Une vive controverse agite depuis plusieurs jours le secteur éducatif dans la province de l’Ogooué-Maritime. À l’origine de cette tension, une note relayée sur les réseaux sociaux et attribuée aux autorités éducatives locales, demandant aux parents d’élèves des classes de 5e année du département de Bendjé de verser une contribution de 6500 FCFA par candidat dans le cadre de l’organisation du Certificat d’Études Primaires (CEP), session de mai 2026. Cette somme, selon le document incriminé, serait destinée à financer le carburant des membres du jury chargés de l’évaluation et de la supervision des épreuves. Une initiative qui suscite une vague d’indignation au sein de l’opinion publique, mais surtout du Syndicat des Sentinelles de l’Éducation au Gabon (SYSEG), qui y voit une atteinte grave au principe de gratuité de l’enseignement public. Dans un communiqué officiel signé à Libreville le 4 mai 2026 par sa Coordonnatrice générale, Augustine Raïssa Ngoma, le SYSEG condamne avec la plus grande fermeté ce qu’il considère comme une « contribution illégale », imposée aux familles dans un contexte économique déjà difficile.
Le syndicat rappelle d’abord que l’enseignement public au Gabon est encadré par des textes précis garantissant sa gratuité. Citant l’Article 1 de la Loi N°21/2011 du 14 février 2012 portant orientation générale de l’Éducation, le SYSEG souligne que l’État gabonais a l’obligation d’assurer un accès gratuit à l’école publique, y compris dans le cadre des examens nationaux. Pour l’organisation syndicale, aucune disposition réglementaire ou administrative n’autorise les responsables éducatifs à exiger des parents une quelconque participation financière pour le fonctionnement des jurys d’examen. « Cette contribution de 6500 FCFA est illégale, abusive et discriminatoire », affirme la coordinatrice générale, qui estime que cette décision crée une rupture d’égalité entre les élèves selon les capacités financières de leurs familles.
Le SYSEG redoute notamment que certains enfants soient empêchés de composer faute de moyens, dans une province où de nombreuses familles vivent déjà sous forte pression économique.
Une accusation implicite de mauvaise gestion
Au-delà de l’aspect juridique, le syndicat soulève également la question de la gestion des finances publiques destinées à l’organisation des examens nationaux.
Selon le SYSEG, le Ministère de l’Éducation nationale ainsi que la Direction Générale des Examens et Concours (DGEC) disposent chaque année des enveloppes budgétaires spécifiques couvrant les besoins logistiques liés aux examens officiels, notamment le transport des jurys, leur hébergement, leur restauration et les frais de fonctionnement. Dans ces conditions, le syndicat considère qu’il est anormal de solliciter les parents pour financer du carburant. « Faire payer le carburant par les parents revient soit à reconnaître une défaillance grave dans la gestion des crédits publics, soit à exposer un détournement des ressources prévues à cet effet », soutient le SYSEG.
Des accusations particulièrement lourdes qui pourraient conduire à une escalade administrative et judiciaire si les autorités compétentes ne réagissent pas rapidement.
Le communiqué insiste également sur les conséquences sociales de cette contribution imposée aux familles.
Dans le département de Bendjé, où plusieurs ménages vivent dans des conditions modestes, le montant de 6500 FCFA représente une charge importante, surtout pour les parents ayant plusieurs enfants scolarisés. Le SYSEG estime que cette somme correspond, pour certaines familles, à plusieurs jours voire semaines de dépenses alimentaires essentielles. « Conditionner l’accès d’un enfant à l’examen au paiement de cette somme, c’est organiser l’exclusion scolaire », dénonce le syndicat.
Cette situation suscite déjà des inquiétudes parmi les parents d’élèves, certains craignant des représailles administratives contre les enfants dont les familles refuseraient de payer.
Le SYSEG appelle à la désobéissance administrative
Face à ce qu’il qualifie d’« abus manifeste », le Syndicat des Sentinelles de l’Éducation au Gabon annonce une série de mesures fortes. Le SYSEG exige notamment le retrait immédiat et public de cette instruction par la Direction d’Académie Provinciale de l’Ogooué-Maritime ainsi que par les responsables du centre d’examen de Bendjé. Le syndicat appelle également les chefs d’établissements à ne pas appliquer cette directive. « La Sentinelle ne se rend complice d’aucun abus », insiste l’organisation syndicale, qui encourage les responsables pédagogiques à faire prévaloir le respect de la loi sur toute autre considération administrative.
Par ailleurs, le SYSEG invite les parents d’élèves à ne verser aucun paiement et à signaler toute tentative de pression ou d’intimidation.
L’affaire pourrait rapidement prendre une tournure judiciaire. Le syndicat annonce avoir mandaté sa Commission des Affaires Juridiques afin de préparer une plainte contre X auprès du Procureur de la République de Port-Gentil pour des faits présumés de concussion et d’extorsion de fonds, si la mesure venait à être maintenue.
Le SYSEG demande également au ministre de l’Éducation nationale l’ouverture d’une enquête administrative afin d’identifier les auteurs de cette initiative et de déterminer les responsabilités éventuelles. Pour le syndicat, cette affaire dépasse le simple cadre d’une contribution financière. Elle pose, selon lui, la question plus large du respect des principes républicains dans le système éducatif gabonais.
Défendre l’école publique
À travers cette sortie médiatique particulièrement offensive, le SYSEG entend réaffirmer son rôle de vigie au sein du secteur éducatif. Le syndicat rappelle sa devise : « Veiller – Défendre – Construire ».
Une manière de souligner son engagement en faveur de la protection de l’école publique, de la défense des familles et du respect des droits des élèves sur toute l’étendue du territoire national. Dans un contexte où les difficultés logistiques et financières affectent régulièrement l’organisation des examens dans certaines localités du pays, cette polémique pourrait relancer le débat sur les moyens réellement alloués au système éducatif gabonais et sur la nécessité d’une meilleure gouvernance des ressources publiques destinées à l’éducation.
En attendant une réaction officielle du Ministère de l’Éducation nationale ou des autorités de l’Ogooué-Maritime, la situation continue de susciter de nombreuses réactions au sein de l’opinion publique, particulièrement dans la province concernée.