Élections générales 2025 au Gabon : l’ACER dresse un bilan mitigé entre progrès démocratique et irrégularités majeures

Alors que le Gabon poursuit son chemin vers un retour à l’ordre constitutionnel et à une gouvernance démocratique, les élections du samedi 27 septembre 2025, marquant le premier tour des législatives et le scrutin unique des locales, se sont déroulées dans un contexte hautement symbolique. Pour la première fois depuis la transition enclenchée en 2023, les Gabonais ont été appelés aux urnes pour élire leurs députés, conseillers municipaux et départementaux. L’Autorité de Contrôle des Élections et du Référendum (ACER), dans une déclaration solennelle rendue publique ce 30 septembre, a salué la mobilisation citoyenne et la transparence globale du processus, tout en dénonçant un ensemble de dysfonctionnements et d’irrégularités ayant affecté le bon déroulement du scrutin dans plusieurs localités du pays.

Selon les données fournies par l’ACER, le taux de participation a dépassé la barre symbolique des 50 %, un chiffre salué comme « une mobilisation historique », notamment dans un pays souvent marqué par l’abstention. Ce sursaut civique est en grande partie porté par une jeunesse dynamique, de plus en plus engagée dans la vie politique nationale. « Ce taux élevé témoigne du regain de confiance du peuple gabonais envers les institutions républicaines, et marque une étape importante du processus de transition », a souligné, le Président de l’ACER, Wenceslas Mamboundou dans sa déclaration. Le bon déroulement général du scrutin dans de nombreuses zones, sous la supervision des observateurs nationaux et internationaux, ainsi que la couverture médiatique constante, ont été des gages de transparence et de crédibilité.

Des avancées saluées, mais une organisation entachée de multiples défaillances

Malgré ces avancées notables, l’ACER n’a pas caché son inquiétude face aux nombreux incidents survenus lors de cette journée électorale. L’instance indépendante a identifié une série d’irrégularités graves, qui, dans certaines circonscriptions, ont compromis la sincérité et la régularité du scrutin.

Parmi les principaux dysfonctionnements relevés, il y’a : distribution très tardive des cartes d’électeurs, empêchant de nombreux citoyens de voter, absence des listes d’affichage dans plusieurs centres de vote, manque de bulletins de vote pour certains candidats, isoloirs non conformes ou absents, portant atteinte au secret du vote, défaut d’identification des urnes, rendant la distinction entre scrutin local et législatif difficile, démarrage tardif du vote dans plusieurs bureaux, actes d’incivisme, y compris l’intrusion de candidats dans les bureaux de vote, pressions sur les électeurs et agressions verbales, destruction de matériel électoral dans certains centres, remplacement arbitraire de scrutateurs formés, souvent par des individus sans qualification, obstruction au contrôle de l’ACER, par certains présidents de bureaux de vote et délivrance abusive de procurations, en contradiction flagrante avec les dispositions du Code électoral.

« Ces actes, bien que multiples, ne semblent pas relever d’une stratégie de fraude organisée mais plutôt de manquements individuels ou organisationnels, liés à la complexité du scrutin couplé », note l’ACER. Face à ces anomalies, l’ACER recommande officiellement au Ministre de l’Intérieur, président de la Commission Nationale d’Organisation et de Coordination des Élections et du Référendum (CNOCER), l’annulation et la reprise du vote dans plusieurs circonscriptions électorales, jugées irrémédiablement compromises.

Circonscriptions concernées par la reprise du scrutin

Province de l’Estuaire : 1er Arrondissement de Ntoum, siège unique ; 2e Arrondissement de Ntoum, bureau de l’école catholique.

Province du Haut-Ogooué : Département de Lékoni-Lékori, 1er siège.

Province de la Ngounié : Département de la Dola, 2e siège.

Province de l’Ogooué-Lolo : Département de la Lombo-Bouenguidi, 2e siège (centre de vote de Dienga) ; Département de Mulundu, 1er siège (bureau de Pahon Pira).

Province du Woleu-Ntem : Département du Haut-Ntem, 2e siège (villages Ongo’o et Meyo).

Zone diaspora Europe-Amérique-Asie-Océanie : Bureau de vote de Rennes, en France.

Par ailleurs, l’ACER demande une rectification immédiate des erreurs matérielles ayant affecté les résultats annoncés par la CNOCER, notamment pour le 2e arrondissement de la commune d’Akanda et tout autre cas similaire sur l’ensemble du territoire.

Des sanctions judiciaires pour les auteurs d’irrégularités

L’ACER a également adressé un avertissement sévère aux auteurs de fraudes ou d’abus constatés pendant le scrutin. Le Code électoral gabonais prévoit des peines allant de 500.000 à 5.000.000 FCFA d’amende et des peines d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 5 ans pour les délits électoraux. Les commissaires électoraux ayant délivré des procurations de manière illégale, ainsi que les candidats ou électeurs les ayant utilisées dans l’intention manifeste de fausser le scrutin, s’exposent à des poursuites judiciaires imminentes. Il en est de même pour les auteurs d’actes de vandalisme ou de destruction du matériel électoral. « Ces comportements ne resteront pas impunis. L’ACER s’engage à collaborer étroitement avec la justice pour faire respecter la loi électorale », a précisé Wenceslas Mamboundou.

Dans un contexte encore fragile, l’ACER salue l’attitude responsable de nombreux candidats qui, malgré des résultats parfois défavorables, ont accepté le verdict des urnes. Elle appelle l’ensemble des acteurs politiques et des citoyens à aborder les prochaines échéances, notamment le second tour des législatives, dans un climat d’apaisement, de respect mutuel et de confiance dans les institutions. « Une démocratie solide ne se construit pas en un jour. Elle repose sur l’acceptation des règles du jeu, le respect des lois et l’engagement pacifique de tous les citoyens », conclut l’autorité de l’ACER. Si les défaillances constatées lors de ce scrutin montrent qu’il reste encore des efforts à faire en matière d’organisation électorale, l’ACER estime que le processus engagé constitue une avancée significative vers la normalisation politique du pays. L’institution promet de tirer les leçons de ces élections et de formuler des recommandations concrètes pour améliorer les futures échéances, dans un souci constant de régularité, de transparence et de légitimité démocratique.

Don't Miss