Sortie officielle de l’association Lechobelia : les communautés Akélé et Tumbidi s’unissent pour préserver leur identité culturelle et bâtir leur développement

Samedi 16 mai dernier, le Ministère de la Jeunesse, des Sports, du Rayonnement culturel et des Arts, à Libreville, a servi de cadre à la première sortie officielle de l’association Lechobelia, une plateforme communautaire créée par les ressortissants Akélé et Tumbidi du Moyen-Ogooué et des Lacs. Une rencontre historique marquée par une forte mobilisation des cadres, sages, jeunes, femmes et artistes de la communauté venus porter un même idéal, celui du rassemblement, de la solidarité et de la renaissance culturelle. Dans une atmosphère fraternelle et empreinte d’émotion, les initiateurs du mouvement ont présenté la vision, les objectifs et les ambitions de cette organisation associative qui se veut apolitique et à but non lucratif. Cette sortie officielle, assimilée à une campagne d’adhésion et de sensibilisation, précède l’Assemblée générale extraordinaire constitutive prévue dans les prochains jours à Lambaréné, chef-lieu de la province du Moyen-Ogooué.
Le terme Lechobelia, qui signifie « rassemblement » en langue akélé, symbolise à lui seul la philosophie du mouvement, réunir les filles et fils de la communauté autour d’un projet collectif de préservation culturelle, d’entraide sociale et de développement communautaire.

Longtemps discrète sur la scène associative nationale, la communauté Akélé et Tumbidi entend désormais reprendre toute sa place dans le paysage culturel gabonais. Pour les initiateurs de Lechobelia, le moment est venu de renforcer les liens entre les membres de la communauté, souvent dispersés entre Libreville, les Lacs, le Moyen-Ogooué et d’autres provinces du pays. Prenant la parole au cours de cette rencontre, plusieurs responsables de l’association ont insisté sur la nécessité de mettre fin à l’isolement progressif des membres de la communauté et de recréer un véritable cadre de dialogue et de solidarité. « Nous sommes partout et en même temps nulle part. Il fallait créer une plateforme capable de nous réunir, de nous permettre de dialoguer et de réfléchir ensemble à l’avenir de notre communauté », ont expliqué les responsables associatifs. Avant même sa création officielle, l’initiative avait déjà commencé sous une autre appellation : Akélé en dialogue. Une phase de consultations avait alors été menée auprès des sages, notables et personnalités influentes de la communauté afin de recueillir leur adhésion et leurs conseils.
Selon les organisateurs, aucune porte ne leur a été fermée durant cette tournée de sensibilisation. Les sages consultés auraient unanimement encouragé les jeunes à poursuivre cette dynamique de rassemblement et de transmission culturelle.

Préserver les traditions et sauver la mémoire collective

L’un des principaux objectifs de Lechobelia demeure la sauvegarde des traditions ancestrales Akélé et Tumbidi, aujourd’hui menacées de disparition avec la disparition progressive des anciens. Au cours de son intervention, Nicolas Lemme, coordinateur général de l’association, a expliqué que de nombreuses pratiques culturelles autrefois vivantes ne sont plus suffisamment connues des jeunes générations.
Rites initiatiques, danses traditionnelles, chants, transmission orale, artisanat, habillement traditionnel et langue maternelle figurent parmi les éléments que l’association souhaite réhabiliter et transmettre. « Nos enfants ne connaissent plus certaines traditions. Plusieurs rites qui existaient autrefois ont disparu parce que ceux qui les pratiquaient sont décédés. Nous voulons aller vers nos parents, vers nos sages, afin qu’ils nous aident à restaurer ce patrimoine », a-t-il déclaré.
Les responsables de l’association souhaitent notamment organiser des rencontres intergénérationnelles, des conférences culturelles et des ateliers de transmission des savoirs traditionnels. L’objectif est également de documenter la mémoire collective de la communauté afin d’éviter que certains pans de son histoire ne disparaissent définitivement.

Parmi les priorités affichées figure également la sauvegarde de la langue akélé. Plusieurs intervenants ont regretté le recul progressif de cette langue dans les familles et au sein de la jeunesse urbaine.
Pour les responsables de Lechobelia, la langue constitue l’un des piliers fondamentaux de l’identité culturelle. Sa disparition entraînerait inévitablement celle d’une partie importante des traditions et des valeurs communautaires.
La conseillère en communication de l’association, Natacha Anita Dolet Mamboundou, a révélé que plusieurs travaux de recherche avaient déjà été réalisés depuis plusieurs années autour de la langue et de la culture akélé, notamment des dictionnaires et divers supports de documentation. « Nous voulons partager ces connaissances avec le plus grand nombre afin que nos enfants, nos petits-enfants et même nous-mêmes puissions nous réapproprier notre langue et notre culture », a-t-elle expliqué.

Valoriser les tenues et l’artisanat traditionnels

Les initiateurs du mouvement souhaitent également promouvoir les tenues traditionnelles et l’artisanat local, considérés comme des marqueurs importants de l’identité culturelle. Nicolas Lemme a notamment évoqué la nécessité de relancer la valorisation du raphia, autrefois largement utilisé dans la confection des tenues traditionnelles locales.
Selon lui, le Gabon importe aujourd’hui une grande partie des pagnes et tissus utilisés dans les cérémonies, alors même que le pays dispose de matières premières et d’un savoir-faire artisanal pouvant être développés localement. « Nous devons apprendre à produire et à valoriser nos propres tissus et nos propres créations. Notre raphia est apprécié à l’étranger, mais nous-mêmes ne le valorisons plus suffisamment », a-t-il regretté.

Au-delà de la dimension culturelle, Lechobelia affiche également de grandes ambitions sociales et économiques. Les responsables du mouvement souhaitent faire de l’association un véritable outil de développement communautaire capable d’apporter des solutions concrètes aux difficultés rencontrées dans les villages du Moyen-Ogooué et des Lacs. Parmi les projets évoqués figurent l’installation de panneaux solaires dans les localités enclavées, l’amélioration de l’accès à l’eau potable, l’accompagnement des jeunes dans la recherche d’emploi ainsi que le soutien aux initiatives agricoles, piscicoles et entrepreneuriales.
Plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de promouvoir l’autonomie économique des communautés locales à travers des coopératives agricoles, des projets d’élevage et des activités de pêche.
« Nous devons apprendre à produire ce que nous consommons et à développer nos propres activités économiques », ont expliqué certains membres du collectif.
Les initiateurs souhaitent également favoriser l’entrepreneuriat féminin et la formation des jeunes aux outils modernes, notamment dans les domaines de l’informatique, de la gestion et de l’éducation financière.

Formation, insertion professionnelle et solidarité communautaire

Le volet formation occupe également une place importante dans la vision portée par Lechobelia. Les responsables de l’association ont annoncé leur volonté de multiplier les sessions de formation destinées aux jeunes et aux femmes afin de favoriser leur insertion professionnelle et leur autonomisation. Des initiatives pilotes auraient déjà été menées à Lambaréné dans le domaine de l’informatique. D’autres formations portant sur l’entrepreneuriat, les procédures administratives, la création d’entreprise et l’accès au crédit bancaire devraient suivre.
L’association souhaite par ailleurs mettre en place une base de données regroupant les CV des jeunes diplômés de la communauté afin de faciliter leur accès à l’emploi grâce au réseau des cadres et responsables déjà en activité. Pour les initiateurs du mouvement, la solidarité communautaire ne doit pas se limiter aux cérémonies et aux rencontres festives, mais s’étendre à l’accompagnement concret des membres dans les moments difficiles ou dans leur parcours professionnel.

Les nombreux participants présents à cette première sortie officielle ont unanimement salué l’initiative. Plusieurs intervenants ont estimé que Lechobelia constitue une réponse à la perte progressive des valeurs traditionnelles et à l’éloignement culturel de certains jeunes. Des membres de la communauté ont également encouragé les autres ethnies du Gabon à entreprendre des démarches similaires afin de préserver les patrimoines culturels nationaux et renforcer la cohésion sociale. « Nous devons être fiers de nos origines et transmettre nos valeurs aux générations futures », a déclaré une participante.

Une clôture festive et symbolique

La cérémonie s’est achevée dans une ambiance chaleureuse et festive avec les prestations artistiques de plusieurs artistes de la communauté, notamment Pierre Dioba Mandera et Lita, qui ont fait vibrer la salle au rythme des sonorités traditionnelles. Cette première sortie officielle marque ainsi le début d’une nouvelle dynamique communautaire portée par une jeunesse déterminée à préserver son héritage culturel tout en participant activement au développement de ses localités.

Avec l’organisation prochaine de son Assemblée générale constitutive à Lambaréné, Lechobelia entend désormais structurer son action et élargir progressivement son champ d’intervention à l’ensemble des ressortissants Akélé et Tumbidi du Gabon et de la diaspora.

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