Affaire Pierrick Ivan Obiang Edou/ BGFIBank : la justice gabonaise frappe fort contre l’abus de pouvoir

Une page importante vient de s’écrire dans l’histoire du droit social et de la gouvernance d’entreprise au Gabon. Le Tribunal du Travail de Libreville a condamné, le 26 mai dernier, BGFI Holding Corporation et sa filiale BGFIBank Gabon à verser solidairement près de 900 millions de FCFA à Pierrick Ivan Obiang Edou, ancien directeur général adjoint de BGFIBank Gabon, pour licenciement abusif. Cette décision historique jette une lumière crue sur des dérives systémiques au sein du groupe bancaire, tout en posant un jalon significatif pour la défense des droits des cadres dirigeants.

L’éviction de M. Obiang Edou, survenue en mai 2023, n’était pas fondée sur une faute professionnelle. Au contraire, elle s’inscrivait, selon le jugement et les déclarations de la défense, représentée par Me Gilbert Mfoumbi Moundounga, avocat inscrit au barreau du Gabon, dans une stratégie de mise à l’écart brutale, orchestrée sur fond de conflits internes et de lutte de pouvoir. Un audit jugé orienté et bâclé aurait été utilisé comme prétexte pour justifier une décision déjà prise.

Pire encore, une plainte pénale pour abus de confiance déposée deux mois après le licenciement s’est soldée par un non-lieu définitif en mai 2024, le juge d’instruction ayant suivi les réquisitions du Procureur de la République. M. Obiang Edou a ainsi été entièrement blanchi.

Une sanction judiciaire exemplaire

Le Tribunal du Travail n’a pas seulement reconnu le caractère abusif du licenciement. Il a aussi jugé suffisamment graves les manquements commis pour ordonner l’exécution immédiate de près de 500 millions de FCFA, sans attendre l’issue d’un éventuel recours. C’est une première dans le secteur bancaire sous-régional, et un signal fort envoyé aux multinationales opérant dans la zone de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC ): la loi s’impose à tous, même aux géants économiques.

Autre fait marquant : la solidarité juridique entre la maison-mère BGFI Holding Corporation et sa filiale gabonaise, retenue en raison d’une « confusion des intérêts et du centre décisionnel ». Cette approche marque une avancée importante en matière de responsabilité des groupes intégrés.

Cependant, malgré cette double victoire judiciaire, les comptes bancaires de M. Obiang Edou, de son épouse et de leurs enfants restent gelés illégalement depuis plus de deux ans par BGFIBank Gabon. Et ce, en dépit de plusieurs décisions de justice, dont un arrêt de la Cour d’Appel de Libreville datant d’août 2023, ordonnant la levée immédiate des saisies. Ce refus d’exécution constitue une entrave grave à l’État de droit et un déni de justice flagrant, que le camp Obiang Edou dénonce vigoureusement. Ladite dénonciation a été rendue public hier, l’un 23 juin 2025, par son avocat au cours d’un point de presse organisé à l’hôtel Hibiscus de Louis, un quartier du 1er arrondissement de Libreville.

Un appel au Chef de l’État et président du Conseil Supérieur de la Magistrature

Face à ce blocage institutionnel, la défense de M. Obiang Edou a lancé un appel solennel au Président de la République, Chef de l’État et par ailleurs Président du Conseil Supérieur de la Magistrature, Brice Clotaire Oligui Nguema, pour garantir l’application pleine et entière des décisions rendues par les juridictions compétentes.

Au-delà du cas individuel, cette affaire crée un précédent structurant dans la protection des cadres dirigeants en Afrique centrale. Elle pose aussi un défi à la gouvernance d’entreprise et à l’indépendance de la justice face aux intérêts des puissances économiques.

La décision du Tribunal du Travail de Libreville est saluée comme juste, courageuse et fondatrice. Elle rappelle que nul, pas même un grand groupe bancaire, n’est au-dessus des lois.

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