Tribune | Gabon : Quand le renouveau sent le recyclage

« Ils n’ont pas changé. Ils ont juste changé de tee-shirt politique. »

À quelques semaines des élections législatives, municipales et départementales, le Gabon se retrouve à la croisée des chemins. Après le sursaut populaire du 30 août 2023, qui avait suscité l’espoir d’une rupture nette avec des décennies de confiscation démocratique, nombreux sont ceux qui constatent, avec inquiétude, une réapparition des visages d’hier, ceux-là mêmes qui furent les instruments d’un système rejeté dans la rue et dans les urnes.

Les masques sont tombés. Ou plutôt, ils ont été repeints. Des ministres de l’ancien régime, des députés ayant validé des lois iniques, des partisans du pouvoir d’Ali Bongo, se présentent aujourd’hui comme les artisans d’un nouveau Gabon. Le même costume, le même langage creux, seule l’étiquette a changé. C’est la transhumance politique dans sa forme la plus crue : un repositionnement sans remords, une roublardise maquillée en conversion.

« L’inclusivité n’est pas l’amnésie, » rappelle Harold Leckat Igassela dans cette tribune.

L’auteur ne s’attaque pas à l’idée d’union nationale ou de réconciliation, nécessaires à la stabilité, mais à cette tendance pernicieuse qui consiste à tout confondre, opportunisme et vision, trahison et repentance, recyclage et renouveau.

Une mémoire collective à défendre

Ce qui se joue dans les urnes en 2025, ce n’est pas seulement une majorité parlementaire. C’est la mémoire d’un peuple. C’est le sens même de la transition entamée après l’effondrement du régime Bongo. Et cette mémoire ne peut être travestie sous prétexte d’unité nationale. « Rebaptisés bâtisseurs, les oppresseurs d’hier se présentent aujourd’hui comme les sauveurs d’un système qu’ils ont contribué à ruiner, » dénonce Igassela.

On se souvient encore de leurs slogans méprisants, des estrades partagées avec la famille Bongo, des moqueries adressées à un peuple en souffrance. Comment croire à une sincère rupture lorsque les anciens piliers de la maison en feu aujourd’hui prétendent en reconstruire les fondations ?

Dans cette tribune, l’auteur appelle la jeunesse, les électeurs de tout le pays, à faire preuve de vigilance et de lucidité. Il ne s’agit pas d’une croisade personnelle. « Je ne cherche ni poste, ni médaille« , insiste-t-il. Il se positionne en sentinelle, refusant de laisser l’histoire être réécrite par ceux qui l’ont trahie.

Le vote, plus qu’un devoir civique, devient ici un acte de justice mémorielle. Un geste de résistance face à l’oubli. Car si les Gabonais acceptent sans broncher le retour des mêmes visages, ils cautionnent aussi l’idée que le passé ne compte pas.

Pour une transition cohérente et fidèle à son essence, « Le changement ne viendra pas d’en haut. Il viendra de vous. »

À travers cette tribune, c’est un appel à la cohérence et à la responsabilité historique qui est lancé. Une exhortation à se souvenir de ceux qui ont résisté quand c’était impopulaire, qui ont parlé quand c’était risqué, et à ne pas confondre ceux-là avec les opportunistes de dernière heure. Car reconstruire avec ceux qui ont détruit, c’est préparer la prochaine chute.

Le 30 août 2023 ne doit pas devenir un souvenir flou ou un slogan vide. Il doit rester une borne dans l’histoire du Gabon, un moment de réveil, pas une illusion d’optique. À l’aube des élections de 2025, chaque Gabonais détient une part de cette mémoire. À chacun d’en faire un rempart contre l’oubli. Car, comme le martèle Harold Leckat Igassela, « Ils n’ont pas changé. Ils ont juste changé de tee-shirt politique. »

Par Harold Leckat Igassela, citoyen gabonais engagé

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