Raymond Ndong Sima à contre-courant : une voix pour la vérité, la Justice électorale et la sauvegarde de la République

Dans un contexte politique tendu marqué par des élections locales et législatives controversées, l’ancien Premier ministre et acteur clé de la transition démocratique, Raymond Ndong Sima, a pris la parole dans un point de presse très attendu. Face à des critiques virulentes émanant du Vice-Président de la République, Dr Séraphin Moundounga, l’homme d’État a tenu à clarifier sa position, tout en formulant un diagnostic sévère du processus électoral du 27 septembre. Ce faisant, il relance un débat national crucial sur la légitimité du scrutin, la cohérence des institutions, et l’avenir de la démocratie gabonaise. Raymond Ndong Sima n’a pas caché les hésitations qui ont précédé sa prise de parole, « Certains estiment que je ne devrais pas répondre au Vice-Président de la République, d’autres considèrent que je leur dois des explications. »
Finalement, son sens du devoir l’a emporté sur la tentation du silence. Il affirme avoir voulu éviter la polémique, mais estime que la gravité des accusations, notamment celles d’incitation à la haine et à la violence, nécessite une mise au point.

Le cœur de la controverse porte sur une publication de Ndong Sima faite au lendemain du scrutin. Le Vice-Président de la République y voit une tentative de manipulation des esprits, voire une forme de provocation. Ce que l’ancien chef du gouvernement récuse avec vigueur, « Je n’ai formulé aucune attaque personnelle ni cité aucun lieu ou cas particulier. Mes constats sont d’ordre général, factuels, et largement partagés aujourd’hui, y compris par des partis politiques et l’Autorité de Contrôle des Élections. » Il rappelle que ses observations se limitaient à quatre grandes anomalies, à savoir : les protestations relatives à la composition des bureaux de vote, l’absence de scrutateurs de tous les partis politiques, la transhumance électorale excessive et les irrégularités sur les listes électorales, toujours chargées de noms de personnes décédées. Il ajoute avoir volontairement évité d’évoquer des cas nominatifs, bien qu’il en ait eu connaissance, notamment lors d’un signalement adressé en pleine nuit électorale au ministère de l’Intérieur.

Alliance Patriotique, un parti national ciblé par des accusations de tribalisme

L’un des points les plus sensibles abordés concerne l’accusation de tribalisme visant son parti, l’Alliance Patriotique, qu’il qualifie d’ »infamante ».
Le Vice-Président a en effet insinué que cette formation serait cantonnée à une base ethnique restreinte, suggérant un manque d’ancrage national. Raymond Ndong Sima démonte ces propos à l’aide de chiffres précis, « Nous avons présenté 20 candidatures aux législatives et 16 aux locales, dans six provinces du pays. Ce nombre aurait pu être plus élevé si certains de nos candidats n’avaient pas été étrangement recalés. » Il détaille par ailleurs ses propres déplacements dans plusieurs localités du pays, à savoir : Lastourville, Port-Gentil, Bitam, Oyem, Mitzic, Minvoul pour soutenir ses candidats, preuve selon lui de l’engagement national du parti.

Pour lui, deux explications sont possibles, soit le Vice-Président a été mal informé par ses équipes, soit il a délibérément tenté de dénigrer l’Alliance Patriotique en la réduisant à une identité communautaire. Dans les deux cas, il parle de comportement « regrettable » voire de « mensonge pitoyable« . Raymond Ndong Sima n’a pas mâché ses mots à l’égard du Vice-Président Moundounga, qu’il accuse de servir des intérêts personnels et de vouloir plaire à tout prix au pouvoir en place, « Superficiel, opportuniste, obsédé par la célébrité, victime du complexe d’Erostrate… Il n’a jamais pu s’obliger. » Il souligne qu’il a toujours composé ses cabinets dans le respect de la diversité nationale, citant notamment Patrick Moundounga comme ancien directeur de cabinet lorsqu’il était ministre de l’Agriculture, ou encore Jérôme Mabika (originaire de la Nyanga) comme directeur adjoint durant la transition.

Une élection mal préparée, mal conduite, et profondément contestée

Sur le fond du scrutin, Raymond Ndong Sima se montre sans concession. Il dénonce une organisation chaotique, en contradiction flagrante avec les consignes données par le Président de la République avant la campagne. Il évoque, la mauvaise composition des bureaux de vote, le choix biaisé des scrutateurs, le manque de matériel électoral de qualité, des incidents dans plusieurs localités et même l’absence de vote à Moabi, selon ses informations. « Le Président lui-même avait exprimé ses craintes avant le début des campagnes. Ses instructions ont été ignorées. Le résultat est une atteinte grave à la transparence et à la régularité du scrutin. » Il réfute l’idée que sa publication post-scrutin ait été un déclencheur de tensions, rappelant que des protestations avaient déjà émergé sur l’ensemble du territoire le jour même du vote.

Loin de vouloir se positionner dans une posture d’opposition, Raymond Ndong Sima affirme qu’il demeure loyal envers le Président et les idéaux de la transition. Mais il précise que, « Le soutien n’a pas pour corollaire la cécité. Il impose au contraire une obligation de vérité et de sincérité. » Il rappelle avoir été en première ligne pendant les événements de juillet-août 2023, et avoir consenti de lourds sacrifices sans demander de contrepartie, contrairement à ceux qui, selon lui, « se prélassaient à l’étranger« . Raymond Ndong Sima plaide pour l’annulation totale des élections de septembre 2025 et la relance complète du processus électoral, après corrections des manquements identifiés. Il rappelle qu’en août 2023, l’ensemble du scrutin avait été annulé dans un souci de restauration de la vérité des urnes.

« Continuer ce processus, c’est donner une prime à la fraude. Le Président doit tirer les conséquences de ce raté et annuler l’ensemble du scrutin. » Il demande également l’ouverture d’enquêtes pour identifier et sanctionner les auteurs des irrégularités, qu’il qualifie d’ »associations de malfaiteurs » ayant porté atteinte à la démocratie.

Défendre la République et le vivre-ensemble

Raymond Ndong Sima conclut son propos sur une note de gravité et de responsabilité, « Ma publication est un appel républicain à défendre le bien collectif, le vivre-ensemble et la paix, qui suppose respect mutuel et honnêteté. » Il rappelle que les principes énoncés par le Président avant les élections restent valables, à savoir : équité du processus électoral, transparence, rigueur, et respect des règles, crédibilité de la démocratie et déroulement du scrutin dans des conditions d’intégrité. Son message est clair. Sans ces principes, le changement pour lequel des milliers de Gabonais se sont mobilisés perdrait tout son sens.

Don't Miss