Crise dans l’éducation nationale au Gabon : l’appel pressant des leaders religieux pour sauver l’avenir des enfants

La crise persistante qui secoue le secteur de l’éducation nationale gabonaise continue de provoquer inquiétude, colère et incompréhension au sein des familles. Alors que des milliers d’élèves demeurent privés de cours depuis plusieurs semaines, les voix s’élèvent pour dénoncer une situation jugée alarmante pour l’avenir de la jeunesse et, au-delà, pour celui de la nation.
Parmi ces voix, celle de l’archevêque Jean-Baptiste Moulaka, responsable de l’Église Bethsaïda, résonne avec force. Dans une intervention empreinte d’émotion et de gravité, l’homme de Dieu a dressé un constat sans complaisance sur la crise actuelle qui n’est pas un accident conjoncturel, mais le résultat d’une accumulation de dysfonctionnements non résolus depuis près d’une décennie.
« L’éducation nationale est paralysée depuis pratiquement dix ans. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est que l’explosion d’un problème ancien », a-t-il affirmé, rejetant toute tentative de désignation hâtive d’un bouc émissaire.

Selon lui, il serait injuste de faire porter l’entière responsabilité de la situation au président en exercice, lequel hérite d’un système fragilisé par des années de gestion défaillante. L’archevêque confie avoir été profondément bouleversé après avoir suivi certaines interventions médiatiques, notamment à la radio. « J’étais dans ma voiture, j’ai crié de colère. Mon épouse m’a regardé, étonnée. Mais comment rester calme quand on parle de l’avenir de nos enfants avec autant de légèreté ? », s’interroge-t-il.
Pour lui, la fermeture prolongée des écoles constitue une menace directe pour la stabilité sociale. « L’éducation est la base de tout. Si nos enfants ne maîtrisent plus le français, les mathématiques, la lecture, comment construiront-ils le pays demain ? », questionne-t-il, soulignant que ce sont avant tout les familles qui subissent les conséquences de ce conflit. En tant que père et grand-père, il décrit un quotidien devenu difficile pour de nombreux parents, contraints de garder à la maison des enfants désœuvrés. « Quand les enfants sont à l’école, les parents respirent. Lorsqu’ils restent à la maison, la tension monte, l’oisiveté s’installe, et les risques augmentent. »

Dialogue plutôt que confrontation

Face à cette impasse, Jean-Baptiste Moulaka plaide pour une approche fondée sur le dialogue et la sagesse collective. « Ce n’est pas en se lançant des accusations, ni en cherchant à passer en force, que l’on réglera cette crise. En Afrique, les conflits sérieux se règlent par la palabre, par la discussion franche, comme au village, sous l’arbre à palabres. » Il appelle ainsi le gouvernement et les syndicats à s’asseoir autour d’une même table, dans un esprit de responsabilité et d’écoute mutuelle. S’il reconnaît que des efforts ont été consentis par l’État, notamment la régularisation de certains enseignants proches de la retraite, il estime que ces mesures restent partielles.
« On a régularisé des enseignants de 59 ou 60 ans, mais les plus jeunes, ceux de 45 à 50 ans, attendent toujours. Cette situation crée des frustrations légitimes. Il faut une solution globale, équitable et durable », insiste-t-il. Dans son message, l’archevêque s’adresse directement au Chef de l’État, Brice Clotaire Oligui Nguema, l’invitant à assumer pleinement son rôle d’arbitre et de rassembleur. « Le président doit être le chef du village, celui qui rassemble toutes les parties, qui écoute et qui tranche dans l’intérêt général. Il ne s’agit pas de décisions provisoires, mais de perspectives solides pour les enseignants et pour l’école gabonaise. »

Rappelant les principes démocratiques, il souligne que le président est élu par le peuple et demeure comptable de ses attentes. « C’est nous qui l’avons élu. Il est au service du peuple et doit entendre la souffrance des parents, des enseignants et des élèves. »

Le rôle de l’Église : prier, mais aussi interpeller

Interrogé sur l’implication croissante des Églises dans cette crise, Jean-Baptiste Moulaka rappelle que la prière fait partie intégrante de la mission spirituelle. « Nous prions pour les malades, pour le développement du pays, pour les autorités, y compris pour la ministre de l’Éducation nationale. » Toutefois, il met en garde contre une instrumentalisation de la foi. « On ne devient pas chrétien seulement quand la situation est bloquée. La prière doit accompagner l’action. Chaque début d’année scolaire, il serait bon de consacrer une prière spéciale pour les enfants de la République. »
Selon lui, la recherche de solutions concrètes reste prioritaire. « Ce que nous voulons tous, c’est que les enseignants reprennent le travail et que les enfants retournent à l’école. La foi ne remplace pas les décisions politiques, elle les éclaire. » À l’approche de la fin du mois de février et début mars, la crainte d’une année scolaire compromise devient de plus en plus palpable. Parents et observateurs redoutent les conséquences d’une année blanche, tant sur le plan national qu’international, notamment en matière de reconnaissance des diplômes.
« Ce serait catastrophique pour l’image du pays et pour notre jeunesse », avertit l’archevêque, se disant profondément affecté lorsque la situation du Gabon est évoquée dans les médias internationaux.

Un appel à la responsabilité collective

Jean-Baptiste Moulaka lance un appel solennel à l’ensemble des acteurs du gouvernement, syndicats, parlementaires et société civile. « Nous sommes tous gabonais. Nous voulons la paix, la réconciliation et un pays à reconstruire. La jeunesse est notre avenir. On ne peut pas bloquer un pays en sacrifiant ses enfants. »
Un cri du cœur partagé par de nombreux parents, désormais suspendus aux conclusions d’un dialogue attendu, dans l’espoir que l’école gabonaise retrouve enfin le chemin de la stabilité.

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