Un enregistrement vidéo diffusé massivement sur les réseaux sociaux depuis le samedi 5 juillet 2025 a plongé la communauté judiciaire gabonaise dans une situation inédite. On y découvre une scène intrigante mettant en cause un juge, une avocate, Me Gisèle Eyue et son client, dans une atmosphère jugée trop « conviviale » au sein d’un cabinet d’instruction.
Face à l’émoi suscité par cette vidéo, le Bâtonnier de l’Ordre des Avocats du Gabon a rompu le silence en rendant publique une déclaration circonstanciée le jeudi 10 juillet 2025. Il y détaille avec gravité les faits, les démarches entreprises et rappelle fermement les principes régissant la profession d’avocat au Gabon.
Sans attendre d’interpellation ni de plainte formelle, le Bâtonnier a ouvert dès le lundi 7 juillet une enquête déontologique interne, sollicitant des explications de la part de Me Gisèle Eyue, laquelle aurait coopéré spontanément. Mais les choses ont rapidement pris un tour plus préoccupant.
Le mardi 8 juillet, la consœur a signalé la présence d’agents de la Direction Générale des Recherches (DGR), dans son cabinet, sans convocation préalable ni mandat officiel. Informé de cette intrusion, le Bâtonnier a immédiatement contacté le Procureur de la République, près le tribunal de première instance de Libreville, Bruno Mve. Celui-ci a confirmé qu’une enquête pénale était en cours contre l’avocate, fondée sur l’article 288 du Code pénal, relatif à l’atteinte à la personnalité.
Violations de procédure pointées par le Barreau
Le Bâtonnier a rappelé au Procureur la sacro-sainte inviolabilité du cabinet d’avocats (article 68 de la loi sur la profession), contraignant les enquêteurs à se retirer des lieux. Pourtant, dans l’après-midi, les agents auraient été vus à proximité du véhicule de l’avocate, suscitant de nouvelles inquiétudes.
Une convocation officielle a finalement été remise via le Bâtonnier, dans le respect des formes prévues par l’article 70 de la loi régissant la profession. Toutefois, la précipitation et le flou de la procédure ont amené l’Ordre à dénoncer la « légèreté » de la méthode employée.
Choisissant de rester dans son cabinet par crainte pour sa sécurité, Me Gisèle Eyue a passé deux nuits dans ses locaux professionnels. Le Bâtonnier, présent à ses côtés le mardi soir, a assuré vouloir veiller au respect des droits de sa consoeur, soulignant que « l’avocat ne bénéficie pas d’une immunité, mais d’un cadre procédural précis. »
L’enquête judiciaire suit son cours, en parallèle d’une procédure déontologique engagée par le Conseil de l’Ordre. L’avocate sera assistée, comme le prévoit le règlement, par un membre du Conseil et tout autre confrère de son choix.
Le Barreau appelle à la vigilance et au calme
Dans son adresse aux membres de l’Ordre, le Bâtonnier a exhorté à la retenue et au respect du processus judiciaire. Il a également dénoncé les prises de parole « précipitées » et « malicieuses » émanant de certains acteurs extérieurs à l’institution, rappelant que lui seul est habilité à représenter le Barreau National du Gabon.
Au-delà de l’affaire individuelle, c’est l’image même de la Justice gabonaise qui semble affectée. Le Bâtonnier s’alarme de la rupture de confiance entre les citoyens et leur système judiciaire, appelant à une réflexion collective sur la confidentialité dans les échanges entre avocats, magistrats et clients. « Toute la lumière doit être faite sans complaisance », a-t-il martelé, fidèle à son attachement à l’État de droit et à la défense des Droits Humains.
Ce dossier met à rude épreuve les principes de la profession et révèle les tensions croissantes entre les pouvoirs judiciaire et déontologique. Il pose aussi la question de l’utilisation des enregistrements clandestins et de leur impact sur la vie judiciaire et la vie privée des justiciables.
Alors que l’enquête se poursuit, le Barreau National du Gabon, par la voix de son Bâtonnier, Me Raymond Obame Sima entend rester maître du jeu : rigoureux, vigilant, mais respectueux des institutions et de la présomption d’innocence.