Fraudes électorales dans le 5ème arrondissement de Libreville : un scrutin entaché de graves irrégularités

Le processus électoral dans le 5ème arrondissement de Libreville, l’un des plus densément peuplés et stratégiques de la capitale, est aujourd’hui au centre d’une vive polémique. De nombreux éléments recueillis sur le terrain laissent penser que les élections législatives et locales qui s’y sont tenues ont été marquées par des irrégularités graves, susceptibles de compromettre la crédibilité des résultats annoncés. Dans les jours précédant le double scrutin, plusieurs habitants de quartiers tels que Melen PK, Nzeng-Miang, Vietnam, Bisségue, ou encore Mindoubé et Beau-Séjour, affirment avoir reçu de l’argent liquide de la part de représentants de l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), parti au pouvoir dans l’arrondissement. Les montants distribués, selon les témoignages concordants, variaient entre 25 000 et 50 000 francs CFA par foyer.

« Ils sont venus avec des enveloppes bien fournies, en demandant simplement qu’on vote pour eux. C’était clair, il s’agissait d’un échange de faveur », confie une habitante de Nzeng-Miang, encore choquée par ce qu’elle qualifie de « marchandage électoral ». Ces actes, s’ils sont avérés, constitueraient une violation flagrante du Code électoral gabonais, qui interdit toute forme de corruption ou d’influence indue durant la campagne.

Achats de cartes d’électeurs et procurations illégales

L’indignation grandit davantage avec les révélations faites par des sources internes à la commission électorale locale. Le soir du scrutin, vers 20 heures, des achats de cartes d’électeurs auraient été observés dans plusieurs secteurs de l’arrondissement. Pire encore, certains membres de la commission électorale du 5ème arrondissement auraient participé activement à ces pratiques, en signant des procurations en dehors du cadre légal. « Nous avons vu des individus se présenter avec plusieurs cartes d’électeurs, prétendant voter pour des proches. Certains agents électoraux fermaient les yeux, voire facilitaient ces manœuvres », déclare un observateur électoral sous couvert d’anonymat. De telles pratiques pourraient remettre en cause l’authenticité d’un grand nombre de suffrages exprimés.

Les irrégularités ne se sont pas arrêtées aux seules phases de campagne et de vote. Pendant le dépouillement, plusieurs bureaux de vote, notamment ceux de l’Écoles nationale de l’administration (ENA-Melen), de Bisségue, et de Mindoubé, auraient été le théâtre de bourrages d’urnes. Ces pratiques seraient intervenues alors que les résultats préliminaires donnaient les candidats de l’UDB en difficulté dans ces secteurs. Des vidéos amateur et photos circulant sur les réseaux sociaux montrent des urnes contenant un volume de bulletins sans commune mesure avec le nombre de votants recensés. Ces éléments sont en cours d’authentification, mais renforcent les soupçons d’une fraude organisée et systématisée.

Des actes de sabotage contre l’opposition

Les candidats du Parti Sociaux Démocrates Gabonais (SDG), principale force d’opposition dans l’arrondissement, affirment avoir été la cible de sabotages répétés durant toute la période électorale. Selon le tête de liste, Frédérick Ngome Menvie, au cours d’un point de presse animé hier mardi, des centaines d’affiches de campagne ont été arrachées ou recouvertes, notamment sur les artères principales et près des lieux de vote. « Nos équipes passaient la nuit à poser des affiches, et dès l’aube, tout avait disparu. C’était systématique. Cette stratégie visait clairement à invisibiliser notre message », s’indigne le candidat à la mairie du 5e arrondissement de Libreville. Malgré ces multiples obstacles, le SDG de Juste Louangou Bouyomeka est parvenu à se maintenir dans le paysage électoral local. Le parti arrive en deuxième position aux législatives dans l’arrondissement et décroche la troisième place aux élections locales, un score salué comme un « acte de résistance » face aux conditions jugées inéquitables.

« Ce résultat prouve que les citoyens sont de plus en plus sensibles à la nécessité de changement, même quand le terrain est profondément miné », analyse un politologue local. Face à l’ampleur des dénonciations, plusieurs acteurs de la société civile et formations politiques réclament l’ouverture d’une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur les irrégularités. Des recours en annulation pourraient également être déposés devant les juridictions compétentes. L’enjeu dépasse largement les frontières du 5ème arrondissement. Il en va de la crédibilité du processus électoral national et de la confiance des citoyens envers les institutions démocratiques. « Nous ne pouvons pas bâtir un avenir stable sur des élections entachées de fraudes. Le gouvernement et les institutions électorales doivent prendre leurs responsabilités », conclut Frédérick Ngome Menvie.

Ces événements relancent le débat sur la nécessité de réformes structurelles pour garantir l’équité, la transparence et l’indépendance des processus électoraux au Gabon. Plusieurs organisations nationales et internationales appellent à une modernisation des outils électoraux, une clarification des rôles de chaque acteur, et un renforcement des sanctions contre les auteurs de fraudes. En attendant, les électeurs du 5ème arrondissement restent en attente de vérité et de justice.

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