L’Université Omar Bongo (UOB) a vécu, lundi 27 juillet dernier, un moment scientifique d’une grande importance avec la soutenance de thèse de doctorat de Gladys Thècle Balingui, désormais docteure en psychologie. Devant un jury composé d’éminents universitaires gabonais et étrangers, la candidate a présenté les résultats de plusieurs années de recherche consacrées à la compréhension des comportements environnementaux des citoyens gabonais à travers une approche psychosociale. Intitulée « Approche psychosociale du développement durable : Les représentations sociales de l’environnement et la construction de la citoyenneté éco-responsable au Gabon », cette recherche ambitionne de mieux comprendre pourquoi, malgré les nombreuses politiques publiques et les campagnes de sensibilisation, les comportements favorables à la protection de l’environnement demeurent insuffisants.
Au terme de plusieurs heures d’échanges scientifiques, de questions, de critiques méthodologiques et de recommandations, le jury, présidé par le professeur titulaire Jean Bernard Makanga, a accordé à la candidate le grade de Docteure en psychologie, avec la prestigieuse mention « Très honorable ».
L’amphithéâtre de l’Université Omar Bongo affichait complet pour cette soutenance qui a réuni enseignants-chercheurs, étudiants, membres de la famille, amis et connaissances de la candidate. L’émotion était perceptible dès l’ouverture de la séance. Parmi les invités figurait notamment son frère aîné, Clément Moughombili, docteur en philosophie, venu spécialement de France afin d’assister à ce moment décisif de la carrière universitaire de sa sœur. Dans la salle, on voyait également, la présence très remarquable de l’administrateur civil en chef, M. Félix Fakanangoye, l’oncle de l’impétrante. Après les formalités d’usage, Gladys Thècle Balingui a pris la parole pour présenter les grandes lignes de son travail de recherche, fruit de plusieurs années d’investigation scientifique.
Les défis environnementaux sont aussi des défis psychologiques
Dans son exposé, la doctorante a expliqué que les enjeux liés au développement durable dépassent largement les dimensions économiques, politiques ou technologiques. Selon elle, les crises environnementales, le changement climatique, l’érosion de la biodiversité ou encore la mauvaise gestion des déchets sont également des phénomènes profondément psychologiques puisqu’ils sont influencés par les croyances, les représentations sociales, les valeurs et les comportements individuels et collectifs. « Les défis environnementaux ne sont pas seulement techniques. Ils interrogent notre manière de penser, de percevoir notre environnement et d’agir collectivement », a-t-elle expliqué devant le jury. Cette réflexion constitue le point de départ de son travail doctoral.
L’une des principales interrogations de la recherche porte sur ce que la candidate qualifie de paradoxe gabonais. Le Gabon est aujourd’hui reconnu sur la scène internationale comme l’un des pays les plus engagés dans la préservation des forêts tropicales et de la biodiversité. Avec près de 80 % de son territoire recouvert de forêts, le pays occupe une place stratégique dans la lutte contre le changement climatique. Pourtant, malgré cette réputation, les comportements quotidiens observés dans plusieurs villes du pays demeurent parfois incompatibles avec les principes du développement durable. La mauvaise gestion des déchets, l’insalubrité de certains quartiers ou encore les comportements anti-écologiques traduisent un écart important entre les ambitions nationales en matière de protection de l’environnement et les pratiques réelles des populations. C’est précisément cet écart que la chercheuse a souhaité analyser à travers les outils de la psychologie sociale.
Une recherche fondée sur les représentations sociales
Pour répondre à cette problématique, Gladys Thècle Balingui s’est appuyée sur plusieurs références théoriques, notamment la théorie des représentations sociales, les approches de la citoyenneté environnementale ainsi que différents travaux consacrés au développement durable. Son objectif principal consistait à comprendre comment les citoyens gabonais perçoivent la protection de l’environnement et comment ces perceptions influencent leurs comportements quotidiens. L’étude visait également à mesurer le rôle joué par les politiques publiques, les campagnes de sensibilisation, les valeurs citoyennes ainsi que les actions collectives dans la construction d’une citoyenneté éco-responsable.
Avant de lancer son enquête principale, la doctorante a réalisé une étude exploratoire destinée à tester ses outils de collecte des données. Elle a ensuite conduit une enquête quantitative auprès de 200 participants, en construisant plusieurs échelles d’analyse afin de mesurer les attitudes, les représentations sociales et les comportements environnementaux. Les données recueillies ont permis d’évaluer les liens existant entre les perceptions des citoyens, leur engagement écologique et leur participation aux actions collectives de protection de l’environnement.
Des résultats porteurs d’enseignements
Les résultats obtenus montrent que les personnes qui considèrent la protection de l’environnement comme une responsabilité collective adoptent plus facilement des comportements favorables à la nature. Les campagnes de sensibilisation apparaissent également comme un facteur important dans le développement des attitudes écologiques. Cependant, l’étude montre que les connaissances environnementales ne suffisent pas, à elles seules, à modifier durablement les comportements. La chercheuse souligne que plusieurs facteurs interviennent simultanément : les représentations sociales, les conditions économiques, les infrastructures disponibles, les politiques publiques ainsi que le contexte culturel. Selon elle, l’absence de services efficaces de gestion des déchets ou d’infrastructures adaptées peut décourager les citoyens, même lorsqu’ils sont conscients des enjeux environnementaux.
Au-delà du constat scientifique, la nouvelle docteure formule plusieurs recommandations. Elle préconise notamment de renforcer les politiques publiques de sensibilisation, d’améliorer les infrastructures destinées à la gestion des déchets, de développer davantage l’éducation environnementale dans les établissements scolaires et de favoriser une implication plus active des citoyens dans les actions collectives. Pour elle, la réussite des politiques environnementales dépend autant des investissements publics que de la transformation progressive des représentations sociales et des comportements individuels.
Le directeur de thèse salue un parcours exemplaire
Prenant la parole après la présentation de la candidate, le directeur de thèse, le professeur titulaire Théodore Koumba, a rendu un vibrant hommage au travail accompli par son étudiante. Il a rappelé que cette soutenance, initialement envisagée plusieurs années auparavant, est l’aboutissement d’un long parcours universitaire commencé dès la licence et poursuivi jusqu’au doctorat. Le professeur Koumba a également mis en lumière l’engagement scientifique de la candidate, qui a participé à de nombreuses conférences nationales et internationales, à plusieurs journées scientifiques, à des séminaires de recherche ainsi qu’à diverses activités de sensibilisation environnementale. Selon lui, cette implication témoigne de la qualité de la formation doctorale reçue à l’Université Omar Bongo. Il a estimé que cette thèse constitue une contribution importante au développement de la psychologie sociale de l’environnement, discipline encore peu explorée au Gabon.
Les rapporteurs ont ensuite présenté leurs analyses critiques. Le premier rapporteur, Chandel Ebale Moneze, professeur titulaire de l’Université de Yaoundé au Cameroun, intervenant par visioconférence, a félicité la candidate pour la richesse de son manuscrit. Il a toutefois formulé plusieurs recommandations portant sur le renforcement de l’ancrage historique de la recherche, l’élargissement de certaines analyses au-delà de Libreville, la précision des aspects méthodologiques ainsi que la contextualisation des concepts mobilisés.
Le second rapporteur, Orphé Soumaho, maître de conférences, a également salué la qualité scientifique de l’étude tout en proposant quelques améliorations concernant l’organisation de certaines parties du manuscrit, la présentation des variables d’analyse et certains aspects de la méthodologie quantitative. Tous deux ont néanmoins estimé que ces observations n’enlevaient rien à l’intérêt scientifique du travail réalisé.
Une contribution importante à la recherche gabonaise
Pour les membres du jury, cette recherche vient enrichir une littérature encore peu abondante au Gabon sur les questions de psychologie sociale appliquée aux problématiques environnementales. Elle apporte également des éléments nouveaux sur les mécanismes qui favorisent ou freinent l’engagement citoyen dans la protection de l’environnement, à un moment où les enjeux liés au changement climatique occupent une place croissante dans les politiques publiques nationales et internationales. Les discussions ont également mis en évidence la nécessité de poursuivre les recherches sur la citoyenneté environnementale, en élargissant les études à d’autres régions du Gabon afin de mieux comprendre les réalités locales.
À l’issue des délibérations, le président du jury, Jean Bernard Makanga, a proclamé les résultats. Le jury a reconnu la qualité scientifique du travail présenté, tout en prenant acte des observations formulées par les rapporteurs. Gladys Thècle Balingui a ainsi été admise au grade de Docteure en psychologie avec la mention « Très honorable », une distinction qui vient récompenser plusieurs années d’efforts, de recherches et d’engagement scientifique. Cette soutenance marque une nouvelle étape dans le développement de la recherche en psychologie sociale au Gabon et ouvre de nouvelles perspectives de réflexion sur la manière de renforcer la citoyenneté éco-responsable, dans un pays qui demeure l’un des principaux acteurs africains de la conservation de l’environnement.