Les activités marquant la célébration de la Journée mondiale des droits des consommateurs se sont achevées dimanche 15 mars 2026, à Libreville par une vaste campagne de sensibilisation organisée au rond-point de Nzeng-Ayong, dans le 6ᵉ arrondissement de la capitale gabonaise. Cette activité de proximité a mis un terme à plusieurs journées d’échanges et de réflexion entamées le jeudi 12 mars par une conférence-débat, avant de se poursuivre samedi par une cérémonie protocolaire tenue à la salle de conférence de l’immeuble Arambo. L’initiative a réuni des organisations de défense des consommateurs, des institutions publiques et des opérateurs économiques autour d’un objectif commun, celui de promouvoir les droits des consommateurs et d’ encourager des pratiques commerciales responsables. Prenant la parole lors de cette campagne de sensibilisation, Ibrahim Tsendjet Mboulou, préventeur des risques et président de l’Organisation gabonaise des consommateurs (OGC), a rappelé la portée symbolique et sociale de cette journée internationale.
Avec enthousiasme, il a souligné que cette commémoration constitue avant tout la journée de tous les consommateurs, ces acteurs souvent discrets mais essentiels du système économique. Selon lui, le consommateur reste le maillon le plus vulnérable du circuit économique face à la puissance financière et organisationnelle des opérateurs économiques. Toutefois, lorsqu’ils se regroupent au sein d’associations et d’organisations structurées, les consommateurs peuvent renforcer leur capacité d’action et défendre plus efficacement leurs droits. « Le consommateur est souvent considéré comme le maillon faible du circuit économique. Mais lorsqu’il s’organise en groupe, au sein d’une organisation, il devient un maillon fort et peut faire valoir ses droits », a-t-il expliqué. Pour le président de l’OGC, cette mobilisation collective permet ainsi de faire émerger la notion de « consommateur roi », capable d’influencer le marché par ses choix et ses exigences.
Deux thématiques pour une consommation responsable
L’édition 2026 de la Journée mondiale des droits des consommateurs s’est articulée autour de deux thématiques majeures.
Au niveau international, le thème retenu était « Consommateurs confiants, produits sûrs », mettant l’accent sur la sécurité des biens et services proposés sur le marché.
Au niveau national, les organisateurs ont choisi le thème « Consommateurs éclairés, marché responsable : vers une économie durable ». Pour Ibrahim Tsendjet Mboulou, ce thème national comporte plusieurs dimensions essentielles. La première concerne la responsabilité du consommateur lui-même, qui doit être informé et conscient de ses droits afin de pouvoir effectuer des choix éclairés sur le marché.
L’accès à une information claire, fiable et transparente constitue en effet un élément central de la protection des consommateurs. Un citoyen informé est davantage en mesure d’identifier la qualité d’un produit, de comparer les prix et d’éviter les abus ou les pratiques commerciales trompeuses. La seconde dimension du thème concerne la responsabilité des opérateurs économiques. Ceux-ci ont l’obligation de proposer des produits sûrs, conformes aux normes de qualité et accessibles à des prix raisonnables. Ils doivent également fournir aux consommateurs des informations précises sur la composition, l’utilisation et les conditions de consommation des produits mis sur le marché.
Au-delà des questions liées aux prix et à la qualité des produits, les intervenants ont également insisté sur la dimension environnementale de la consommation. La notion d’économie durable évoquée dans le thème national renvoie notamment à la gestion responsable des déchets issus des produits consommés. Les organisateurs ont ainsi rappelé que les habitudes de consommation doivent évoluer afin de limiter l’impact des déchets sur l’environnement.
Selon eux, chaque citoyen a un rôle à jouer dans la préservation de l’environnement, en adoptant des comportements responsables et en privilégiant des produits respectueux de la nature. « Lorsque les produits deviennent des déchets, ils ne doivent pas constituer une menace pour l’environnement. La protection de la nature est également un enjeu majeur de la consommation responsable », a indiqué le président de l’OGC.
L’État appelé à renforcer le cadre juridique
Au cours des différentes activités organisées dans le cadre de cette célébration, les associations de défense des consommateurs ont également plaidé pour un renforcement du cadre juridique en matière de protection des consommateurs.
Les intervenants ont notamment appelé les autorités à accélérer la promulgation de la loi portant information et protection du consommateur. Cette législation est jugée essentielle pour encadrer les pratiques commerciales et garantir un meilleur respect des droits des citoyens. Dans ce dispositif, la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) joue déjà un rôle déterminant. Placée sous la tutelle du ministère de l’Économie, cette structure constitue le principal organe de contrôle chargé de veiller au respect des règles du marché et à la protection des consommateurs.
Toutefois, selon les organisations présentes, les moyens dont disposent les consommateurs pour se défendre restent limités. D’où la nécessité d’un accompagnement plus soutenu de la part de l’État. La campagne de sensibilisation organisée à Nzeng-Ayong a également permis d’aborder la question de la protection des données personnelles, un enjeu devenu majeur à l’ère du numérique.
La présence de l’Autorité pour la protection des données personnelles et de la vie privée (APDPVP) a ainsi offert l’occasion de mieux faire connaître cette institution encore peu connue du grand public.
Créée par l’État gabonais, cette autorité a pour mission de veiller au respect des droits des citoyens en matière d’utilisation de leurs données personnelles. Elle intervient notamment en cas d’abus, d’exploitation frauduleuse des informations ou de violation de la vie privée. Les organisateurs ont rappelé que, dans un contexte marqué par le développement du commerce en ligne, de nombreuses personnes sont exposées à des arnaques ou à l’utilisation abusive de leurs données personnelles.
Afin de renforcer les capacités de cette institution, une contribution symbolique a été instaurée pour les citoyens assujettis, représentant environ 1 000 francs CFA par an, soit environ 83 francs par mois. Pour les responsables associatifs, soutenir cette autorité constitue un moyen concret de contribuer à la protection des droits des consommateurs et des citoyens.
Des opérateurs économiques engagés dans la lutte contre la vie chère
La campagne de sensibilisation a également enregistré la participation de plusieurs opérateurs économiques impliqués dans la distribution de produits de première nécessité. Parmi eux figurait l’entreprise Frekence Distribution, promotrice de la marque Alix, ainsi que AEA Gabon, l’un des principaux distributeurs de riz dans le pays. Ces entreprises participent à l’effort national de lutte contre la vie chère à travers la mercuriale des prix mise en place par les autorités. Les produits qu’elles commercialisent figurent notamment parmi ceux dont les prix sont encadrés afin de garantir leur accessibilité aux populations.
Leur présence lors de cette activité visait également à renforcer la confiance entre les consommateurs et les opérateurs économiques, tout en permettant au public de mieux identifier les acteurs engagés dans cette politique de régulation des prix. À travers cette campagne de sensibilisation organisée au cœur d’un quartier très fréquenté de Libreville, les organisateurs ont souhaité rapprocher l’information des citoyens et promouvoir une consommation plus responsable.
Au-delà de la célébration annuelle, les associations de défense des droits des consommateurs estiment que la protection du consommateur doit être un engagement permanent, impliquant à la fois les pouvoirs publics, les opérateurs économiques et les citoyens eux-mêmes. Pour Ibrahim Tsendjet Mboulou et les responsables associatifs présents, la construction d’un marché plus équitable et plus durable passe nécessairement par une meilleure information des consommateurs et par un renforcement des mécanismes de régulation.
Cette édition 2026 de la Journée mondiale des droits des consommateurs aura ainsi permis de rappeler que le respect des droits des consommateurs constitue un pilier essentiel du développement économique et social.