Bravant des conditions d’accès, particulièrement éprouvantes, faites de routes dégradées, de bourbiers et d’obstacles naturels, la présidente de l’ONG-Association gabonaise d’assistance aux femmes indigentes et indigènes (AGAFI), Jeanne Marthe Minkoue Mi-Ella, a conduit, samedi 28 mars dernier, une importante délégation au village Diboua, situé dans le 1er canton du Komo, dans le département du Komo-Kango (province de l’Estuaire). Une mission à forte portée sociale et symbolique, qui s’inscrit dans la continuité des actions de terrain menées par cette organisation engagée depuis plus de deux décennies auprès des communautés autochtones du Gabon. Accompagnée de sa vice-présidente, Sosthina Abeme et d’autres membres de l’association, la responsable associative est arrivée les bras chargés de dons composés de produits de première nécessité, de vêtements et de divers biens destinés à améliorer le quotidien des populations locales.
Un geste de solidarité accueilli avec enthousiasme par les bénéficiaires, représentés pour l’occasion par Olivier Massande, porte-parole des communautés autochtones de la localité. Au-delà de l’assistance matérielle, cette descente à Diboua revêt un caractère stratégique pour l’AGAFI. Elle marque une première prise de contact avec cette communauté, dans l’optique de bâtir une collaboration durable. « Ce que nous faisons aujourd’hui n’est qu’un début. Nous sommes venus rencontrer nos frères et sœurs, établir un lien, et poser les bases d’un travail commun », a déclaré Jeanne Marthe Minkoue Mi-Ella, insistant sur la nécessité de maintenir un dialogue constant avec les populations autochtones.
Créée officiellement le 11 février 2000, après plusieurs années de lutte entamées dès 1996, l’AGAFI a récemment célébré son 26e anniversaire. Une occasion qui a permis à l’organisation de revisiter ses textes fondamentaux et de réorganiser son bureau exécutif, en vue de renforcer son efficacité sur le terrain.
Une organisation structurée à l’échelle nationale et régionale
Dans son intervention, la présidente de l’AGAFI a mis en lumière l’implantation progressive de son organisation à travers le territoire national. Des points focaux existent déjà dans plusieurs provinces, permettant ainsi une meilleure coordination des actions et une proximité accrue avec les bénéficiaires. Elle a également souligné l’importance du travail engagé avec les pouvoirs publics, notamment le ministère de la Planification, dans le cadre d’un vaste chantier visant à localiser avec précision les peuples autochtones sur l’ensemble du territoire. « Il ne s’agit plus seulement de savoir où se trouvent les communautés en forêt, mais aussi d’identifier celles qui vivent en milieu urbain, dans les quartiers et les villages », a-t-elle expliqué. Ce travail de cartographie sociale est jugé essentiel pour une meilleure prise en compte des réalités des peuples autochtones dans les politiques publiques.
L’AGAFI entend ainsi jouer un rôle de relais entre les communautés et les autorités, afin de faire remonter les préoccupations de terrain et favoriser leur intégration dans les programmes de développement. Par ailleurs, l’organisation s’inscrit dans une dynamique régionale à travers son appartenance à un réseau d’acteurs engagés en Afrique centrale. Ce réseau couvre plusieurs pays, notamment le Cameroun, le Gabon, le Tchad, la République démocratique du Congo, le Congo, le Burundi, le Rwanda et la République centrafricaine. Une coopération qui permet de mutualiser les expériences et de renforcer le plaidoyer en faveur des peuples autochtones à l’échelle sous-régionale.
Des défis persistants, notamment en matière de financement
Malgré son engagement, l’AGAFI fait face à des difficultés, notamment en matière de financement. Jeanne Marthe Minkoue Mi-Ella a relevé que le statut de pays à revenu intermédiaire du Gabon constitue un frein à l’accès direct aux financements internationaux. Contrairement à d’autres pays de la sous-région, les communautés locales peinent à bénéficier directement des appuis des bailleurs de fonds.
Toutefois, l’organisation explore des pistes alternatives, notamment à travers le renforcement des capacités de ses membres et la participation à des ateliers internationaux. La présidente a évoqué, à ce sujet, sa récente participation à des rencontres portant sur les enjeux forestiers dans le bassin du Congo, où des échanges ont eu lieu avec des partenaires techniques et financiers sur les mécanismes d’accès aux fonds.
Très touché par cette visite, Olivier Massande, représentant des bénéficiaires, n’a pas caché son émotion. « Nous sommes heureux de voir que nous ne sommes pas oubliés. Cette visite redonne espoir à toute la communauté », a-t-il confié, saluant les efforts de l’AGAFI pour la reconnaissance des peuples autochtones au Gabon. Installée dans la zone de Diboua depuis environ 14 ans, cette communauté fait face à de nombreuses difficultés, notamment l’enclavement, l’accès limité aux services sociaux de base et l’isolement géographique. Selon son porte-parole, la création de ce site visait également à rapprocher les différentes communautés, souvent dispersées et difficilement accessibles en raison de l’état des routes.
Profitant de cette tribune, Olivier Massande a lancé un appel aux autorités gabonaises afin de soutenir davantage les actions de l’AGAFI. « Nous demandons au gouvernement d’accompagner cette organisation pour qu’elle puisse continuer à nous aider, tant sur le plan matériel que financier », a-t-il plaidé.
Une action appelée à se poursuivre
À travers cette mission à Diboua, l’AGAFI réaffirme sa détermination à œuvrer pour l’inclusion sociale, la reconnaissance et l’amélioration des conditions de vie des peuples autochtones au Gabon. Si les projets à long terme restent en cours de structuration dans le cadre du programme de travail annuel, l’organisation entend multiplier les initiatives de terrain, renforcer ses partenariats et consolider sa présence auprès des communautés.
Plus qu’une simple action humanitaire, cette visite apparaît comme le point de départ d’un engagement renouvelé, fondé sur l’écoute, la proximité et la co-construction de solutions adaptées aux réalités des peuples autochtones. Une démarche qui, à terme, pourrait contribuer à réduire les inégalités et à promouvoir une société gabonaise plus inclusive.