Législatives 2025 à Libreville : Barro Chambrier, Mba Ntuntum et Ibadia-Hya, un scrutin pour solder les héritages politiques

Le 27 septembre prochain, les électeurs du premier siège du 4ᵉ arrondissement de Libreville seront appelés aux urnes pour renouveler leur représentant à l’Assemblée nationale. Un vote local, certes, mais qui prend des allures de symbole national. Car ce scrutin oppose trois figures aux profils très différents, incarnant chacune une vision du pouvoir, de la représentation et du renouveau politique.

En tête d’affiche, deux noms bien connus : Alexandre Barro Chambrier, actuel vice-président du gouvernement et par ailleurs président du Rassemblement pour la patrie et modernité (RPM), et Christiane Mba Ntuntum épouse Mihindou, ancienne mairesse de Libreville et candidate investie par le Parti Démocratique Gabonais (PDG). Face à eux, Arsène Geoffroy Ibadia-Hya, jeune candidat investi par l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), formation du président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema. Mais au-delà des candidatures, c’est une page de l’histoire politique gabonaise qui pourrait se tourner.

Le poids d’un héritage : Barro Chambrier, entre nom et nation

Fils de Marcel Eloi Rahandi Chambrier, figure historique du pouvoir gabonais et député indéboulonnable du même siège pendant plusieurs décennies, Alexandre Barro Chambrier est désormais perçu par une frange croissante de l’opinion comme l’un des derniers vestiges d’un système révolu. Et pour cause, dans un contexte post-Bongo où la rupture avec les logiques familiales et claniques est devenue une exigence citoyenne, la candidature d’un « héritier politique » sonne faux. L’homme, pourtant réputé pour sa maîtrise des dossiers économiques, paie aujourd’hui le prix d’un positionnement perçu comme paradoxal.

« On ne peut pas prôner la modernité et vouloir garder un siège comme un bien de famille », lâche un commerçant de la zone d’Awendjé las d’un discours jugé déconnecté du quotidien des habitants. Les critiques pleuvent également sur son manque de proximité avec les populations, sa rareté sur le terrain, et surtout, des propos maladroits – voire méprisants – tenus à l’égard des communautés ogivines, en particulier les Kota, qui représentent près de 60 % de l’électorat du siège. « Il a oublié que ce n’est pas la télé qui vote, c’est le peuple », résume un leader associatif. Dans un Libreville en pleine mutation, l’arrogance supposée de certains élites n’est plus tolérée.

Christiane Mba Ntuntum : l’usure du temps et des mots

Face à cette figure décriée, Christiane Mba Ntuntum épse Mihindou n’arrive pas à capitaliser sur l’usure de Barro Chambrier. Membre historique du PDG, elle traîne derrière elle l’image d’un parti fragilisé par les crises internes et les scandales de la dernière décennie.

Ancienne mairesse de Libreville, elle bénéficie encore d’un certain respect, notamment chez les aînés et dans les cercles féminins. Mais cela ne suffit pas à mobiliser une base électorale jeune, instruite et en quête d’innovation. Son âge avancé et son élocution parfois hésitante sont moqués jusque dans les quartiers qu’elle a longtemps administrés. « C’est une femme courageuse, mais l’Assemblée nationale n’est pas une maison de retraite politique », confie un jeune électeur de la circonscription.

La surprise Ibadia-Hya : incarnation d’un espoir populaire

C’est dans ce climat de désillusion qu’émerge Arsène Geoffroy Ibadia-Hya, un candidat presque inconnu il y a encore quelques mois, mais dont la dynamique de terrain est difficile à ignorer. Soutenu par l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), il incarne pour beaucoup ce que la transition politique du pays aurait dû produire plus tôt : une relève. Sans casier politique, sans liens familiaux encombrants, sans discours creux. Il avance avec un programme axé sur la représentation active, la proximité avec les habitants, et la défense des intérêts locaux à l’échelle nationale.

Ibadia-Hya mise sur un maillage serré du territoire : porte-à-porte, forums citoyens, causeries de quartier. À l’inverse de ses adversaires, il parle peu de lui, mais beaucoup des autres. Il écoute, prend des notes, et répond. « Je veux être un député qui rend compte, pas un député qu’on cherche à la télé », déclarait-il récemment devant un groupe de commerçants du fief politique.

Vers un scrutin de rupture ?

Au cœur de cette triangulaire inédite, le 4ᵉ arrondissement de Libreville devient le théâtre d’un affrontement entre le passé et l’avenir. La victoire de Barro Chambrier, autrefois perçue comme une formalité, est désormais incertaine. Face à lui, un rejet croissant de la personnalisation du pouvoir, mais aussi une colère sourde contre la confiscation de la parole politique. Quant à Christiane Mba Ntuntum, elle pourrait n’être qu’un dommage collatéral dans une guerre de générations qui ne dit pas son nom.

L’émergence d’Arsène Geoffroy Ibadia-Hya, en revanche, traduit une mutation profonde du rapport à la représentation : on ne veut plus de noms, mais des actes. On ne veut plus d’héritiers, mais des serviteurs publics. Pour beaucoup, ce scrutin ne sera pas qu’un vote. Il sera un message envoyé à l’ensemble de la classe politique : le temps des fiefs électoraux est révolu. Il sera aussi, peut-être, une leçon pour ceux qui, trop longtemps, ont confondu mandat électif et privilège dynastique. Et si le verdict des urnes confirmait ce que les rues murmurent déjà, le premier siège du 4ᵉ arrondissement pourrait devenir un symbole national du divorce entre les peuples et les héritiers.

Don't Miss