Gabon : quand la politique devient plus payante que le service public

Alors que le Gabon s’apprête à vivre un nouveau cycle électoral entre septembre et novembre prochains, une autre réalité, plus discrète mais tout aussi préoccupante, mérite l’attention : l’écart de rémunération criant entre les fonctions politiques et les fonctions techniques dans l’administration publique. Ce déséquilibre structurel menace l’équilibre de l’État et la qualité des services publics.

Une fuite des cerveaux silencieuse mais alarmante

Médecins, enseignants, juges, ingénieurs, infirmiers… ces piliers du fonctionnement de notre société sont de plus en plus tentés de troquer leurs blouses, toges ou manuels pour des costumes de politiciens. Pourquoi ? Parce que la politique paie – bien mieux que la technique. À poste équivalent en termes de responsabilité ou d’impact, les fonctions politiques bénéficient de salaires, d’avantages et de conditions de travail bien supérieurs.

Résultat : les fonctions techniques, pourtant essentielles à la bonne marche de l’État, peinent à retenir leurs talents. À l’approche des élections, cette réalité se traduit par une ruée vers la politique, perçue non plus comme un service à la nation, mais comme un ascenseur social et économique.

Le danger d’un affaiblissement structurel

Ce transfert de compétences vers les postes politiques fragilise l’administration publique. Car sans ingénieurs compétents pour planifier les infrastructures, sans enseignants motivés pour former la jeunesse, sans juges impartiaux ou médecins qualifiés, le pays s’expose à une dégradation continue de ses services de base. L’efficacité de l’État repose sur un équilibre entre décision politique et exécution technique. Déséquilibrer cet équilibre, c’est compromettre l’avenir.

Une réforme salariale indispensable à la Ve République

Le chantier institutionnel de la Ve République gabonaise offre une opportunité inédite de corriger ces inégalités. Il ne s’agit pas de dévaloriser la fonction politique, mais de redonner à la fonction technique la place et la reconnaissance qu’elle mérite. Cela passe par une politique salariale plus juste, fondée sur les compétences, les responsabilités et l’impact réel des fonctions sur la vie des citoyens.

Revaloriser les salaires des techniciens, offrir des perspectives de carrière et des avantages professionnels comparables à ceux des postes politiques : voilà les leviers à actionner pour retenir les talents dans les secteurs névralgiques de l’administration.

Un appel à la lucidité et à la responsabilité

Le temps presse. Si rien n’est fait, le Gabon continuera à perdre ses meilleurs éléments dans les services techniques, avec pour conséquence une administration affaiblie, inefficace et déconnectée des réalités. Il est temps que les décideurs politiques entendent cet appel. Car un pays ne se construit pas uniquement dans les hémicycles, mais aussi dans les salles de classe, les blocs opératoires, les tribunaux et les chantiers.

Pour garantir un avenir stable et prospère, une réforme salariale équitable et ambitieuse est non seulement souhaitable, elle est vitale.

Analyse du Dr Aristide MAMFOUMBI

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