Gabon : le collectif « Urgence Santé » hausse le ton et maintient la pression sur les autorités

À Libreville, la grogne monte au sein du personnel de santé. Réunis en assemblée générale, les membres du collectif « Urgence Santé » ont finalement transformé leur rencontre en point de presse pour exprimer publiquement leur ras-le-bol face à la stagnation persistante des situations administratives dans le secteur. Une sortie médiatique marquée par un ton ferme, traduisant une base déterminée à ne plus se contenter de promesses.
Prenant la parole au nom des agents, Michel Boucka Nzigou, accompagné de Marie Blanche Ntolo Esso, a dressé un état des lieux jugé préoccupant. Selon eux, malgré les engagements pris au plus haut sommet de l’État, aucune avancée concrète n’a été enregistrée à ce jour. Les représentants du collectif rappellent qu’une délégation avait été reçue à la Présidence de la République au mois de janvier dernier. À l’issue de cette rencontre, des assurances auraient été données quant à l’examen et à la régularisation des dossiers administratifs en souffrance. « Nous avons accordé au président de la République le bénéfice du doute », ont-ils affirmé, expliquant avoir suspendu certaines actions rendant vers la grève dans l’espoir de voir des mesures appliquées dès le 25 février.

Mais, selon leurs déclarations, aucune mise en solde, aucun reclassement ni avancement n’a été constaté cette fin du mois de février. Certains agents attendraient leur régularisation depuis plus de dix ans. « S’il y a un agent dont la situation a changé, qu’il lève la main », a lancé Boucka Nzigou, l’un des porte-parole, soulignant l’absence totale d’évolution. Pour le collectif, le gel prolongé des situations administratives est devenu un symbole du malaise profond qui traverse le secteur. Au-delà des revendications administratives, « Urgence Santé » alerte sur la dégradation des conditions de travail. Le collectif évoque un personnel vieillissant et un manque criant de recrutements dans les structures sanitaires.
D’après les intervenants, aucune nouvelle sortie d’école n’aurait été intégrée depuis février 2025, alors que les besoins en ressources humaines restent importants dans les hôpitaux et centres de santé du pays. Les équipes en place seraient contraintes d’enchaîner les gardes pour pallier le déficit d’effectifs, au risque d’épuisement professionnel.

La situation des nouvelles promotions formées suscite également l’incompréhension. Une partie des infirmiers et sages-femmes récemment diplômés ne serait toujours pas affectée. Pour le collectif, ce décalage entre formation et intégration accentue les tensions, dans un contexte où les établissements hospitaliers manquent de personnel soignant.

Rejet d’une nouvelle « trêve sociale »

L’un des points les plus sensibles concerne l’éventualité d’une nouvelle trêve sociale. Depuis 2015, plusieurs trêves auraient été signées dans le secteur de la santé. Mais, selon les membres du collectif, ces accords n’ont pas permis d’apporter des solutions durables aux revendications administratives. « Nous ne voulons plus de trêve à la santé », ont-ils martelé. S’ils ne s’opposent pas à des gestes symboliques ou à des mesures ponctuelles accordées à certains partenaires sociaux, ils refusent catégoriquement toute signature d’accord qui n’intègre pas leur cahier des charges.
Pour « Urgence Santé », le dialogue doit s’engager prioritairement avec ceux qui ont déposé les revendications et qui représentent effectivement la base sur le terrain.
Les membres du collectif réclament leur intégration aux comités tripartites annoncés par les autorités, afin de discuter point par point des doléances soulevées. Malgré la fermeté de leur position, les responsables du mouvement affirment vouloir laisser une chance aux discussions. Ils indiquent avoir été récemment contactés pour participer à des travaux destinés à examiner leurs propositions. En conséquence, l’option d’un « lundi noir », initialement envisagée comme signal fort de protestation, a été suspendue. Le collectif dit attendre les conclusions des prochaines réunions avant de décider de la suite à donner au mouvement.

Mais le message adressé aux pouvoirs publics est sans équivoque, en l’absence d’avancées concrètes et mesurables, la base se dit prête à durcir le ton. « Si les promesses ne sont pas respectées, qui sommes-nous pour respecter les nôtres ? », a lancé l’un des intervenants. La menace d’un mouvement de grève reste donc d’actualité. Toutefois, les représentants assurent vouloir éviter toute fermeture des structures hospitalières qui pénaliserait les populations.

Un secteur stratégique sous pression

La crise qui couve au sein du système de santé intervient dans un contexte où les attentes des citoyens sont fortes en matière d’accès aux soins et de qualité des services publics. Le personnel, en première ligne, estime ne plus pouvoir continuer à fonctionner avec des situations administratives bloquées et des effectifs insuffisants. Le gouvernement est désormais attendu au pied du mur. Les prochains jours s’annoncent déterminants pour apaiser les tensions et restaurer la confiance entre les autorités et un personnel de santé déterminé à obtenir la reconnaissance effective de ses droits administratifs.
En attendant, le collectif « Urgence Santé » maintient la pression, oscillant entre main tendue et menace de grève, dans l’espoir d’arracher enfin des avancées concrètes.

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