Clôture de la campagne des élections professionnelles 2026 Secteur de la santé : tensions, accusations et soif de renouveau

La campagne des élections professionnelles 2026, dans le secteur de la santé au Gabon s’est achevée dans un climat particulièrement tendu, marqué par des accusations d’intimidation, des soupçons de corruption et une confrontation ouverte entre syndicats traditionnels et nouvelles forces émergentes. À la veille du scrutin, l’atmosphère est électrique, révélant une profonde recomposition du paysage syndical. Selon plusieurs sources concordantes, des tentatives d’influence sur le vote auraient été observées dans certaines structures sanitaires, notamment dans la province de l’Ogooué-Ivindo.

Le Directeur régional de la santé (DRS), des responsables d’établissements ainsi que le directeur général de l’hôpital chinois de Libreville sont accusés d’exercer des pressions sur des agents de santé afin d’orienter leur choix électoral. Certains personnels favorables au syndicat « Urgence Santé » affirment avoir été intimidés, voire menacés. À ces accusations s’ajoutent des allégations de corruption impliquant un responsable syndical identifié comme Serghes Mikala, président de Synaps, qui aurait tenté de soudoyer des chefs de structures sanitaires pour influencer les votes. À ce jour, aucune réaction officielle n’a été enregistrée de la part des personnes mises en cause. Ces pratiques, si elles étaient avérées, porteraient un sérieux coup à la crédibilité du processus électoral dans un secteur déjà fragilisé par de nombreuses revendications sociales.

Urgence Santé : d’un collectif à une force syndicale montante

Face à ce contexte, le Syndicat Urgence Santé (SUS-Gabon) se présente comme l’un des acteurs majeurs de ce scrutin. Son secrétaire général, Michel Boucka Nzigou, dresse un bilan globalement positif de la campagne, malgré les obstacles rencontrés. « Le personnel de santé a démontré une mobilisation exceptionnelle. Il y avait une véritable effervescence sur le terrain. Nous n’avons peut-être pas pu couvrir toutes les structures, mais l’essentiel est là : une volonté claire de changement », a-t-il affirmé. À l’origine simple collectif de revendication, Urgence Santé a évolué en syndicat structuré à la suite, notamment, de tensions avec les organisations traditionnelles. Selon ses responsables, cette transformation a été encouragée par les autorités de tutelle afin de formaliser leur participation au dialogue social.
« Nous n’avions pas pour ambition initiale de devenir un syndicat. Mais face aux blocages et au refus de certains acteurs de nous reconnaître, nous avons franchi le pas. Aujourd’hui, nous sommes légitimes et présents sur l’ensemble du territoire », explique le secrétaire général.

Urgence Santé revendique plusieurs avancées obtenues avant même la fin de la campagne. Parmi elles, la question des agents en attente de postes budgétaires, parfois depuis plus d’une décennie. « Il y a des agents recrutés depuis 2006 qui ne sont toujours pas intégrés en solde. Aujourd’hui, grâce à nos actions, des postes budgétaires sont progressivement attribués chaque mois », souligne Michel Boucka Nzigou. Il évoque également l’octroi de nouveaux postes budgétaires par le gouvernement, permettant une intégration progressive des agents concernés. Autre point majeur est le recrutement annoncé de 1 000 agents de santé, destiné à pallier le vieillissement des effectifs et à renforcer les capacités du système sanitaire, notamment en province. « Le personnel est vieillissant. Dans certains services, les conditions de travail sont extrêmement difficiles. Ce recrutement est une avancée importante, même s’il reste des défis à relever », ajoute-t-il.

Une hostilité des syndicats traditionnels

Cependant, la montée en puissance d’Urgence Santé ne se fait pas sans résistance. Le syndicat affirme être la cible d’attaques et de manœuvres de déstabilisation de la part de certaines organisations syndicales historiques, présentes depuis plus de vingt ans dans le secteur. « Quand vous venez bousculer un système bien installé, il y a forcément des réactions. Nous avons été attaqués, critiqués, parfois même exclus de certaines discussions. Mais cela montre simplement que nous dérangeons », estime le secrétaire général. Il évoque également des pressions exercées sur les représentants du syndicat en province, ainsi que des tentatives d’exclusion lors de réunions officielles.

À quelles heures du scrutin, Urgence Santé affirme avoir mis en place un dispositif visant à garantir la transparence du vote. Des représentants ont été déployés dans les bureaux de vote, avec pour mission de suivre le processus jusqu’au dépouillement final. « Nous avons demandé au personnel de santé de rester mobilisé jusqu’à la proclamation des résultats. Le vote doit être sécurisé par ceux-là mêmes qui en sont les acteurs », insiste Michel Boucka Nzigou. Le syndicat prévoit également un suivi numérique du processus électoral, avec la collecte d’images et de données issues du dépouillement, afin de comparer les résultats avec ceux qui seront proclamés officiellement.

Un appel au changement

Le secrétaire général lance un appel fort au personnel de santé, l’invitant à opérer un renouvellement du paysage syndical. « Le moment est venu changer les choses. Le pays évolue, le secteur de la santé doit suivre. Urgence Santé, c’est l’inclusivité, c’est la base qui décide. Personne ne sera laissé de côté », affirme-t-il.
Dans un ton plus ferme, il estime que les syndicats traditionnels doivent désormais céder la place à une nouvelle génération.
« Certains refusent de passer le relais, mais le personnel de santé est prêt à le reprendre. Le changement est inévitable », conclut-il.

À quelques heures du vote, tous les regards sont tournés vers les urnes. Ces élections professionnelles s’annoncent déterminantes pour l’avenir du dialogue social dans le secteur de la santé au Gabon. Entre tensions, espoirs et volonté de renouveau, le verdict des urnes dira si la dynamique portée par Urgence Santé se traduira en véritable basculement du paysage syndical.

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