Longtemps surnommée « la Grande muette » pour sa discrétion institutionnelle, l’armée gabonaise semble aujourd’hui faire parler d’elle… mais pas pour les raisons qu’on aurait espérées. Selon des témoignages concordants et persistants, le processus de recrutement des jeunes soldats serait miné par des pratiques occultes où les liasses de billets remplaceraient les critères de mérite, de discipline ou de rigueur morale.
Dossier ou espèces sonnantes ? Officiellement, le recrutement militaire reste régi par un concours rigoureux : épreuves physiques, tests médicaux, évaluations psychotechniques. Mais en coulisses, une toute autre mécanique se mettrait en marche. Il se murmure — de plus en plus fort — que certains candidats ne franchiraient les étapes qu’après avoir versé une somme allant jusqu’à 250 000 francs CFA. Pour les familles aux revenus modestes, ce tarif ferme les portes de l’engagement patriotique, transformant un acte de service en luxe inaccessible.
Une sélection à double vitesse. Ce système parallèle serait orchestré par des intermédiaires en uniforme, promettant protection et admission en échange d’espèces. Le passage à l’infirmerie, censé garantir la sélection de recrues en bonne condition physique, serait devenu un point névralgique du tri opaque : diagnostics bidon, pathologies imaginaires, évictions arbitraires… Une mécanique bien huilée pour écarter les candidats « non alignés » et ouvrir la voie à ceux qui ont payé leur droit d’entrée.
Quand l’uniforme perd sa valeur
Plus grave encore, cette dérive favoriserait l’entrée dans les rangs de profils peu recommandables. Certains jeunes, sans réelle vocation militaire, au passé douteux voire criminel, se retrouveraient ainsi enrôlés. Le résultat, selon plusieurs sources internes : des désertions fréquentes, des actes de banditisme sous uniforme, des comportements qui entachent l’image d’une institution pourtant censée incarner la rigueur, le sacrifice et l’honneur.
Le silence officiel inquiète. Jusqu’ici, aucune réaction publique n’a été enregistrée du côté du ministère de la Défense ou de l’état-major. Mais dans les rangs comme dans la rue, l’indignation monte. Car si l’armée devient un refuge pour les acheteurs d’uniformes, elle risque de perdre sa fonction première : défendre la nation, incarner la loi, garantir la souveraineté.
Il revient au chef de l’État, chef suprême des armées, de briser le silence. Non pour alimenter la rumeur, mais pour y répondre, y mettre fin s’il le faut — ou y apporter des correctifs urgents si elle se confirme. On ne joue pas avec les fondations d’un État. Une armée corrompue n’est pas seulement inefficace : elle est dangereuse.
Redonner à l’uniforme son honneur
Réconcilier les Gabonais avec leur armée suppose d’abord que l’armée retrouve sa dignité. Que les concours redeviennent justes, que la sélection soit fondée sur la compétence et le mérite. Tant que l’honneur sera monnayé, la confiance ne pourra renaître. Et sans cette confiance, aucune patrie ne se défend vraiment.