Le président du Parti social et démocratique (PSD), ancien vice-président de la République et ancien ministre d’État, Pierre Claver Maganga, a animé dimanche 11 janvier, une conférence de presse de grande portée en ce début d’année 2026. La rencontre avec les professionnels des médias s’est déroulée au siège de sa formation politique, sis au quartier Haut De Gue-Gue. Devant les journalistes, l’homme politique a livré une réflexion dense et sans concession sur la situation du Gabon, appelant à un sursaut collectif pour éviter ce qu’il qualifie de « dérive dangereuse » du pays.
D’entrée de jeu, Maganga Moussavou a tenu à adresser ses vœux de bonheur, de prospérité et d’espérance au peuple gabonais. Il a salué la résilience d’un peuple qui, selon lui, a connu « toutes les épreuves de la vie » mais qui a toujours continué à croire en ses dirigeants et en la possibilité d’un avenir meilleur. Revenant sur le coup d’État du 30 août 2023, l’ancien vice-président de la République sous le régime d’Ali Bongo, a reconnu que cet événement avait suscité de nombreux espoirs parmi les Gabonais.
Toutefois, il estime que ces espoirs tardent à se matérialiser. « L’attente est longue et difficile », a-t-il souligné, ajoutant que si la critique est facile, la gestion des attentes populaires, elle, est beaucoup plus complexe.
Pour Pierre Claver Maganga Moussavou, une partie de la population nourrit l’illusion que l’avènement de la Cinquième République suffira à transformer automatiquement les conditions de vie, sans effort collectif, sans discipline ni esprit d’initiative. Une perception qui, selon lui, alimente une déception croissante face à des changements jugés lents et pénibles.
Gouvernance et inquiétudes institutionnelles
L’orateur s’est montré préoccupé par certaines décisions récentes du pouvoir exécutif, notamment le départ du ministre d’État chargé de l’Économie, des Finances et de la Lutte contre la vie chère Jean Pierre Oyima. Il a dénoncé une forme d’improvisation, estimant qu’il aurait fallu anticiper les incompatibilités de fonctions avant la nomination. Le président du parti social et démocratique (PDS), Pierre Claver Maganga Moussavou a rappelé que c’est sous la conduite de ce ministre que le Gabon a connu une augmentation historique de son budget d’investissement, passé, selon lui, de moins de 200 milliards de francs CFA à près de 2 000 milliards de francs CFA. Un niveau qu’il qualifie d’« extraordinaire » et porteur de grands espoirs pour le développement économique du pays. Pour l’ancien ministre de la Planification, ce volume d’investissement représente une chance unique dans l’histoire récente du Gabon. Toutefois, il met en garde contre les dérives possibles, corruption, dépenses improductives et détournement des ressources au détriment de la jeunesse.
« Si cet argent est véritablement orienté vers le développement économique, alors un avenir meilleur peut s’ouvrir pour nos jeunes », a-t-il affirmé, convaincu qu’un tel niveau d’investissement peut permettre de réduire significativement le chômage et de créer une véritable dynamique de croissance. Au cœur de son intervention, Maganga Moussavou a longuement évoqué la situation dramatique de la jeunesse gabonaise. Il a dénoncé le chômage massif, aussi bien en milieu rural qu’urbain, et l’exode vers Libreville de jeunes « sans perspectives », livrés à eux-mêmes. Le natif de Moutassou, dans la province de la Ngounie a dressé un tableau sombre des conséquences sociales de cette situation, montée de l’insécurité, petits métiers de survie, délinquance, prostitution et perte des repères. « Quand on tue la jeunesse, on tue l’avenir du pays », a-t-il martelé, soulignant que l’incapacité à préparer les jeunes à la compétition avec leurs homologues africains est une source de honte collective.
Le sport et la formation comme piliers éducatifs
Dans une réflexion plus large sur l’éducation nationale, Pierre Claver Maganga Moussavou a plaidé pour une intégration plus forte du sport dans le système éducatif. Il a même suggéré une réorganisation institutionnelle dans laquelle l’éducation nationale prendrait en charge la formation physique et morale des élèves, afin de former à la fois « des esprits sains dans des corps sains ». Selon lui, la relance du sport de base, dans les écoles et les quartiers, est indispensable avant toute ambition de compétition internationale. Sans cela, les échecs sportifs, notamment lors des grandes compétitions africaines, continueront d’être le reflet d’un malaise plus profond de la société. Autre proposition forte a été la mise en œuvre effective et rapide du service militaire obligatoire. L’ancien maire de la commune de Mouila, Pierre Claver Maganga Moussavou insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas de préparer les jeunes à la guerre, mais de lutter contre les « ennemis intérieurs » que sont l’indiscipline, l’oisiveté et la perte des valeurs.
Il voit dans ce service un moyen de transmettre aux jeunes les valeurs de l’effort, du courage, de l’abnégation et de l’esprit collectif, indispensables à la construction d’une grande nation.
Fort de son expérience, Pierre Claver Maganga Moussavou a présenté un projet ambitieux de développement agricole. Il propose la création de 5 000 fermes villageoises à travers le pays, chacune disposant d’au moins 100 hectares. Ces fermes permettraient l’installation de jeunes Gabonais dans l’agriculture, l’élevage et la pisciculture. Ce modèle, selon lui, garantirait la sécurité alimentaire, réduirait le coût du panier de la ménagère et positionnerait le Gabon comme un acteur agricole majeur en Afrique centrale, voire au-delà. Il a cité des cultures de rente comme le café, le cacao et l’arachide, ainsi que des cultures vivrières telles que le manioc, la banane plantain et le taro. L’ancien vice-président de la République a également insisté sur la nécessité de renforcer la décentralisation, le rôle des collectivités locales et la mise en place d’infrastructures routières adaptées pour soutenir le développement économique, notamment agricole.
Pierre Claver Maganga Moussavou a conclu en lançant un appel solennel à l’unité nationale, exhortant les Gabonais à dépasser les clivages politiques et les querelles de personnes. « Ce pays est à nous tous », a-t-il rappelé, mettant en garde contre les risques de tensions sociales et de dislocation nationale si les problèmes structurels ne sont pas traités. La conférence de presse s’est achevée par une séance de questions-réponses, au cours de laquelle l’ancien vice-président de la République a réaffirmé sa volonté de continuer à proposer des solutions, convaincu que l’année 2026 doit être celle du changement des mentalités, de l’action concrète et de l’espoir retrouvé.