Sécurité ferroviaire au Gabon : l’ARTF et la SETRAG en campagne de sensibilisation pour protéger les riverains du Transgabonais

En réponse à la recrudescence des incidents sur les abords du Transgabonais, l’Autorité de Régulation des Transports Ferroviaires (ARTF) et la Société d’Exploitation du Transgabonais (SETRAG) ont lancé depuis le 11 août dernier, une ambitieuse campagne nationale de sensibilisation. Cette initiative, déployée le long du corridor ferroviaire, vise à alerter, informer et éduquer les populations vivant à proximité de la voie ferrée sur les dangers encourus et les comportements à adopter pour leur propre sécurité.

La campagne s’inscrit dans une logique de prévention, avant tout recours à des mesures coercitives. L’objectif est clair, réduire durablement les accidents ferroviaires impliquant des riverains. Trop souvent, des drames surviennent en raison de constructions anarchiques, de traversées imprudentes ou d’activités commerciales dans les zones interdites.

Pour M. Ollomo Givens Stevy, animateur en relations communautaires à la SETRAG, l’approche repose avant tout sur la pédagogie, « Il ne s’agit pas de punir, mais d’éduquer. Trop de vies sont perdues à cause de l’ignorance des règles de sécurité. Nous voulons inverser cette tendance. »

La première étape de cette tournée de sensibilisation a couvert le tronçon Owendo–Ntoum, deux localités densément peuplées et fortement exposées au trafic ferroviaire. À chaque étape, des séances d’information sont organisées, en langues locales, pour garantir une meilleure compréhension. Les équipes de l’ARTF et de la SETRAG vont à la rencontre des habitants, répondent à leurs interrogations, distribuent des brochures, et identifient les zones à risque.

Des règles souvent ignorées, désormais rappelées avec insistance

Les organisateurs rappellent un point essentiel : la loi encadre strictement l’occupation des abords du chemin de fer.
M. Yannick Roger Bengang, Directeur des Affaires juridiques et réglementaires à l’ARTF, précise, « Le décret n°032/PR de 1978 fixe une zone de sécurité de 15 mètres à partir du rail extérieur. Une marge supplémentaire de 5 mètres est nécessaire, soit un total de 20 mètres pour toute construction, et ce, uniquement avec une autorisation expresse de la SETRAG. »

Au-delà de cette limite, le domaine ferroviaire s’étend jusqu’à 40 mètres de chaque côté de la voie. Toute occupation dans ce périmètre, qu’elle soit temporaire ou permanente, nécessite une autorisation préalable. Une réglementation souvent méconnue, voire ignorée, par de nombreux habitants qui, faute d’alternatives ou d’informations, construisent, cultivent ou vendent en toute illégalité.

Parmi les principaux messages de la campagne figurent des recommandations concrètes. À savoir : se tenir à au moins 1,50 mètre de la voie pour éviter l’effet de souffle au passage d’un train, ne pas jeter de déchets ni entreposer de matériaux dans le domaine ferroviaire, ne pas installer de bars, de commerces ou de champs agricoles dans la zone de sécurité et respecter une distance de 20 mètres minimum pour toute construction, uniquement avec autorisation préalable.

« Ce sont des règles simples, mais trop souvent négligées. Pourtant, elles peuvent faire la différence entre la vie et la mort », insiste M. Ollomo.

Des signaux encourageants mais des défis persistants

Selon les premières observations des équipes sur le terrain, des signes positifs émergent. Certaines familles ont interrompu leurs chantiers après avoir été informées de l’illégalité de leur positionnement. D’autres s’engagent à démolir ou à reculer leurs installations. Mais le travail reste colossal. « Il y a encore beaucoup de résistance, notamment dans les zones rurales. Il faut continuer à dialoguer, à expliquer, à convaincre. Nous voulons éviter que la répression devienne la seule solution », affirme un agent de la SETRAG.

À Ntoum, la campagne a été bien accueillie par les habitants, qui se sentent enfin pris en compte.
Mme Félicité M., riveraine, témoigne, « Ce projet est indispensable car ce sont nos enfants, nos proches, qui sont en danger. Nous allons respecter les consignes. Mais nous voulons aussi être consultés et informés à chaque étape, pour éviter les décisions surprises. »

Du côté des autorités, le message est clair, la sécurité ferroviaire ne peut reposer uniquement sur la société exploitante et le régulateur. Elle nécessite une implication plus forte de l’État, tant au niveau juridique qu’opérationnel. « Il est temps que l’État reprenne pleinement la main sur le domaine ferroviaire », déclare M. Bengang, avant d’ajouter, « Cette campagne nous permettra de dresser un état des lieux précis. En décembre, un rapport complet sera remis aux plus hautes autorités. Il servira de base à des mesures complémentaires, y compris, si nécessaire, des relocalisations. »

Un engagement commun pour un avenir plus sûr

L’ARTF et la SETRAG affirment leur volonté commune de mettre fin aux drames récurrents autour du Transgabonais. Toutes deux insistent sur le caractère gratuit et préventif de la démarche. « Notre mission n’est pas de punir, mais de protéger. Protéger les vies humaines, protéger l’intégrité du chemin de fer, et contribuer à un développement plus sécurisé de nos territoires », conclut M. Ollomo.

La campagne va se poursuivre dans les mois à venir à travers le Moyen-Ogooué, le Haut-Ogooué et d’autres localités riveraines du Transgabonais. Elle s’accompagnera d’une cartographie des zones à risque, de recommandations stratégiques et de possibles mesures d’aménagement.

Le message central reste inchangé, crlui de la sécurité est l’affaire de tous. Riverains, autorités locales, exploitants ferroviaires et pouvoirs publics doivent œuvrer ensemble pour garantir un environnement ferroviaire sûr, durable et respectueux des normes.

Rappel des règles essentielles à respecter autour du Transgabonais

Distance minimale à respecter pour les piétons : 1,50 mètre du rail, interdiction de construire à moins de 20 mètres, sauf autorisation expresse, interdiction formelle de brûlis ou d’activités agricoles dans la zone de sécurité, interdiction de jeter des déchets ou d’obstruer les abords de la voie ferrée et toute construction dans le domaine ferroviaire doit faire l’objet d’une autorisation préalable.

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