Contentieux électoral au 5e arrondissement de Libreville : la Majorité Bloquante dénonce une “fraude organisée” et interpelle la justice

C’est dans un ton ferme et indigné qu’Aimé Ndoutoume, coordonnateur de la Majorité Bloquante et ancien candidat tête de liste au 5e arrondissement de Libreville, s’est exprimé aux côtés de Raymond Obiang Mba, ancien candidat indépendant, tous deux membre de la coalition du front unis du 5e arrondissement (FU5A). Les deux hommes ont tenu à s’adresser à l’opinion nationale à travers une conférence de presse tenue récemment à leur siège, situé à Nombakélé, dans le 3e arrondissement de Libreville, afin de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une “fraude électorale organisée” lors des dernières élections législatives et locales.
Cette sortie publique intervient alors que plusieurs recours ont été déposés par la coalition auprès du tribunal administratif de Libreville. Les plaignants affirment disposer de preuves solides de nombreuses irrégularités ayant entaché la sincérité du scrutin dans leur circonscription.

Selon Aimé Ndoutoume, la Majorité Bloquante aurait introduit plusieurs recours, dont certains visent à annuler purement et simplement les résultats du scrutin au 5e arrondissement. “Nous avons produit des recours pour irrégularité de constitution de liste, en violation de l’article 82 du Code électoral. Nous disposons de preuves que certaines listes concurrentes comportaient des candidats ne remplissant pas les conditions légales d’éligibilité”, a-t-il expliqué.
Outre la contestation des listes, la coalition dénonce des irrégularités de procédure, absence d’affichage des listes électorales, absence de représentants de certains candidats dans les bureaux de vote, non-conformité du nombre de bureaux ouverts et falsification de procès-verbaux. Autant d’anomalies qui, selon eux, justifient la reprise du scrutin.

Peut-on valider une élection alors que des bureaux de vote manquent, que des électeurs n’ont pas trouvé leurs noms sur les listes, et que des procès-verbaux ont été réécrits sans contrôle ? C’est une question de droit et de probité”, a insisté M. Ndoutoume.
La Majorité Bloquante s’insurge également contre la décision du ministre de l’Intérieur, qu’elle accuse d’avoir outrepassé ses prérogatives en annonçant la reprise partielle de certaines élections. “Le ministre de l’Intérieur n’a aucun droit d’annuler une élection partielle ou de premier tour. Ce pouvoir appartient exclusivement à la Cour constitutionnelle ou à la juridiction administrative compétente”, a rappelé Ndoutoume, dénonçant “une violation flagrante de la Constitution et du Code électoral”.

Selon la coalition, cette décision ministérielle créerait un précédent dangereux pour la jeune Cinquième République, car elle remettrait en cause l’indépendance des institutions et la séparation des pouvoirs.
Nous sommes face à une ingérence manifeste de l’exécutif dans un processus qui relève exclusivement de la justice. Cela fragilise la crédibilité de nos institutions et de la réforme démocratique tant annoncée”, a ajouté Raymond Obiang Mba.

Un magistrat pris pour cible et la question de l’honneur judiciaire

L’un des points saillants de la conférence de presse a porté sur le traitement réservé à un magistrat qui avait présidé la commission électorale locale et qui, selon les conférenciers, aurait été injustement mis en cause. Aimé Ndoutoume a dénoncé ce qu’il qualifie de “lynchage médiatique et administratif”, tout en saluant la dignité du magistrat, lequel aurait rédigé une lettre ouverte pour défendre son honneur.
Ce magistrat a été battu, humilié publiquement, accusé de falsification. Or, les faits montrent que les procès-verbaux ont été réécrits à son insu. Il a été victime d’un système organisé pour manipuler les résultats”, a affirmé Ndoutoume. La coalition demande donc la réhabilitation de l’honneur de ce magistrat et appelle la justice à “faire triompher la vérité”.

Le magistrat est l’arbitre du jeu démocratique. Le jeter en pâture pour couvrir les fautes des politiques, c’est une dérive grave. Nous demandons que justice soit rendue, non seulement pour nous, mais pour l’État de droit”, a insisté Raymond Obiang Mba.
Se référant au discours d’investiture du Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, qui avait solennellement proclamé la politique du “zéro impunité”, Aimé Ndoutoume a estimé que ce principe devait désormais s’appliquer “à tous les citoyens, sans exception”.
Le Président a dit zéro impunité. Cela ne concerne pas uniquement les hauts fonctionnaires ou les membres du gouvernement, mais aussi tous ceux qui, par leurs actes, trahissent la confiance du peuple”, a-t-il martelé.

La coalition a annoncé son intention de poursuivre en justice les présidents de bureaux de vote soupçonnés d’avoir falsifié des procès-verbaux ou modifié les résultats. “Nous disposons des procès-verbaux originaux, avec les noms, les contacts et les identités des présidents de bureaux de vote. Ceux qui ont triché répondront de leurs actes devant la justice, conformément à l’article 116 du Code pénal sur la falsification de documents officiels”, a averti le coordonnateur.

Un appel solennel à la justice et à la vérité

Dans la dernière partie de leur intervention, les deux hommes ont lancé un appel solennel aux magistrats du tribunal administratif et à la Cour constitutionnelle. Ils ont exhorté les juges à juger “selon le droit, la conscience et la vérité”, sans se laisser influencer par les pressions politiques. “Nous faisons confiance à nos magistrats. Ils sont les gardiens de la démocratie. La Cinquième République doit commencer sur des bases solides, pas sur la fraude et la manipulation. Nous leur demandons de juger en âme et conscience, en respectant la loi et les principes de justice”, a plaidé Ndoutoume.
Pour lui, le contentieux du 5e arrondissement dépasse désormais le simple cadre local. Il symbolise, selon ses mots, “le test moral et institutionnel de la Cinquième République gabonaise”.
Si nous acceptons de commencer cette République par la fraude, nous la condamnons dès sa naissance. Nous ne sommes pas dans une logique de confrontation, mais dans une exigence de vérité”, a-t-il conclu.

Alors que le tribunal administratif examine encore les différents recours introduits, les tensions politiques demeurent vives dans plusieurs arrondissements de Libreville.
La Majorité Bloquante, coalition citoyenne et politique issue de la société civile et d’anciens candidats indépendants, affirme vouloir défendre “la vérité des urnes et la souveraineté du peuple gabonais”.
Les prochains jours s’annoncent décisifs : la décision du tribunal administratif pourrait non seulement redéfinir le paysage électoral du 5e arrondissement, mais aussi constituer un précédent juridique majeur pour l’ensemble du processus démocratique gabonais.

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