Le président du parti politique Large Rassemblement Arc-en-ciel (LRA), Stéphane Germain Iloko Boussengui, a tenu vendredi dernier, une conférence de presse à la Chambre de commerce de Libreville, au lendemain du premier tour des élections législatives et locales du 27 septembre 2025. À travers un discours dense, volontairement nuancé mais profondément critique, le leader politique a partagé son analyse des élections, a dénoncé des dysfonctionnements graves, et a formulé plusieurs propositions pour restaurer la confiance dans le système électoral gabonais. Dès les premières minutes de sa prise de parole, Iloko Boussengui a exprimé sa volonté de parler sans détour, tout en restant dans une logique de construction et non de confrontation. Il a remercié les journalistes, militants et observateurs présents, insistant sur l’importance de ce moment d’échange avec l’opinion nationale et internationale.
« Je ne suis pas ici pour entretenir une polémique. Mon devoir, en tant que responsable politique, est de proposer une lecture honnête de la situation, de reconnaître ce qui va, mais aussi de pointer ce qui dysfonctionne. » Le cœur de son intervention a porté sur le déroulement des élections législatives et locales du 27 septembre, qui selon lui, bien que tenues dans un climat plus libre qu’auparavant, ont été profondément marquées par des irrégularités graves. Parmi les problèmes soulevés, il figure la situation des listes électorales douteuses, délivrance abusive de procurations, y compris à des personnes décédées, absence de contrôle rigoureux, manque de transparence dans la publication des candidatures.
Des pratiques illégales et moralement inacceptables sur le trafic d’influence, pressions sur les électeurs, usage de l’argent public pour influencer le vote. Un encadrement partisan du processus électoral : il cite l’exemple de la commission départementale électorale de Mimongo, composée exclusivement, selon lui, de membres du parti au pouvoir. Une logistique chaotique et manipulée, flambée des prix du transport interurbain en période électorale, orchestrée selon lui pour permettre des mobilisations massives d’électeurs favorables au parti présidentiel. « Il ne s’agit pas d’une nouveauté. Nous avons toujours vu ces pratiques, mais cela ne les rend pas plus acceptables. La répétition du dysfonctionnement ne peut en aucun cas le légitimer. »
« Une crise politique existe, ne nous voilons pas la face »
Stéphane Iloko Boussengui estime que la situation actuelle, loin d’être anodine, représente une véritable crise politique, une fracture démocratique qui oppose deux visions du pays, ceux qui estiment que les élections se sont déroulées normalement et ceux qui pensent qu’elles ont été une mascarade. « Il y a deux camps qui s’affrontent dans l’interprétation de ces élections. Nous, au sein du Large Rassemblement Arc-en-ciel, choisissons de nous situer au centre. Non pas pour plaire, mais parce que cela reflète la diversité et la complexité du peuple gabonais. », avance t-il. Il met en garde contre toute instrumentalisation partisane de cette crise, en appelant à l’unité nationale, à la modération et à un travail collectif pour sortir durablement de l’instabilité.
Le président de Large Rassemblement Arc-en-ciel a profité de cette tribune pour rappeler les propositions de réforme déjà formulées par son mouvement politique depuis plusieurs mois. Il évoque notamment : une révision de la loi électorale, qu’il qualifie d’« inadaptée et source de conflits », garantir l’indépendance de l’organe de gestion des élections etc. « Nous avions prévenu dès le départ que, si cette loi passe telle quelle, elle produira des crises. Nous y sommes. ». Il critique le fait que les recommandations de l’opposition modérée aient été ignorées au profit d’un cadre juridique favorable au pouvoir en place, soulignant que le ministère de l’Intérieur reste trop influent dans l’organisation électorale, ce qui mine la confiance des citoyens.
Si certains leaders politiques – y compris d’anciens Premiers ministres – appellent à une annulation générale des élections, Iloko Boussengui préfère une approche plus ciblée et pragmatique. « On ne peut pas annuler toutes les élections parce qu’il y a eu des irrégularités dans certaines circonscriptions. On doit agir là où les preuves existent. Tout recommencer, ce serait une charge budgétaire insupportable pour notre pays. » Il souligne que des recours doivent être faits devant les juridictions compétentes (tribunaux administratifs pour les locales, Cour constitutionnelle pour les législatives), et invite les acteurs politiques à documenter les fraudes de façon rigoureuse.
Des critiques à l’encontre de certains anciens responsables politiques
Dans une partie plus incisive de son discours, le président du parti Arc-en-ciel a critiqué l’attitude de certains anciens Premiers ministres ou hauts cadres politiques, aujourd’hui très virulents envers le processus électoral. « Quand vous étiez au pouvoir, que disiez-vous ? Quelles réformes avez-vous faites ? Qu’avez-vous laissé comme héritage ? Aujourd’hui, ce n’est pas crédible de jouer les opposants exemplaires. » Il appelle à plus de cohérence et de dignité républicaine, estimant que le Gabon ne peut pas avancer si chacun se livre à des règlements de compte personnels. Au-delà des critiques, Iloko Boussengui propose une voie de sortie constructive : un dialogue politique franc entre le pouvoir et l’opposition pour construire les bases d’un véritable État de droit, à travers des réformes profondes et consensuelles.
« Nous ne sommes pas condamnés à reproduire les erreurs du passé. Nous pouvons faire mieux. Mais pour cela, il faut le courage de s’asseoir ensemble, sans calculs, pour réécrire les règles du jeu. » Il appelle également les électeurs et la société civile à jouer un rôle de « gendarmes citoyens », pour surveiller les futures élections, notamment le second tour des législatives prévu le 11 octobre prochain. Pour finir, le président de Large Rassemblement Arc-en-ciel a lancé un appel solennel à la paix, à la justice électorale, et à la protection des institutions. Il a exhorté les Gabonais à penser à l’avenir du pays au-delà des clivages politiques. « Ce pays est le nôtre. Nos enfants méritent un Gabon apaisé, juste, où les résultats des élections ne sont plus systématiquement contestés. Nous avons une responsabilité historique. »
La conférence de presse de Stéphane Iloko Boussengui marque une prise de position forte, à la fois critique et constructive, dans le climat politique post-électoral actuel au Gabon. Ni aligné sur la majorité, ni complaisant avec les positions radicales, il incarne une troisième voie politique, appelant à la réforme, à la modération, et à une refondation démocratique collective. Le deuxième tour des législatives, prévu le 11 octobre, sera un test important pour la crédibilité du processus électoral et pour les institutions de la transition. La balle est désormais dans le camp des autorités.