Gabon : les associations de consommateurs interpellent l’État sur l’urgence d’un cadre juridique de protection des consommateurs

À l’approche de la célébration de la Journée mondiale des droits des consommateurs, prévue chaque année le 15 mars, les organisations gabonaises de défense des consommateurs ont organisé une conférence-débat avec les médias à Libreville. Cette rencontre marque le lancement des activités liées à cette journée internationale dédiée à la promotion et à la protection des droits des consommateurs. Initiée par Christian Richard Abiaghe Ngomo, président de SOS Consommateurs Gabon, cette première activité a réuni plusieurs responsables d’associations engagées dans la défense du pouvoir d’achat et des droits des citoyens. Les échanges ont également été enrichis par l’intervention du Dr Ghislaine Nzang Nguema, nutritionniste au Centre hospitalier universitaire de Libreville, venue apporter un éclairage sur les enjeux sanitaires liés à l’alimentation et à la consommation.

Selon Christian Richard Abiaghe Ngomo, cette rencontre avec la presse avait pour objectif de poser les bases d’une réflexion approfondie sur la situation de la protection des consommateurs au Gabon, en amont de la cérémonie officielle prévue le 14 mars par le ministère de l’Économie à travers la Direction générale de la concurrence et de la consommation. « Nous avons voulu organiser cette conférence-débat pour faire un état des lieux de la protection des consommateurs dans notre pays. La Journée mondiale des droits des consommateurs est d’abord un événement des associations de consommateurs. Elle nous donne l’occasion de nous interroger sur la place réelle du consommateur dans notre société », a-t-il expliqué.
Le thème international de cette année met notamment l’accent sur la nécessité de promouvoir un consommateur éclairé, capable d’exprimer librement ses choix en fonction de ses besoins et de son pouvoir d’achat, tout en disposant de mécanismes de recours efficaces en cas de litige.

Un cadre juridique jugé insuffisant

Au cœur des préoccupations des associations figure l’absence d’une loi spécifique de protection des consommateurs au Gabon. Pour les responsables associatifs, cette situation constitue une faiblesse majeure dans la défense des droits des citoyens face aux abus du marché. Christian Richard Abiaghe Ngomo a rappelé que les Nations Unies ont adopté depuis les années 1980 des principes directeurs en matière de protection des consommateurs, régulièrement mis à jour afin de s’adapter aux évolutions économiques et sociales. La dernière révision de ces principes remonte à 2015.
Par ailleurs, dans l’espace sous-régional, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale a adopté en 2019 une directive visant à harmoniser les législations relatives à la concurrence et à la protection des consommateurs.
Cependant, selon les associations, ces textes n’ont toujours pas été intégrés dans le droit gabonais. « Le Gabon ne dispose pas encore d’une véritable loi de protection des consommateurs. Nous avons certes des décrets et des structures de régulation, mais l’absence d’un cadre juridique complet limite leur efficacité », a regretté le président de SOS Consommateurs. Il a également rappelé qu’un projet de loi avait été élaboré avec l’appui de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement, mais celui-ci n’a toujours pas été adopté par les autorités compétentes.

Pour les associations, la protection des consommateurs ne constitue pas seulement une question sociale, mais également un enjeu majeur de développement économique. D’après Christian Richard Abiaghe Ngomo, un pays ne peut prétendre bâtir une économie solide sans garantir la sécurité et la confiance des consommateurs. « Il existe un lien direct entre le développement économique et la protection des consommateurs. Une politique efficace dans ce domaine favorise la transparence du marché, renforce la confiance et stimule l’activité économique », a-t-il souligné.

La nécessité d’un consommateur mieux informé

Au-delà du cadre juridique, les responsables associatifs ont également insisté sur l’importance de l’éducation et de la sensibilisation des consommateurs. Beaucoup de citoyens, selon eux, ignorent encore leurs droits ou les mécanismes existants pour les faire valoir. « La défense des droits commence par la connaissance de ses droits. Mais pour que les citoyens puissent se défendre, il faut d’abord que ces droits existent et soient clairement encadrés par des lois », a indiqué Christian Richard Abiaghe Ngomo. Dans ce contexte, les associations de consommateurs se considèrent comme des partenaires de l’État, agissant pour sensibiliser les populations et contribuer à l’élaboration des politiques publiques en matière de protection des consommateurs. La conférence a également été l’occasion d’aborder la question de la mercuriale des prix récemment mise en place par le gouvernement afin de lutter contre la cherté de la vie. Cette mesure vise à plafonner les prix de certains produits de première nécessité afin de limiter les pratiques spéculatives sur le marché.

Toutefois, selon les associations, plusieurs commerçants tardent encore à appliquer ces dispositions. « La mercuriale est une décision prise par les autorités pour encadrer les prix et éviter les abus. Elle intervient généralement dans un contexte où le gouvernement souhaite freiner les tendances spéculatives sur certains produits », a expliqué le président de SOS Consommateurs. Face à ces résistances, les associations appellent les autorités à renforcer le contrôle et à veiller au respect des engagements pris par les opérateurs économiques bénéficiant d’agréments d’importation et d’avantages fiscaux. Dans les prochains jours, SOS Consommateurs annonce d’ailleurs le lancement d’une campagne de sensibilisation sur le terrain afin d’encourager l’application effective de cette mesure, tant auprès des commerçants que des consommateurs.

Les défis quotidiens des consommateurs gabonais

Intervenant également lors de cette conférence, Ibrahim Tsendjet Mboulou, préventeur des risques et président de l’Organisation gabonaise des consommateurs (OGC), a dressé un tableau plus large des difficultés auxquelles font face les consommateurs dans le pays. Il a notamment évoqué les problèmes liés au transport, au logement, à l’accès à l’eau et à l’électricité, ou encore à la régulation des prix dans certains secteurs. Selon lui, ces questions touchent directement aux besoins essentiels des populations et doivent être prises en compte dans toute politique publique visant à améliorer les conditions de vie des citoyens. « Il n’y a pas de production sans consommation. Et la consommation contribue directement à la formation du budget de l’État. Les consommateurs doivent donc être considérés comme des acteurs majeurs de la vie économique », a-t-il affirmé.

Les responsables associatifs ont également rappelé que la protection des consommateurs repose sur une responsabilité partagée entre l’État, les entreprises et les citoyens eux-mêmes. Pour Ibrahim Tsendjet Mboulou, les consommateurs doivent s’organiser, se mobiliser et utiliser les structures existantes pour faire valoir leurs droits. « Les associations de consommateurs sont le trait d’union entre les populations, les entreprises et les pouvoirs publics. Nous jouons également un rôle de médiation en cas de litige », a-t-il expliqué. À l’occasion de la Journée mondiale des droits des consommateurs, plusieurs activités de sensibilisation seront organisées dans les prochains jours par les associations gabonaises. Ces actions viseront notamment à informer les populations sur leurs droits, à promouvoir une consommation responsable et à encourager une meilleure application des règles encadrant le marché.
Malgré les contraintes logistiques auxquelles elles sont confrontées, les organisations de consommateurs entendent poursuivre leur engagement pour la défense des intérêts des citoyens.
À travers cette mobilisation, elles espèrent susciter une prise de conscience collective et inciter les autorités à accélérer l’adoption d’un cadre législatif plus solide pour garantir une protection effective des consommateurs au Gabon.

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