Discours à la Nation : depuis Koula-Moutou, le président Brice Clotaire Oligui Nguema fixe le cap de la cinquième République

C’est depuis Koula-Moutou, chef-lieu de la province de l’Ogooué-Lolo, où il a choisi de passer la Saint-Sylvestre, que le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est adressé à la Nation à l’occasion de la fin de l’année. Un discours solennel, dense et empreint de gravité, dans lequel le chef de l’État a dressé le bilan de la transition, tout en traçant les grandes orientations politiques, économiques et sociales de la cinquième République. En ouverture de son allocution, le président de la République a exprimé une pensée profonde et compatissante à l’endroit de toutes celles et de tous ceux qui ont été éprouvés par le deuil, la maladie ou d’autres formes de souffrance au cours de l’année écoulée. Il a salué la résilience du peuple gabonais, rappelant que la Nation traverse une période de régénération qui exige courage, patience et solidarité.
Revenant sur le cycle électoral récemment achevé, Brice Clotaire Oligui Nguema a souligné qu’il a été reconnu libre et transparent par la communauté internationale, malgré certaines imperfections inhérentes à toute œuvre humaine.
Selon lui, ce processus constitue un tournant décisif de l’histoire politique du Gabon, en ce qu’il a contribué à réconcilier la Nation avec elle-même et à restaurer la confiance entre les citoyens et leurs institutions. Le chef de l’État a adressé ses félicitations aux nouveaux élus, tout en les appelant à une exemplarité sans faille. « Montrez-vous dignes de la responsabilité qui vous a été confiée en servant avec probité, loyauté et dévouement », a-t-il insisté, rappelant que la confiance du peuple est un mandat sacré.

Toutefois, le président n’a pas éludé les insuffisances observées. Il a notamment pointé la qualité du fichier électoral, les phénomènes de transhumance politique liés aux transports opportunistes d’électeurs, l’usage abusif des procurations ainsi que la faiblesse des mécanismes de lutte contre l’abstention. Autant de dysfonctionnements qui imposent, selon lui, des réformes structurelles profondes pour renforcer durablement la crédibilité et la transparence du processus démocratique.

Mise en garde contre les dérives politiques et sociales

Dans un ton ferme, Brice Clotaire Oligui Nguema a dénoncé certaines postures extrêmes, des ardeurs excessives et des propos parfois virulents émanant de certains acteurs politiques et sociaux. Il a rappelé que l’engagement politique authentique ne saurait se réduire à la seule conquête du pouvoir, mais doit avant tout viser la recherche du bien commun, le progrès social et la construction d’un destin collectif. Le président a regretté que l’ardeur politique se manifeste essentiellement à l’approche des échéances électorales, tandis qu’elle s’estompe lorsqu’il s’agit de réfléchir à l’avenir du pays, de développer des infrastructures essentielles ou de lutter efficacement contre le chômage des jeunes.
Comparant la démocratie à un fleuve tantôt calme, tantôt tumultueux, parsemé de rapides et d’obstacles, il a invité les Gabonais à faire preuve de maturité, de retenue et de persévérance pour poursuivre le chemin vers une démocratie apaisée, juste et prospère. Au-delà du rétablissement de l’ordre constitutionnel, le chef de l’État a estimé que la transition a permis de lancer plusieurs projets structurants dans des secteurs clés tels que le social, la culture, les infrastructures, l’environnement et l’économie.
Il a rappelé que depuis le 30 août 2023, près de 3 142 milliards de francs CFA ont été consacrés au remboursement de la dette intérieure et extérieure héritée du régime précédent, une dette lourde qui a longtemps pesé sur l’économie nationale. Malgré ces contraintes, le gouvernement a fait le choix de concilier rigueur budgétaire et maintien de l’investissement public, afin de répondre aux aspirations des populations et de renforcer la souveraineté économique du pays.

Dans cette dynamique, plusieurs opérations stratégiques ont été engagées, notamment dans le secteur de l’énergie avec le rachat de sociétés clés, l’ouverture de mines industrielles en remplacement de l’exploitation artisanale, ainsi que la décision souveraine de lancer la transformation locale du manganèse, marqueur fort d’une volonté de création de valeur ajoutée sur le territoire national.
Par ailleurs, des mesures visant à optimiser les recettes et rationaliser les dépenses publiques ont été mises en œuvre. Parmi elles figurent l’instauration de la taxe forfaitaire d’habitation, la mise en place des parkings payants et des péages, la revalorisation des recettes issues des jeux de hasard ainsi que la suppression de certaines exonérations fiscales jugées excessives.

Modernisation de l’État et lutte contre la corruption

Le président a également insisté sur la poursuite de la digitalisation de la gestion publique, avec l’opérationnalisation du système intégré de gestion des finances publiques, aligné sur les standards internationaux. Il a rappelé que la bonne gouvernance impose une rigueur absolue dans l’exécution des recettes et des dépenses publiques. À ce titre, chaque gestionnaire est appelé à rendre compte de ses actes, y compris devant la justice. Le chef de l’État a fait de la lutte contre la corruption un combat central de son action, invitant l’ensemble des citoyens à s’y engager sans complaisance. Parmi les actions concrètes citées figurent les investissements dans les infrastructures de transport et d’eau potable, notamment la mise en service de stations de pompage, la réhabilitation d’ouvrages hydrauliques et l’amélioration de l’approvisionnement en eau dans plusieurs zones urbaines.

Le président a également annoncé la construction de nouvelles infrastructures scolaires et universitaires, tout en encourageant les partenariats public-privé pour le logement étudiant. Dans le domaine de la santé, la construction d’hôpitaux spécialisés à l’intérieur du pays vise à renforcer la décentralisation des services hospitaliers et à réduire les évacuations sanitaires coûteuses. Évoquant les récents procès impliquant des figures de l’ancien régime, le président de la République a parlé d’une étape historique dans la quête de vérité et de justice. Selon lui, ces procédures ont permis de mettre en lumière l’ampleur des préjudices subis par la Nation : économie fragilisée, dette abyssale et administration affaiblie.
Il a salué l’engagement de la justice gabonaise, agissant au nom du peuple souverain, et a appelé à l’adoption de lois fermes contre les atteintes aux biens publics, les violences, la cybercriminalité, la diffamation et les dérives sociales.

Pour le chef de l’État, la Cinquième République doit être celle de l’ordre, de la dignité retrouvée, du respect mutuel et des valeurs de courtoisie et de convivialité. Face aux défis majeurs que sont la dette, le chômage et la précarité, il a réaffirmé que la jeunesse gabonaise demeure la plus grande richesse du pays. L’État, a-t-il assuré, se tient aux côtés de cette jeunesse, l’invitant à se lever, à innover et à bâtir le Gabon de demain. Brice Clotaire Oligui Nguema a réaffirmé son engagement total au service de l’intérêt général, de la justice sociale et de l’unité nationale. Il a souhaité à l’ensemble des Gabonaises et des Gabonais une bonne et heureuse année, placée sous le signe de la paix, de la santé, du progrès et de l’espérance.
« Vive la Cinquième République, vive le Gabon », a-t-il conclu.

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