Intelligence artificielle et journalisme : le RENAJI engage le Gabon dans une nouvelle ère médiatique

Libreville a abrité l’ouverture officielle d’un séminaire international de haute portée stratégique consacré au thème : « Intelligence artificielle, éthique et responsabilité éditoriale des journalistes ». Organisée par le Réseau national des journalistes indépendants (RENAJI) en partenariat avec le Conseil international pour l’intelligence artificielle (CONIIA), cette rencontre marque une étape décisive dans la modernisation du paysage médiatique gabonais.
Pendant 72 heures, professionnels des médias, universitaires, étudiants, experts nationaux et internationaux se réunissent autour d’un objectif commun : préparer le journalisme gabonais aux défis et aux opportunités de la transformation numérique mondiale. La cérémonie inaugurale a été sabotée par le ministère de la Communication et des Médias qui a brillé par son absence. Malgré le boycott du gouvernement, celle-ci a eu un franc succès par la présence de nombreux responsables de la presse du secteur public et privé. Cette mobilisation de haut niveau traduit une volonté politique claire, celle d’accompagner l’évolution technologique du secteur des médias et garantir son adaptation aux standards internationaux.

Dans son discours d’ouverture, le président du RENAJI, Aimé Serges Boulingui, a exprimé sa gratitude envers les autorités, malgré leur absence. Non, sans oublier les partenaires ayant contribué à la concrétisation de cette initiative. Il a souligné que ce séminaire représente bien plus qu’une simple formation, car celui-ci constitue un investissement stratégique pour l’avenir du journalisme gabonais.
« Nous devons comprendre l’intelligence artificielle, l’encadrer et la maîtriser, afin qu’elle devienne un outil au service de la vérité et non un facteur de confusion », a-t-il déclaré. L’ intelligence artificielle bouleverse profondément la production, le traitement et la diffusion de l’information. Les rédactions à travers le monde intègrent désormais des outils automatisés capables de : rédiger des contenus simples ; analyser de grandes bases de données ; détecter des tendances ; accélérer la vérification des faits.

Mais cette révolution technologique s’accompagne de risques considérables. La prolifération de contenus manipulés, notamment les deepfakes et les images générées artificiellement, menace la crédibilité des médias. Les algorithmes, s’ils ne sont pas encadrés, peuvent amplifier la désinformation ou biaiser l’accès à l’information. Les échanges durant le séminaire qui prendra fin demain vendredi, mettent donc l’accent sur une approche équilibrée : exploiter les potentialités de l’IA tout en renforçant les garde-fous éthiques et juridiques.

Le rôle déterminant du CONIIA : une coopération internationale structurante

La réussite de ces assises repose en grande partie sur le partenariat stratégique noué avec le CONIIA, basé à Lomé. Son président, le Dr Malik Morris Mouzou, a été salué pour son engagement déterminant dans l’organisation de l’événement. Grâce à la mobilisation d’experts venus notamment de France, de Tunisie et du Togo, à savoir : Jérôme Ribeiro, Germain Pouli et Nadia Ziadi, le séminaire bénéficie d’une expertise multidimensionnelle couvrant les aspects techniques, juridiques, économiques et éthiques de l’intelligence artificielle. Ce partenariat illustre une coopération sud-sud ambitieuse, fondée sur le partage des compétences, le transfert de savoir-faire et la solidarité institutionnelle. Les travaux se déroulent dans l’amphithéâtre de l’Ecole de management du Gabon (EM Gabon-Université), confirmant le rôle central de l’institution dans les grands débats contemporains.

Représentant le président fondateur, le Pr Daniel Franck Idiata, le Directeur de Cabinet, Dr Thierry Afane-Otsaga, a prononcé peu avant une allocution solennelle au nom de l’université. Il a rappelé que l’intelligence artificielle transforme radicalement la manière dont l’information est produite, diffusée et consommée. Selon lui, la responsabilité éditoriale ne peut être diluée dans l’automatisation.
« L’humain doit rester au cœur du système d’information. L’algorithme ne peut remplacer le jugement éthique du journaliste », a-t-il insisté.
La participation active des étudiants issus des universités et grandes écoles du pays renforce la dimension pédagogique et prospective de la rencontre. Elle ouvre la voie à des collaborations futures en matière de recherche, de formation continue et d’innovation journalistique.

Souveraineté numérique : un enjeu stratégique pour l’Afrique

Intervenant au cours des travaux, Jérôme Ribeiro, président fondateur de Human IA et représentant le Dr Balik Mouzou, a élargi la réflexion à la dimension géopolitique de l’intelligence artificielle. Il a rappelé que l’Afrique ne peut se contenter d’être consommatrice de technologies développées ailleurs. La question de la souveraineté des données constitue un enjeu majeur. Aujourd’hui, une faible proportion des données africaines est hébergée sur le continent. Cette dépendance technologique pose un défi stratégique en matière de sécurité, de compétitivité et d’autonomie décisionnelle.
Selon Jérôme Ribeiro, par ailleurs, formateur de ce séminaire de renforcement des capacités, développer des infrastructures locales de stockage ; investir dans la formation des talents africains ; produire des données adaptées aux réalités culturelles et linguistiques du continent ; encourager la recherche et l’innovation locales.
« L’objectif est que l’Afrique devienne actrice de l’intelligence artificielle et non simple spectatrice », a-t-il affirmé.

La forte mobilisation des délégations provinciales du RENAJI témoigne de la dimension nationale de cette initiative.
Les thématiques abordées couvrent notamment : l’éthique journalistique à l’ère des algorithmes ; la protection des données personnelles ; la propriété intellectuelle ; la responsabilité éditoriale face aux contenus générés par l’IA ; la lutte contre la désinformation.
L’enjeu est double : préserver la crédibilité des médias et garantir leur compétitivité dans un environnement mondial marqué par une transformation numérique accélérée.

Vers un journalisme moderne, innovant et responsable

Au-delà d’un simple séminaire de formation, ces assises de Libreville apparaissent comme un moment fondateur pour le journalisme gabonais. Elles traduisent une volonté affirmée d’inscrire la profession dans une dynamique de modernité, d’excellence et de responsabilité. En favorisant le dialogue entre journalistes, universitaires, experts technologiques et décideurs publics, le RENAJI pose les bases d’un écosystème médiatique plus robuste et mieux préparé aux défis du XXIe siècle.
L’intelligence artificielle ne remplacera pas le journaliste. Mais le journaliste qui maîtrise l’intelligence artificielle pourrait transformer durablement sa pratique.

En engageant cette réflexion collective, le Gabon affirme son ambition de devenir un acteur conscient, compétent et éthique de la révolution numérique mondiale.

Par Steve Dan NGORA MABENGA

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