Lors d’un point de presse très attendu tenu ce jeudi 2 octobre, dans le 1er arrondissement de la commune d’Akanda (au nord de Libreville), Ghislain Malanda, ancien candidat malheureux aux élections législatives du 27 septembre dernier, est sorti de son silence. Dans une intervention longue, sans langue de bois et ponctuée de propos très critiques, l’homme politique et de la société civile est revenu sur le scrutin, a dénoncé des dysfonctionnements graves, et a interpellé directement le président de la République, le Général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema. Il a également annoncé la création d’un nouveau mouvement politique, le Front Patriotique de Libération du Gabon (FPLG), présenté comme une réponse citoyenne et patriotique à ce qu’il qualifie de « récidive autoritaire« . « J’ai vécu cette élection avec amertume, colère, et surtout dégoût », a affirmé Ghislain Malanda d’entrée de jeu.
L’ancien candidat du 1er arrondissement d’Akanda a dénoncé une organisation précipitée, désordonnée et manipulée, pointant du doigt une série de dysfonctionnements qui, selon lui, ont totalement faussé la sincérité du scrutin. « Il y avait des procurations massives, orchestrées, des foules déplacées et mobilisées à dessein dans des zones où elles n’ont aucune légitimité locale. C’est une trahison de la démocratie », a-t-il martelé. Plus encore, Malanda dit avoir été témoin du retour en politique d’acteurs déjà discrédités par le peuple, qu’il qualifie de « personnalités rejetées, sans légitimité, recyclées par opportunisme ». Selon lui, le scrutin du 27 septembre n’a été qu’une reproduction aggravée des pratiques du régime d’Ali Bongo, pourtant renversé en août 2023 à la suite d’un coup de force présenté alors comme une « libération ».
Aucun recours judiciaire, mais une posture de résistance
Refusant de s’engager dans une contestation juridique qu’il juge « inutile », Malanda justifie sa position par le caractère systématiquement verrouillé du processus électoral, « Quand une élection est préparée d’avance, truquée à l’avance, il ne sert à rien d’aller introduire des recours. C’est une perte de temps. », avance t-il. Il précise toutefois qu’il ne baisse pas les bras, affirmant sortir de cette bataille électorale « la tête haute », fort de sa cohérence et de sa constance dans les idées et les valeurs qu’il défend. En dépit de sa défaite, Malanda entend peser sur le second tour. Il a ainsi clairement donné des consignes de vote à ses partisans. Il appelle à voter pour un candidat indépendant, Lawson James, un jeune militant de terrain issu du 1er arrondissement d’Akanda, qu’il considère comme « le seul à connaître et à vivre les réalités du quartier » ; Et Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, candidat de l’Union nationale au 2e arrondissement de ladite commune, qu’il qualifie d’homme de combat, fidèle aux idéaux de changement et de liberté.
« Ces deux hommes n’ont pas de casseroles, ils sont restés constants. Ce sont eux les vrais représentants du peuple. Pas les opportunistes venus profiter du système. », renchéri Malanda. L’une des séquences les plus fortes du point de presse a été le long plaidoyer adressé directement au Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement Brice Clotaire Oligui Nguema. Adoptant un ton solennel, parfois personnel, Malanda rappelle avoir été séduit par les premières prises de position du chef de l’État au lendemain du coup d’État du 30 août 2023. Mais il s’est dit profondément déçu par la tournure des événements récents, qu’il juge contraires à l’esprit de la libération. « Monsieur le Président, le peuple vous avait donné sa confiance, pas un parti politique. Le 12 avril, c’était le peuple, et uniquement le peuple. Ce que vous venez de faire le 27 septembre met en péril ce capital de confiance. »
Mise en garde contre les dérives de l’entourage présidentiel
Ghislain Malanda a dénoncé ce qu’il appelle « le système d’infiltration » qui entoure désormais le président. Selon lui, de nombreux « opportunistes, hypocrites et anciens acteurs de la mauvaise gouvernance » seraient en train de s’imposer dans les cercles de décision. « Blaise Compaoré pensait être éternel. Il a été balayé en 24 heures. Vous êtes en train de répéter les mêmes erreurs. » Il invite le président à s’appuyer sur les vrais services de renseignement, à faire preuve de courage politique, et à reconnaître publiquement que ces élections ont été une farce.
Lancement du Front Patriotique de Libération du Gabon
Au regard de ce qui précède, Ghislain Malanda a annoncé la création d’un mouvement citoyen et patriotique, intitulé Front Patriotique de Libération du Gabon (FPLG). Ce mouvement se veut un espace de résistance, d’engagement et de veille démocratique face à toute tentative de confiscation du pouvoir par des acteurs illégitimes. Il ambitionne de regrouper, des partis politiques, des membres de la société civile, des intellectuels, des hommes et femmes des médias et des citoyens indépendants. « Ce front servira de contre-pouvoir. Nous devons fédérer les forces vives et reprendre le flambeau de la libération pour éviter que notre pays ne retombe dans les travers d’hier. », dit-il. Il a également annoncé une tournée nationale pour sensibiliser les Gabonais sur la situation post-électorale et les vrais enjeux de la Transition. Connu pour ses prises de position tranchées, Ghislain Malanda assume pleinement son rôle de contrepoids dans le débat public, et ce, sans rechercher d’avantages personnels ou de postes.
« Je suis tombé, mais je ne suis pas un vendeur de vent. Je ne suis pas prêt à vendre ma dignité. Mon combat, c’est celui du peuple. », déclare le sénateur de la transition. Il conclut en lançant un message fort au pouvoir en place, « Le Gabon a besoin d’hommes justes, de vérité, de courage. Pas de trahisons, ni de calculs politiques. L’histoire nous regarde. ». En réalité, la sortie médiatique de Ghislain Malanda pourrait marquer un tournant dans le paysage politique post-transition au Gabon.
En combinant discours d’opposition, propositions concrètes et mobilisation citoyenne, il semble vouloir incarner une alternative structurée, à la fois patriotique et intransigeante sur les valeurs républicaines. L’évolution du FPLG et sa capacité à mobiliser les masses pourraient bien redistribuer les cartes d’un processus politique qui, pour beaucoup, s’enlise déjà dans les vieux réflexes de la gouvernance antérieure.