Gabon : crise profonde à la RTN, entre détresse sociale des agents et plaidoyer du PDG Georges Bruno Ngoussi

La tension est montée d’un cran au sein de la Radio Télévision Nazareth (RTN). Le climat social, déjà fragile depuis plusieurs années, s’est nettement dégradé ces derniers jours, opposant frontalement les agents de ce média privé à leur président-directeur général, Georges Bruno Ngoussi. Entre incompréhensions, frustrations et urgences sociales, la situation semble avoir atteint un point de rupture.
À l’origine de cette crise ouverte, une série de revendications portées par les travailleurs de la RTN. Ces derniers réclament le paiement de plusieurs mois d’arriérés de salaires, l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail, ainsi que la régularisation de leurs droits sociaux auprès de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) et de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS).

Pour ces professionnels des médias, la situation est devenue critique. Beaucoup vivent dans une précarité avancée, incapables de subvenir convenablement aux besoins de leurs familles. Certains, locataires, affirment subir des pressions de leurs bailleurs, allant jusqu’à des menaces d’expulsion. « Nous ne savons plus à quel saint nous vouer », confie un journaliste , avant d’ajouter « Nous travaillons sans visibilité, sans garanties, et surtout sans salaires réguliers. » Face à ce qu’ils considèrent comme une absence de solutions concrètes, les agents n’excluent pas de déclencher un mouvement de grève dans les prochains jours, une option qui pourrait paralyser totalement les activités de la chaîne.

Une direction qui invoque un lourd héritage

Dans une démarche d’équilibre de l’information, le PDG de la RTN a tenu à apporter des éclaircissements sur la situation. Selon Georges Bruno Ngoussi, les difficultés actuelles ne relèvent pas d’une mauvaise gestion, mais d’un enchaînement de circonstances exceptionnelles remontant à 2016. Cette année-là, le Gabon traversait une période de fortes tensions politiques à la suite de l’élection présidentielle. Les violences post-électorales avaient touché plusieurs infrastructures, dont les installations de la RTN. À l’époque, le pays était dirigé par Ali Bongo Ondimba. Le dirigeant affirme que sa chaîne a été directement visée. « Nos locaux ont été saccagés, nos équipements détruits, nos véhicules incendiés. C’est tout notre outil de travail qui a été anéanti », explique-t-il. Avant ces événements, la RTN occupait une place de choix dans le paysage audiovisuel gabonais.

Créée en 2003, elle s’était imposée comme une chaîne influente, bénéficiant d’une large audience et d’une diffusion internationale via satellite. Son modèle économique reposait principalement sur les recettes publicitaires et des partenariats liés à sa présence sur des plateformes satellitaires. Cette dynamique permettait à l’entreprise de fonctionner de manière autonome et d’investir dans la production de contenus.
Mais la destruction des installations a brutalement interrompu cette croissance. Au-delà des pertes matérielles, la RTN s’est retrouvée confrontée à un passif financier important, notamment vis-à-vis de partenaires internationaux avec lesquels des contrats étaient en cours.
Privée de ses principales sources de revenus, l’entreprise n’a pas été en mesure de maintenir son niveau d’activité ni d’honorer régulièrement ses obligations salariales.

Une crise sociale jugée légitime

Conscient de la gravité de la situation, Georges Bruno Ngoussi reconnaît la légitimité des revendications de ses employés. « Ce sont des pères et des mères de famille qui souffrent. Leur réaction est humaine », admet-il. Il appelle néanmoins à la compréhension, insistant sur le caractère exceptionnel des difficultés rencontrées par la RTN. Selon lui, les sacrifices consentis par les agents depuis plusieurs années témoignent de leur attachement à l’entreprise. Mais sur le terrain, cette reconnaissance ne suffit plus. Les employés attendent désormais des mesures concrètes et immédiates.

Face à l’ampleur de la crise, le PDG affirme avoir multiplié les démarches auprès des autorités gabonaises, en particulier les ministères en charge de la Communication et des Médias, afin d’obtenir un soutien pour la relance de la chaîne. « Nous avons saisi plusieurs responsables. Personne ne peut dire qu’il n’est pas informé », insiste-t-il.
Malgré cela, aucune réponse concrète n’aurait été apportée jusqu’à présent. Une situation que le dirigeant déplore, estimant que la RTN constitue une initiative privée nationale méritant un accompagnement, notamment dans un contexte de transition politique.

Une volonté de relance malgré les incertitudes

Malgré les nombreuses difficultés, Georges Bruno Ngoussi affiche une volonté intacte de relancer la RTN. Il affirme être engagé dans un processus de reconstruction, basé sur un état des lieux approfondi et des consultations avec partenaires et investisseurs. L’objectif est de rebâtir progressivement l’entreprise, en tenant compte des réalités économiques actuelles du secteur des médias. « Je suis en train de revoir toutes les bases. Nous allons repartir sur des fondations plus solides », assure-t-il.
Il n’exclut pas de solliciter à nouveau l’appui des pouvoirs publics pour accompagner cette relance. Au-delà du cas spécifique de la RTN, cette crise met en lumière les difficultés structurelles auxquelles sont confrontés les médias privés au Gabon. À savoir : la dépendance à la publicité, faibles marges financières, absence de mécanismes de soutien en cas de crise majeure. Pour de nombreux observateurs, la situation de la RTN illustre la nécessité d’une réflexion plus globale sur la viabilité économique et la protection des entreprises médiatiques nationales.

Sur le terrain, l’heure est à l’attente… mais aussi à la tension. Les agents, épuisés par des années de précarité, se disent prêts à passer à l’action si leurs revendications ne sont pas satisfaites dans les plus brefs délais. De son côté, le PDG se veut rassurant, « Les portes de RTN ne seront pas fermées. »
Reste à savoir si cet appel à la patience suffira à apaiser la colère des employés.
L’avenir de la RTN se joue désormais à la croisée des chemins entre relance espérée, mobilisation sociale imminente et éventuelle intervention des autorités. Une équation complexe qui pourrait bien déterminer le sort de l’un des médias privés les plus emblématiques du Gabon.

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