Redonner vie aux scènes scolaires et replacer le théâtre au cœur de l’éducation artistique, tel est le pari engagé par la Fédération gabonaise de théâtre (FEGATH), à travers un ambitieux programme de création et de redynamisation des clubs de théâtre en milieu scolaire. Lancée le 9 avril 2026, cette initiative s’inscrit dans une volonté de structurer durablement la pratique théâtrale dans les établissements secondaires, en formant en priorité ceux qui en sont les piliers. C’est-a-dire les enseignants.
Depuis plusieurs années, le théâtre scolaire au Gabon connaît un net recul. Autrefois espace d’expression, de créativité et d’émulation, il s’est progressivement effacé du paysage éducatif. Dans de nombreux établissements du Grand Libreville comme de l’intérieur du pays, les clubs de théâtre ont disparu ou fonctionnent de manière informelle, faute d’encadrement et de formation spécifique. Un constat partagé par Fidèle Ndjengue, inspecteur pédagogique à l’Institut général de service (IGS) et chef de département de l’éducation artistique, qui a procédé à l’ouverture officielle des travaux.
« Il fut un temps où ces activités suscitaient une véritable émulation dans les établissements. Aujourd’hui, la scène est presque vide. Cette formation marque un point de départ pour relancer ces activités et redonner au théâtre toute sa place dans notre système éducatif », a-t-il déclaré.
Pour lui, le théâtre ne se limite pas à une activité extrascolaire, mais constitue un véritable outil pédagogique et culturel, participant à la transmission des valeurs et à l’expression identitaire des jeunes.
Former les enseignants pour reconstruire la base
Face à cette situation, la stratégie adoptée par la Fédération gabonaise de théâtre est claire : former des formateurs. Autrement dit, donner aux enseignants les compétences nécessaires pour créer, animer et pérenniser des clubs de théâtre dans leurs établissements respectifs.
Roshina Koussou Koumba, présidente de la Fédération, en explique la philosophie,
« Former les enseignants, c’est semer le théâtre dans chaque établissement. Ce sont eux qui, au quotidien, accompagneront les élèves, révéleront les talents et feront vivre ces clubs. Notre ambition est simple : qu’à terme, chaque établissement dispose d’un club de théâtre actif et encadré. »
La formation, prévue sur une durée d’un mois, se déroule sous forme d’ateliers hebdomadaires. Elle a démarré avec une école pilote le 9 avril dernier, avant d’être progressivement étendue à d’autres établissements.
Pensée comme une formation complète et opérationnelle, cette initiative couvre plusieurs aspects essentiels de la pratique théâtrale en milieu scolaire. Les enseignants y apprennent notamment :
les procédures administratives pour créer un club (montage de dossier, cadre institutionnel) ; les techniques de base du jeu d’acteur (expression corporelle, travail de la voix, improvisation) ; l’animation et la gestion d’un groupe d’élèves ; la mise en place d’exercices pratiques et de jeux théâtraux adaptés à la classe ; les bases de la mise en scène ; la préparation d’un spectacle scolaire, du choix du thème à la représentation finale. Cette approche vise à doter les enseignants d’outils concrets, immédiatement mobilisables dans leurs établissements.
Une initiative collaborative et structurée
Le programme bénéficie de l’implication de plusieurs acteurs du monde culturel et éducatif. Parmi eux :
Roshina Koussou Koumba, présidente de la FEGATH ; Murielle Sonia Radegas Boukebena, conseillère pédagogique et bien d’autres acteurs artistiques. Le choix du site du deuxième atelier de formation, jeudi 16 avril dernier, notamment l’école Maarif turco-gabonaise, n’est pas anodin. Son directeur, Abdullah Emin koc, a salué cette initiative, soulignant l’importance d’offrir aux élèves des espaces d’expression artistique structurés.
Au-delà de la formation artistique, ce programme s’inscrit dans une vision plus large de l’éducation. Le théâtre est perçu comme un levier de développement personnel et social. Il permet notamment :
de renforcer la confiance en soi des apprenants ; de stimuler leur créativité et leur sens critique ; de favoriser la prise de parole en public et de promouvoir les valeurs culturelles nationales. Mais aussi, et surtout, de répondre à certaines problématiques sociales. « Il est important aujourd’hui d’occuper les jeunes, de les encadrer et de les éloigner de certaines dérives comme la délinquance juvénile », souligne Mme Koussou Koumba.
Une ambition nationale à moyen terme
Si cette première phase concerne principalement Libreville, la Fédération gabonaise de théâtre affiche clairement son ambition d’étendre ce programme à l’ensemble du territoire, en fonction des ressources disponibles. De ce fait, la responsable de la FEGATH sollicite auprès de la tutelle un appui financier conséquent. Celui-ci est indispensable, tant pour renforcer l’efficacité de la structure fédérale que pour assurer la mise en œuvre effective de ce programme d’actions. Les établissements de l’intérieur du pays, souvent moins dotés en activités culturelles, sont particulièrement ciblés par cette future extension. Par ailleurs, cette dynamique devrait avoir un impact direct sur la qualité des productions scolaires présentées lors du festival de théâtre scolaire (Festischool), organisé chaque année par le ministère de l’Éducation nationale.
En redonnant vie aux clubs de théâtre, cette initiative entend recréer une véritable culture de la scène au sein des établissements scolaires. Elle vise aussi à faire émerger de nouveaux talents et à renforcer le lien entre éducation et culture. Cette formation apparaît ainsi comme une première étape décisive vers la reconstruction d’un écosystème théâtral scolaire dynamique, inclusif et durable.
À travers ce programme, le théâtre redevient un espace d’expression, d’apprentissage et d’espoir pour la jeunesse gabonaise.