est un investissement invisible… mais ses effets sont profondément visibles dans la société. », a-t-elle déclaré.
À Libreville, cette Journée mondiale du théâtre n’a pas seulement célébré un art ; elle a ravivé une ambition collective. Celle de faire du théâtre un pilier du développement culturel et un vecteur d’émancipation pour la jeunesse gabonaise. Entre volonté politique, engagement des acteurs et mobilisation des institutions, les bases d’une renaissance semblent désormais posées.
Reste à transformer cet élan en actions concrètes et durables.