Enseignement supérieur/Université Omar Bongo : la mue d’une institution historique face aux défis sécuritaires, académiques et économiques

Libreville. Institution emblématique de l’enseignement supérieur gabonais, l’Université Omar Bongo (UOB) est aujourd’hui engagée dans une transformation en profondeur. Entre héritage d’un passé marqué par des dysfonctionnements, défis persistants et volonté affirmée de modernisation, l’université s’efforce de se repositionner comme un levier stratégique du développement national. À travers un entretien accordé à notre rédaction, le vice-recteur chargé de l’administration et de la coopération universitaire, Pr Jean François Owaye, dresse un état des lieux sans complaisance, tout en esquissant les perspectives d’avenir.

Pendant de nombreuses années, l’UOB a souffert d’une image dégradée, largement associée à un climat d’insécurité. Cette réalité, loin d’être totalement révolue, demeure une préoccupation majeure pour les autorités universitaires.
Le vice-recteur évoque plusieurs formes d’insécurité à savoir : des vols organisés et répétés de matériel administratif et pédagogique ; des effractions dans les bureaux ; des actes de banditisme, incluant des braquages visant étudiants et personnels. « Il fut un moment où l’université avait quasiment perdu l’ensemble de ses climatiseurs », rappelle-t-il, illustrant l’ampleur des pertes subies.
À cela s’ajoutaient des zones considérées comme des foyers d’insécurité, notamment un bâtiment tristement célèbre, surnommé le bunker, qui a depuis été détruit.
Face à cette situation, plusieurs mesures ont été mises en œuvre, telles que, le recrutement d’agents de sécurité et recours à des sociétés privées ; amélioration de l’éclairage public sur le campus ; surveillance accrue des zones sensibles ;
réouverture des résidences universitaires, favorisant une présence humaine dissuasive.
Toutefois, la solution structurelle attendue reste la mise en place d’une police universitaire, dont le cadre réglementaire est déjà adopté. Sa mise en œuvre effective pourrait constituer un tournant décisif.

Une stabilisation académique qui change la perception de l’université

Au-delà de la question sécuritaire, l’un des progrès les plus significatifs concerne la normalisation du calendrier universitaire.
Autrefois critiquée pour des années académiques interminables et désorganisées, l’UOB affiche désormais une régularité saluée : rentrée académique en septembre ; fin des cours et examens entre juillet et début août. Cette stabilisation a contribué à restaurer la crédibilité de l’institution, tant auprès des étudiants que des familles. « Aujourd’hui, les étudiants savent quand ils commencent et quand ils terminent leur année. Cela change tout », souligne le vice-recteur.
Conséquence directe : une augmentation progressive des inscriptions et un regain d’attractivité.

Dans un contexte de mutation économique, l’université s’est engagée dans une refonte de son offre de formation, avec un objectif central, celui d’adapter les enseignements aux réalités du marché de l’emploi.
Parmi les initiatives majeures figure, la diversification des filières
création de la Faculté des sciences appliquées ; introduction de disciplines comme la mécatronique, en réponse aux besoins technologiques ; développement des sciences de la vie et de la terre.

Souveraineté alimentaire et agriculture

L’ouverture d’un département d’agronomie et d’agroforesterie s’inscrit dans une logique stratégique, dans un pays où plus de 80 % du territoire est couvert de forêts mais où la dépendance alimentaire reste forte. Avec l’Institut des langues et du patrimoine, l’université mise sur une approche appliquée : anglais juridique,
anglais des affaires, langues des relations internationales. Cette orientation vise à élargir les débouchés des étudiants au-delà des carrières traditionnelles.

L’un des axes majeurs de transformation repose sur l’émergence d’une université de troisième génération, tournée vers l’innovation et la création de valeur. Cela se traduit par l’introduction du statut d’étudiant entrepreneur ; la création d’un incubateur de projets ; la promotion de start-up universitaires ; la valorisation économique de la recherche.
L’objectif est de rompre avec un modèle ancien centré sur la fonction publique, désormais saturée, pour encourager l’initiative privée. « L’université doit former des créateurs d’emplois et non uniquement des demandeurs d’emploi », insiste le responsable académique.

Des infrastructures et des moyens encore insuffisants

Malgré les avancées, les défis restent considérables, déficit en infrastructures pédagogiques ; amphithéâtres et salles de cours insuffisants ; équipements scientifiques limités ; sous-financement de la recherche. Les laboratoires, en particulier, souffrent d’un manque d’équipements modernes, freinant le développement d’une recherche compétitive à l’échelle internationale. L’UOB entend également s’inscrire dans la révolution numérique. Parmi les projets en cours, il y a la connexion complète du campus à Internet ; le développement de l’enseignement à distance ; l’intégration de l’intelligence artificielle dans les pratiques pédagogiques ; création de studios pour les cours en ligne. Cette transition vise à moderniser l’enseignement et à le rendre plus accessible et flexible. L’action de l’UOB s’inscrit dans une dynamique nationale visant à faire de l’éducation un levier de développement.
L’université se positionne désormais comme, un acteur économique ; un incubateur d’innovations ; un partenaire des entreprises. Les partenariats public-privé se multiplient, tant au niveau national qu’international, avec des universités et des institutions en Afrique, en Europe, en Amérique du Nord et en Asie.

Bien que relevant principalement du Centre national des œuvres universitaires (CNOU), les conditions de vie des étudiants connaissent certaines améliorations visibles. Réouverture des restaurants universitaires ; réhabilitation des résidences ; renforcement de l’éclairage public ; aménagement d’infrastructures sportives. Ces avancées contribuent à redynamiser la vie sur le campus. La recherche occupe une place centrale dans la mission universitaire, mais son développement reste conditionné par les moyens disponibles.
Les priorités nationales identifiées incluent à l’énergie et les ressources hydrauliques ;
la sécurité alimentaire ; l’environnement et le climat ; les industries extractives ; les sciences humaines et sociales. Malgré les contraintes, la production scientifique (ouvrages, articles, travaux académiques) reste soutenue.

Ambitions et perspectives : vers une université de référence

À long terme, l’UOB ambitionne, d’améliorer son classement international ; de développer des diplômes conjoints avec des universités étrangères ; d’attirer des étudiants internationaux ;
de créer un parc technologique et une ferme-école. L’objectif ultime est de transformer l’université en un pôle d’excellence capable de rivaliser avec les standards internationaux.

En définitive, l’Université Omar Bongo est engagée dans une mutation profonde.
Entre modernisation pédagogique, ouverture à l’innovation, ancrage dans les réalités économiques et amélioration progressive de son image, l’institution tente de tourner la page d’un passé difficile.
« Une révolution tranquille est en cours. Elle nécessite l’adhésion de tous », conclut le vice-recteur.

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