Formation professionnelle au Gabon : la coalition des syndicats maintient et durcit la grève

La tension demeure vive dans le secteur de la formation professionnelle. Réunis en coalition, les principaux syndicats du secteur ont tenu ce mardi une assemblée générale au complexe Basile Ondimba, à Libreville. La rencontre a été conduite par Edmond Hendet Ngadi, président du Syndicat national des enseignants et des professionnels de la formation professionnelle (SYNEPFP), Marc Gnassa Poutou, président du Syndicat de la formation et de l’enseignement professionnel (SYNFEP), et Prince Prosper Engonga, président du Syndicat de la formation professionnelle (SYFP). Cette assemblée générale avait pour objectif principal de faire une rétrospective des échanges tenus avec la Direction générale de l’Agence nationale de la formation et de l’enseignement professionnel (ANFEP) et d’évaluer les suites à donner au mouvement de grève enclenché depuis plusieurs semaines.
Selon les responsables syndicaux, la rencontre avec la direction générale n’a pas permis d’apporter des solutions concrètes et immédiates aux préoccupations majeures des enseignants et formateurs. Parmi les revendications phares figurent le non-paiement des vacations liées à la formation continue, lesquelles concernent aussi bien des agents fonctionnaires que des vacataires issus de diverses administrations. Certains enseignants cumulent ainsi plusieurs mois, voire plus d’une année, sans percevoir leurs dus.

À cela s’ajoutent les arriérés de compléments de salaire, évalués entre 10 et 17 mois selon les cas. Une situation que les syndicats qualifient d’« inacceptable » et qu’ils attribuent à une mauvaise gestion administrative. « Nous ne pouvons pas reprendre les cours tant que les salaires, les vacations et les compléments de salaire ne sont pas effectivement payés », ont-ils insisté. Au-delà des questions salariales, la coalition syndicale a mis en lumière la dégradation avancée des conditions de travail dans les centres de formation professionnelle. Les enseignants dénoncent notamment l’absence de matières d’œuvre, le manque d’équipements et la vétusté des plateaux techniques.
« La formation professionnelle n’est pas l’enseignement général. Elle repose sur la pratique et l’acquisition d’un métier. Former sans outils, sans matières d’œuvre, revient à tromper la jeunesse gabonaise », ont déclaré les syndicalistes, rappelant que la finalité de la formation professionnelle est de doter les apprenants de compétences directement exploitables sur le marché de l’emploi.

Des dysfonctionnements administratifs persistants

Autre point de crispation serait la situation administrative de nombreux agents en service au sein de l’ANFEP. Les syndicats dénoncent la non-régularisation de plusieurs fonctionnaires, ainsi que la présence d’agents retraités toujours maintenus en poste. Une situation qu’ils jugent préjudiciable au bon fonctionnement du système de formation et à la gestion des ressources humaines. Face à ces multiples griefs, la coalition syndicale annonce son intention de saisir directement la ministre en charge de la Formation professionnelle, dans l’espoir d’obtenir un arbitrage gouvernemental sur les questions bloquant la reprise des cours.
À l’issue des débats, les responsables syndicaux ont soumis la question de la poursuite du mouvement à la base. Le verdict a été sans appel : la grève est maintenue et durcie. Les enseignants estiment que les assurances verbales ne suffisent plus et exigent des actes concrets avant toute reprise des activités pédagogiques.

Interrogé à l’issue de cette assemblée générale, le directeur général de l’ANFEP, Arian Nestor Lendzondzo, a réaffirmé sa disponibilité au dialogue avec les partenaires sociaux. Se présentant comme un adepte de la « politique de la porte ouverte », il a regretté que le mouvement de grève ait été enclenché avant des discussions approfondies. Le directeur général a toutefois confirmé la tenue récente du DTS (dispositif de formation) et annoncé que les vacations correspondantes seraient effectivement payées. Concernant les arriérés de salaires et de compléments de salaire antérieurs, il a expliqué que leur règlement relève d’une décision gouvernementale, rappelant que l’année 2026 a été définie comme une « année zéro » dans la gestion des dettes héritées des exercices précédents. « Les dettes accumulées ne peuvent pas être réglées uniquement au niveau de l’agence. C’est une décision qui incombe au gouvernement », a-t-il précisé, tout en assurant que des pistes de solutions sont à l’étude.

En attendant une éventuelle rencontre avec la tutelle et des décisions gouvernementales concrètes, le bras de fer se poursuit entre les syndicats et l’administration. La reprise des cours dans les centres de formation professionnelle reste ainsi conditionnée au règlement des revendications financières et à l’amélioration significative des conditions matérielles d’enseignement.

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