Distinction/Bertrand Zibi Abeghe : de la prison du régime Bongo aux honneurs de la République nouvelle

Symbole de la résistance et du courage, l’ancien député devenu prisonnier politique est aujourd’hui élevé au rang de Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Une reconnaissance historique portée par le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema.

Tchibanga, 30 août 2025, sous le ciel brûlant du sud gabonais, dans une ville baignée d’espoir et de mémoire, s’est tenu un moment que l’histoire retiendra longtemps. Lors de la deuxième édition de la Fête de la Libération, le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a élevé Bertrand Zibi Abeghe au rang de Commandeur de l’Ordre national du Mérite. Un acte fort, lourd de symboles, qui vient reconnaître officiellement le combat solitaire et courageux d’un homme face à la toute-puissance d’un régime dictatorial.

Il est des gestes qui marquent un tournant. Celui posé par le chef de l’État gabonais à l’endroit de Bertrand Zibi Abeghe dépasse largement la simple reconnaissance individuelle. Il s’agit d’un acte politique et mémoriel, un signal clair que le Gabon s’engage sur la voie de la réconciliation, de la justice et de la restauration de la mémoire collective. Dans le Gabon nouveau qui se dessine, aucun combat pour la liberté ne sera oublié, aucune souffrance ne sera effacée.

Et qui mieux que Bertrand Zibi Abeghe pour incarner ce chemin de douleur, de sacrifice et de dignité retrouvée ? D’un député du système à l’homme de rupture. Élu député du Parti Démocratique Gabonais (PDG), dans le canton Sud de Minvoul, au sein de la province du Woleu-Ntem, Zibi Abeghe est initialement un homme du sérail. Il connaît de l’intérieur les rouages du pouvoir Bongo. Mais, à l’approche des élections présidentielles d’août 2016, il prend une décision qui va bouleverser son destin, en démissionnant publiquement de son poste de député et claquant la porte du PDG.

Son départ fracassant, survenu à Minvoul en pleine tournée républicaine du Président déchu, est encore dans toutes les mémoires. Ce jour-là, dans un geste rare dans les annales politiques du Gabon, il retire son écharpe tricolore de député, la dépose devant Bongo Ondimba Ali (BOA) et les caméras, et accuse directement le régime de préparer un « hold-up électoral ». Il dénonce l’autoritarisme, la corruption, la confiscation des libertés. Il devient en un instant le porte-voix d’un peuple bâillonné depuis des décennies.

Le prix du courage : l’arrestation et la prison

Quelques mois plus tard, en décembre 2016, Bertrand Zibi Abeghe est arrêté dans des conditions controversées, officiellement accusé « d’atteinte à la sûreté de l’État ». Une accusation que de nombreux observateurs nationaux et internationaux considèrent comme politique. Commence alors pour lui une longue descente dans l’univers carcéral, marqué par l’isolement, les mauvais traitements, les procédures judiciaires opaques.

Durant plus de six ans de détention, il refuse toutes les offres de libération anticipée que le régime lui propose en échange d’un reniement ou d’un silence public. Bertrand Zibi Abeghe, connu par son franc parlé reste fidèle à ses convictions, préférant la souffrance à la compromission. Sa prison devient un symbole de résistance. Il devient un martyr vivant aux yeux de ceux qui rêvent encore de démocratie et d’un État de droit. Après une audience publique et à l’absence des preuves de chefs d’accusations, Bertrand Zibi a été libéré. L’ancien prisonnier sort la tête haute, le regard ferme, les convictions intactes.

Le 30 août 2023 : la fin d’une ère, le début d’une autre

Puis survient le tournant historique du 30 août 2023. Après les élections contestées une nouvelle fois par une grande partie de la population, le régime d’Ali Bongo s’effondre. Un coup d’État pacifique dirigé par le général de brigade Brice Clotaire Oligui Nguema met fin à 56 ans de règne ininterrompu de la famille Bongo. Dans les rues de Libreville, de Port-Gentil, de Franceville et de Makokou, c’est la liesse. Le peuple jubile, les visages s’illuminent d’un espoir longtemps étouffé.

Deux an plus tard, à Tchibanga, chef-lieu de la province de la Nyanga, au cours de la Fête nationale de la Libération, le Président Oligui Nguema décide de rendre hommage à ceux qui ont œuvré pour la fin de la dictature. Parmi eux, un nom s’impose avec évidence, celui de Bertrand Zibi Abeghe. Il est fait Commandeur, la plus haute distinction remise à une figure civile dans le cadre de la nouvelle République.

Ce geste est tout sauf banal. Il consacre le combat d’un homme, mais aussi le courage d’une génération de Gabonais qui ont refusé de plier. Il représente une réparation, une reconnaissance de l’injustice subie, et une volonté de panser les plaies ouvertes par plus d’un demi-siècle de régime autoritaire.

En décorant Bertrand Zibi Abeghe, le chef de l’État ne récompense pas uniquement un homme. Il envoie un message fort à la nation tout entière : « plus jamais ça ». Plus jamais le silence imposé. Plus jamais les arrestations arbitraires. Plus jamais la peur d’exprimer ses opinions. Dans le Gabon nouveau, chaque citoyen a le droit et le devoir de se lever contre l’injustice.

Ce geste est également un appel au pardon, à la réconciliation et à la reconstruction. Il trace les contours d’une République fondée non sur la peur, mais sur la justice, la transparence et le respect de la mémoire.

Une figure de la Résistance gabonaise

Aujourd’hui, Bertrand Zibi Abeghe entre de plein droit dans le panthéon des grandes figures de la Résistance gabonaise. Son nom rejoint ceux des héros oubliés, des anonymes de la lutte, des voix longtemps tues. Il est désormais un repère pour les jeunes générations, un modèle de courage, de loyauté et d’intégrité. Dans une déclaration sobre, l’intéressé a remercié le peuple gabonais pour son soutien indéfectible durant ses années d’épreuve. Il a appelé à l’unité, à la vigilance citoyenne et à la participation active à la refondation du pays.

L’histoire de Bertrand Zibi Abeghe est celle d’un homme debout face à l’oppression. C’est aussi celle d’un pays qui renaît, qui ose regarder son passé en face pour mieux construire son avenir. En décorant cet ancien prisonnier politique, le Président Oligui Nguema pose un acte de justice, mais aussi un acte politique fort, celui de reconnaître que la République ne peut se bâtir que sur la vérité, la mémoire et l’honneur rendu à ceux qui ont souffert pour elle.

Ce 30 août 2024, le Gabon n’a pas simplement remis une médaille. Il a affirmé un choix, celui de la liberté, de la reconnaissance et de la dignité retrouvée.

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