La Coalition des Missions d’Observation Électorale (regroupant notamment LDD, LICAM-DH, ENVD et ESA) a présenté, ce lundi 27 octobre, son rapport préliminaire sur l’élection présidentielle tenue le 25 octobre 2025 en Côte d’Ivoire.
Dans son évaluation, la Mission salue la tenue d’un scrutin globalement calme et ordonné, mais relève plusieurs insuffisances d’ordre logistique, technique et organisationnel, ainsi qu’une participation électorale nettement en deçà des attentes.
Selon le rapport, l’élection présidentielle du 25 octobre s’est déroulée dans un climat globalement serein, bien que précédée de tensions notables liées à l’inadmission de certains candidats de l’opposition et à la méfiance d’une partie de la population face au dispositif sécuritaire mis en place.
Ces facteurs ont alimenté des craintes dans certaines régions et contribué à une abstention significative, aussi bien dans les zones rurales que dans les grands centres urbains.
La Mission d’observation relève que le contexte politique, marqué par un manque de confiance dans le processus électoral, a pesé sur la mobilisation des électeurs.
« Le scrutin s’est tenu dans un cadre pacifique, mais la défiance des citoyens à l’égard du processus électoral a conduit à une faible participation », souligne le rapport préliminaire.
Sur le plan légal, les observateurs confirment que le processus électoral s’est globalement déroulé conformément au cadre juridique en vigueur en Côte d’Ivoire. Cependant, la mise en œuvre de certaines dispositions a suscité des frustrations.
L’introduction d’un système biométrique via des tablettes destinées à valider l’identité des électeurs a, dans certains cas, engendré des dysfonctionnements : des citoyens présents sur les registres n’ont pas pu voter, faute de correspondance entre les données biométriques et les listes électorales.
La Mission note également un déficit de communication institutionnelle autour de ces nouvelles procédures, qui aurait pu prévenir certaines incompréhensions et éviter la désillusion d’électeurs venus s’acquitter de leur devoir civique.
Des retards et une logistique inégale sur le territoire
Le jour du scrutin, plusieurs bureaux de vote ont ouvert avec un retard considérable, parfois jusqu’à 10h00, en raison de lenteurs dans l’acheminement du matériel électoral.
Malgré ces difficultés, le scrutin s’est déroulé dans un climat apaisé et sécurisé, sans incidents majeurs.
Les observateurs notent toutefois la forte présence des forces de sécurité aux abords de certains centres de vote, notamment au Lycée Sainte-Marie à Abidjan, où le dispositif protocolaire a été perçu par certains électeurs comme une forme de pression psychologique.
« Si la sécurité des lieux de vote est indispensable, elle doit s’exercer avec discrétion et mesure afin de ne pas altérer la liberté de choix des citoyens », rappelle Alain Fabrice Vikings Koumba Pambou Mvone Efoua, porte-parole de la coalition.
L’un des constats les plus marquants du rapport est la très faible mobilisation des électeurs.
Selon les observations recueillies, l’abstention a été forte aussi bien dans les zones urbaines que rurales, avec des cas extrêmes comme à Goudi Divo, où la quasi-totalité de la population n’a pas voté.
Les raisons évoquées incluent la méfiance vis-à-vis du processus, la peur d’éventuelles tensions, ainsi qu’un sentiment de lassitude politique chez une partie de la population.
Néanmoins, la Mission souligne un point positif sur la participation féminine.
Les observateurs ont noté une forte implication des femmes dans les opérations de vote, signe d’un engagement citoyen croissant des femmes ivoiriennes dans les affaires publiques. Les opérations de clôture et de dépouillement se sont déroulées de manière généralement ordonnée et transparente.
Les bureaux de vote ont fermé à l’heure légale, soit à 18h00, permettant à tout électeur présent d’exprimer son suffrage.
Aucun incident majeur n’a été rapporté pendant le dépouillement, qui s’est effectué sous l’observation d’agents électoraux, de délégués de partis politiques et, dans certains cas, d’observateurs internationaux.
Cependant, la Mission déplore l’absence de fiches d’émargement disponibles pour les observateurs, ce qui a limité leur capacité à vérifier la concordance entre les électeurs inscrits et les votants effectifs.
Des insuffisances structurelles à corriger
Parmi les insuffisances les plus notables, la Mission a relevé : Des difficultés d’accès à certaines zones reculées ; L’absence de certains électeurs sur les listes ; Un manque de concordance entre les données biométriques et les listes électorales ; Des retards logistiques répétés ; Un déficit de communication autour du processus électoral et des dispositifs techniques.
Ces faiblesses, bien que préoccupantes, ne sont pas jugées de nature à compromettre la crédibilité générale du scrutin.
Dans ses conclusions provisoires, la Mission salue la tenue d’un scrutin pacifique dans un contexte politique sensible et invite l’ensemble des acteurs à privilégier la voie du dialogue et du recours légal en cas de contestation.
« Les imperfections constatées ne sauraient remettre en cause la validité du processus. Nous exhortons toutes les parties prenantes à accepter les résultats issus des urnes et à recourir, le cas échéant, aux instances compétentes pour tout contentieux électoral, dans un esprit de paix et de respect des institutions », a déclaré M. Koumba Pambou.
Afin d’améliorer les prochaines échéances électorales, la Mission d’observation formule plusieurs recommandations clés, à savoir : Réviser et actualiser régulièrement les listes électorales, afin de garantir leur fiabilité et leur inclusivité, renforcer la sensibilisation électorale pour susciter une meilleure mobilisation des citoyens et restaurer la confiance dans le processus. Non, sans oublier, l’amélioration de la logistique électorale à travers la formation du personnel, la disponibilité du matériel et la ponctualité dans l’ouverture des bureaux de vote, assurer une meilleure inclusion des observateurs, qu’ils soient locaux, indépendants ou internationaux, et leur offrir les moyens logistiques nécessaires pour atteindre les zones reculées et garantir un déploiement proportionné et discret des forces de sécurité afin de préserver un climat électoral apaisé et exempt de toute pression sur les électeurs.
La Coalition a enfin exprimé sa gratitude envers les autorités ivoiriennes pour les facilités accordées à ses membres tout au long de leur mission d’observation.
Elle a réaffirmé sa volonté d’accompagner la Côte d’Ivoire dans la consolidation d’un processus démocratique inclusif, transparent et pacifique.
La Mission d’observation électorale estime que la présidentielle du 25 octobre 2025, bien qu’imparfaite sur certains aspects techniques et logistiques, représente une étape importante dans la consolidation de la démocratie ivoirienne.
Elle appelle les acteurs politiques et la population à œuvrer ensemble pour maintenir la paix, la cohésion nationale et la confiance dans les institutions républicaines.