Pour la première fois depuis l’entrée en vigueur de la Constitution de la Cinquième République, le Président de la République, Chef de l’État et Chef du Gouvernement, Brice Clotaire Oligui Nguema, s’est adressé au Parlement réuni en Congrès à l’occasion du discours sur l’état de la Nation. Un rendez-vous institutionnel majeur qui intervient au terme de sa première année de mandat et près de trois ans après les événements du 30 août 2023 ayant conduit à l’ouverture de la période de Transition.
Durant plusieurs heures, le Chef de l’État a dressé un bilan détaillé de la situation du pays, rappelé les réformes entreprises depuis la Transition et présenté les grandes orientations de son septennat. Entre diagnostic du passé, bilan des actions engagées et projection vers l’avenir, ce discours s’est voulu à la fois un exercice de reddition des comptes et une invitation à la mobilisation collective autour du projet de refondation nationale.
Dès les premières minutes de son intervention, le Président de la République a souligné le caractère historique de cette adresse à la Nation. Conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution adoptée par référendum, le Chef de l’État est désormais tenu de venir chaque année devant la représentation nationale pour rendre compte de l’état du pays et des actions entreprises par l’Exécutif. Pour Brice Clotaire Oligui Nguema, cette disposition constitutionnelle traduit une volonté de modernisation de la gouvernance publique et d’instauration d’une culture de responsabilité au sommet de l’État. « Cette obligation de reddition des comptes est juste et opportune », a-t-il déclaré, affirmant s’y soumettre avec humilité, respect des institutions et sens des responsabilités.
Face aux sénateurs, députés, membres du gouvernement, diplomates et représentants des différentes composantes de la société gabonaise, le Président a insisté sur la nécessité de renforcer la confiance entre les institutions et les citoyens.
Le rappel d’un héritage jugé difficile
Avant de présenter les résultats enregistrés depuis la Transition, le Chef de l’État a tenu à rappeler ce qu’il considère comme la situation du Gabon au moment de son arrivée aux responsabilités. Dans un long passage consacré à l’état du pays avant le 30 août 2023, il a évoqué des institutions affaiblies, une dette publique élevée, une économie désorganisée, un système énergétique déficient, un chômage massif des jeunes, une administration peu performante et une gouvernance marquée par la corruption et le clientélisme. Le Président a également dénoncé l’inefficacité du système de santé, les difficultés rencontrées par les organismes de protection sociale, la suspension des bourses scolaires, la crise de la justice et l’abandon progressif de certaines valeurs républicaines. Selon lui, cette accumulation de dysfonctionnements justifiait la nécessité d’engager une profonde refondation de l’État.
« Refonder ne signifie pas effacer notre histoire. Refonder, c’est reconnaître ce qui fonctionne encore et réparer ce qui a été détruit ou négligé », a-t-il expliqué.
Le Président de la République a présenté la réforme des institutions comme la première étape du redressement national.
Il a rappelé que la Transition avait permis l’organisation du Dialogue National Inclusif, la collecte des contributions citoyennes, l’adoption d’une nouvelle Constitution, la réforme du Code électoral ainsi que celle de la loi sur les partis politiques. Selon lui, ces réformes ont permis d’organiser des élections transparentes et apaisées tout en posant les bases d’une démocratie plus stable. Le Chef de l’État s’est particulièrement attardé sur les nouvelles prérogatives accordées au Parlement. Il a souligné que les députés et sénateurs disposent désormais de moyens renforcés pour contrôler l’action gouvernementale, interpeller les ministres et participer à certaines procédures de nomination. Dans ce contexte, il a invité les parlementaires à exercer pleinement leurs responsabilités afin de contribuer à l’amélioration de la gouvernance publique.
Des chantiers visibles sur l’ensemble du territoire
L’un des principaux axes du discours a concerné les infrastructures. Brice Clotaire Oligui Nguema a affirmé que le Gabon connaît aujourd’hui une phase intense de reconstruction et de modernisation. Routes, bâtiments administratifs, infrastructures sanitaires, équipements universitaires, réseaux d’eau et d’électricité, logements sociaux, autant de projets qui témoignent, selon lui, de la transformation en cours du pays. Le Président a cité plusieurs chantiers emblématiques tels que : la route Ovan-Makokou ; le tronçon Bifoun-Ndjolé ; la route Bifoun-Lambaréné ;
l’axe Oyem-Assok Medzeng ; le tronçon Nzogone-Mvam ; la voie de contournement de Libreville baptisée « Promenade de la Lowé » ; les nouvelles infrastructures de l’Université des Sciences de la Santé et la réhabilitation du Palais des Congrès de la Cité de la Démocratie. « Le pays est en chantier », a-t-il affirmé, estimant que les populations peuvent constater elles-mêmes les avancées réalisées. Le Chef de l’État a assuré qu’aucune province ni aucune localité ne serait laissée à l’écart de la dynamique de développement engagée.
Parmi les annonces importantes figure la poursuite du processus de décentralisation.
Le gouvernement entend progressivement transférer davantage de compétences et de ressources financières aux collectivités locales. Le Président a annoncé qu’entre 5 et 10 % des recettes publiques pourraient être alloués aux communes et départements selon les capacités budgétaires de l’État. Cette mesure vise à permettre aux collectivités de mieux répondre aux besoins des populations tout en renforçant le développement local. En contrepartie, il a appelé les élus locaux à une gestion rigoureuse, transparente et responsable des fonds publics.
Diplomatie : le retour du Gabon sur la scène internationale
Sur le plan extérieur, le Président s’est félicité du retour progressif du Gabon au sein des grandes instances internationales.
Il a rappelé l’élection du pays au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et réaffirmé son attachement au multilatéralisme. Le Chef de l’État a également confirmé la candidature du Gabon pour accueillir le Sommet de l’Union africaine en 2027, un événement qui constituerait une vitrine diplomatique majeure pour le pays. Concernant le différend frontalier avec la Guinée équatoriale, il a indiqué que le Gabon demeurait attaché au respect des décisions internationales tout en privilégiant une solution négociée dans l’intérêt des deux pays.
Le Président de la République a consacré une large partie de son discours à la transformation économique du pays. Selon lui, le Gabon doit sortir définitivement de sa dépendance aux exportations de matières premières brutes et privilégier leur transformation sur le territoire national.
Agriculture, pêche, exploitation forestière, industrie minière, pétrole et gaz figurent parmi les secteurs stratégiques identifiés.
Le Chef de l’État a insisté sur l’immense potentiel des ressources naturelles gabonaises, notamment : le fer de Belinga ; le manganèse ; le niobium ; le phosphate ; la potasse ; les terres rares ; l’or ; le diamant ; l’uranium ; le pétrole et le gaz naturel.
Il a également évoqué le développement futur de l’hydrogène naturel et des marchés liés au carbone. Dans le secteur pétrolier, il s’est réjoui du rachat des actifs d’Assala et de Tullow Oil qui permettent désormais à l’État gabonais de devenir le premier producteur national de pétrole.
Une gestion rigoureuse des finances publiques
Abordant la situation macroéconomique, le Président a rappelé que la dette publique représentait environ 70 % du PIB au moment de la Transition. Il a assuré que le gouvernement poursuivait ses discussions avec le Fonds Monétaire International afin de restructurer cette dette tout en préservant les équilibres économiques du pays. D’après lui, les bases d’un redressement durable sont désormais posées grâce à une meilleure maîtrise des finances publiques et à l’élaboration du futur Plan National de Croissance et de Développement. Le Chef de l’État a annoncé plusieurs mesures importantes en faveur des agents publics.
Plus de 60 000 situations administratives auraient été régularisées depuis la Transition. Il a également annoncé le lancement de la troisième et dernière phase du paiement des rappels dus aux fonctionnaires pour un montant de 35 milliards de francs CFA. Au total, 105 milliards de francs CFA auront été reversés aux agents publics au cours des deux dernières années. Par ailleurs, les épargnants de la Poste SA bénéficieront d’un premier remboursement de 10 milliards de francs CFA dans le cadre du règlement progressif de cette crise qui dure depuis plusieurs années.
La question de l’emploi a occupé une place centrale dans le discours présidentiel. Le Chef de l’État a rappelé que le chômage des jeunes atteignait près de 35 % avant la Transition. Pour inverser cette tendance, plusieurs dispositifs ont été mis en œuvre :
PassEmploi241 ; le Programme National de Promotion de l’Emploi ; le projet « Un jeune, un taxi » ; Gab Pêche et les mécanismes de financement de la BCEG. Selon les chiffres communiqués, près de 22 000 emplois ont été créés dans le secteur privé depuis la Transition tandis que plusieurs milliers de jeunes ont bénéficié de formations professionnelles. Le Président a reconnu que le système de santé gabonais demeure confronté à de nombreux défis.
Toutefois, il a souligné les avancées enregistrées avec la sortie de plusieurs promotions de médecins, la construction ou la réhabilitation d’hôpitaux, l’ouverture de nouvelles structures sanitaires et le renforcement du Samu Social Gabonais.
Concernant la CNSS, la CNAMGS et la CPPF, il a annoncé la poursuite des réformes destinées à améliorer les prestations offertes aux assurés et aux retraités. Il a notamment promis de suivre personnellement le redressement de la CNAMGS afin de garantir un meilleur accès aux soins pour les populations.
Éducation, jeunesse et culture : préparer le Gabon de demain
Dans le domaine éducatif, le Chef de l’État a dressé le constat d’un système longtemps déconnecté des besoins réels de l’économie nationale. Pour y remédier, le gouvernement prévoit la construction de 2 000 salles de classe, le développement des filières professionnelles, la réhabilitation des internats et la tenue prochaine des Grandes Assises de l’École des Compétences. Le Président a également réaffirmé son engagement en faveur de la jeunesse, de l’entrepreneuriat, du sport et de la culture. Il a notamment salué les efforts réalisés pour relancer les activités culturelles, promouvoir les tenues africaines et soutenir la production artistique nationale. Le Chef suprême des Forces de défense et de sécurité a présenté les avancées réalisées dans le domaine sécuritaire. Parmi elles figurent le recrutement de nouveaux effectifs, l’acquisition d’équipements modernes, la construction de casernes et de commissariats ainsi que le renforcement du maillage sécuritaire national. Une loi de programmation militaire couvrant la période 2026-2030 est actuellement en préparation afin de moderniser davantage les capacités opérationnelles du pays. Dans la dernière partie de son discours, le Président de la République a lancé un vibrant appel à l’unité nationale.
Face aux divisions, aux discours de haine et à la désinformation, il a exhorté les Gabonais à préserver la cohésion nationale et à privilégier l’intérêt supérieur du pays. « Nous sommes avant tout des Gabonais », a-t-il insisté, appelant majorité, opposition, société civile et citoyens à œuvrer ensemble pour bâtir un avenir commun.
S’adressant particulièrement aux jeunes, il les a invités à faire preuve de patience, de discipline et d’esprit d’entreprise afin de contribuer activement au développement du pays. À travers cette première adresse sur l’état de la Nation de la Cinquième République, Brice Clotaire Oligui Nguema a voulu démontrer que le processus de refondation engagé depuis le 30 août 2023 est désormais entré dans une phase de consolidation et d’accélération. Entre réformes institutionnelles, grands chantiers d’infrastructures, redressement économique, amélioration des services publics et renforcement de la cohésion nationale, le Chef de l’État a présenté une feuille de route ambitieuse pour les années à venir.
Concluant son intervention par un message d’espérance et de mobilisation collective, il a appelé les Gabonais à poursuivre ensemble « le chemin de la paix, du développement et de la souveraineté », avec l’ambition de construire un Gabon prospère, stable et respecté sur la scène internationale.