Université Omar Bongo : le SNEC-UOB hausse le ton face à la dette pédagogique, à la précarité administrative et aux manquements structurels

Le Syndicat national des enseignants-chercheurs, section Université Omar Bongo (SNEC-UOB), a tenu ce mardi 20 janvier 2026, une conférence de presse à la salle des professeurs de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH). Une prise de parole stratégique, conduite par son président, le Pr Mathurin Ovono Ébe, dans un contexte marqué par une tension sociale latente au sein de l’institution universitaire. Cette sortie médiatique intervient après deux moments clés, la rencontre du 14 janvier 2026 avec le nouveau ministre de l’Enseignement supérieur et l’assemblée générale du SNEC-UOB tenue le 16 janvier 2026. Objectif affiché : informer l’opinion publique, interpeller les autorités et rappeler l’urgence de répondre aux revendications syndicales consignées dans un cahier charge déposé dès le 7 octobre 2025.
Au centre des revendications figure le règlement de la dette pédagogique de l’année universitaire 2022-2023, évaluée à 464 032 000 francs CFA. Selon le Pr Ovono Ébe, cette dette n’est qu’une partie d’un passif plus large, la dette globale de l’Université Omar Bongo dépassant le milliard de francs CFA.

Si le syndicat reconnaît que l’État ne peut pas, dans l’immédiat, apurer l’ensemble des arriérés, il insiste sur la nécessité d’un engagement clair, chiffré et planifié. Pour les enseignants-chercheurs, l’absence de visibilité sur le paiement des prestations pédagogiques entretient un climat d’incertitude et fragilise durablement la qualité de l’enseignement supérieur. « On ne peut pas exiger l’excellence académique lorsque les enseignants sont maintenus dans une précarité financière permanente », a rappelé le président du SNEC-UOB.

Deux ans de précarité administrative à l’UOB

Au-delà de la question financière, le syndicat a longuement dénoncé une précarité administrative persistante, qui affecte le fonctionnement normal de l’université depuis près de deux ans, notamment depuis la période de transition politique. De nombreux postes clés restent vacants ou sont assurés par des responsables non officiellement nommés. Le cas de la Faculté des lettres et sciences humaines, privée durablement d’un doyen pleinement fonctionnel, a été cité comme exemple emblématique. À cela s’ajoutent l’absence de vice-recteur depuis un départ récent, ainsi que la vacance du poste de directrice de la scolarité, non pourvu depuis son décès.
Dans plusieurs départements, des chefs de service exercent à titre bénévole, sans reconnaissance statutaire ni nomination en Conseil des ministres, une situation que le SNEC-UOB qualifie de « dysfonctionnement institutionnel grave ».

Pour y remédier, le syndicat exige la mise en place immédiate d’une commission paritaire, chargée d’examiner toutes les situations administratives pendantes et d’aboutir à leur régularisation complète. Autre point majeur soulevé lors de cette conférence de presse a été le cas de l’Institut des langues de l’Université Omar Bongo. Ouvert depuis l’année académique 2021-2022, l’institut fonctionne sans cadre juridique formel, en l’absence de décret ou d’ordonnance l’instituant officiellement.
Pourtant, rappelle le SNEC-UOB, toutes les étapes internes ont été respectées à savoir : validation par le Conseil d’établissement, le Conseil d’université, puis le Conseil d’administration. Malgré cela, l’institut demeure dans ce que le syndicat qualifie de « clandestinité juridique ». Le syndicat appelle donc le gouvernement à régulariser sans délai le statut de l’Institut des langues, afin de sécuriser les parcours des étudiants et les conditions de travail des personnels.

Infrastructures : l’électrification des salles comme levier de désengorgement

Sur le plan infrastructurel, le SNEC-UOB a mis en lumière l’insuffisance des équipements pédagogiques, notamment l’absence d’électricité dans plusieurs salles de cours. Une situation paradoxale, alors que l’université dispose, selon le syndicat, d’environ 8 000 places pédagogiques.
Grâce à un système de rotation horaire (trois tranches quotidiennes : 8h–12h, 12h–16h, 16h–20h), l’UOB pourrait théoriquement accueillir jusqu’à 24 000 étudiants, contribuant ainsi à réduire la surcharge des amphithéâtres. Mais cette solution reste inapplicable sans une électrification complète des espaces pédagogiques. Le syndicat sollicite donc l’intervention urgente de l’État pour doter l’université des infrastructures minimales nécessaires à son fonctionnement optimal.

Le SNEC-UOB a également exprimé son opposition ferme au port obligatoire d’un uniforme distinctif par les étudiants de la Faculté des sciences. Selon le syndicat, cette pratique crée une discrimination entre étudiants et expose ceux concernés à des risques sécuritaires, dans un contexte de violences en milieu universitaire. « Tous les étudiants de l’Université Omar Bongo doivent être traités sur un pied d’égalité. Imposer un signe distinctif à une seule faculté n’est ni juste ni sécurisant », a déclaré le Pr Ovono Ébe, appelant à l’arrêt immédiat de cette mesure.

Dialogue souhaité, grève en dernier recours

Tout en dénonçant avec fermeté les dysfonctionnements observés, le président du SNEC-UOB s’est voulu rassurant quant aux intentions du syndicat. Rappelant les dispositions de la loi n°18/92, il a souligné que la grève reste un ultime recours, lorsque toutes les tentatives de dialogue ont échoué. Le syndicat se dit confiant quant à une réaction rapide des autorités et espère être convoqué dans les prochains jours à une table de négociation, afin d’éviter une nouvelle crise sociale au sein de l’Université Omar Bongo. « Nous avons foi en la capacité des autorités à comprendre l’urgence de la situation et à apporter des réponses concrètes. Le dialogue reste notre option privilégiée », a conclu le Pr Mathurin Ovono Ébe.

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