La famille Bongo libérée et exfiltrée vers l’Angola après un intense lobbying diplomatique

Dans une opération diplomatique minutieusement orchestrée, l’ancien président gabonais Ali Bongo Ondimba, son épouse Sylvia, et leur fils Noureddin Bongo Valentin ont quitté Libreville dans la soirée du 15 mai à bord d’un jet privé affrété par le président angolais João Lourenço. Cette exfiltration marque la fin de près de vingt mois de détention pour Sylvia et Noureddin, et de résidence surveillée pour Ali Bongo.

Si les autorités gabonaises insistent sur le caractère provisoire de cette libération, les Bongo sont désormais libres de leurs mouvements. Noureddin a regagné Londres, où vivent son épouse Léa Bongo-Valentin et leurs enfants. Ali et Sylvia séjournent pour l’instant à Luanda, sous la protection du chef de l’État angolais.

L’opération diplomatique a été coordonnée par João Lourenço, président en exercice de l’Union africaine, dans le contexte des discussions sur la réintégration du Gabon au sein de l’organisation panafricaine, effective depuis le 30 avril. Lourenço a rencontré à deux reprises Ali Bongo et a négocié directement avec le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema, fraîchement élu avec 94,85 % des voix.

Plusieurs chefs d’État, dont Denis Sassou Nguesso (Congo), Paul Biya (Cameroun) et Faustin-Archange Touadéra (Centrafrique), ont également pesé de tout leur poids. En parallèle, des pressions internationales ont été exercées, notamment via une campagne de lobbying menée à Washington en avril, qui a mobilisé le conseiller Afrique du président américain, Massad Boulos.

Une libération motivée par l’état de santé

Hospitalisés début mai à Libreville après un jeûne de protestation, Sylvia et Noureddin ont été jugés médicalement inaptes à rester en détention. Une demande d’« élargissement provisoire » déposée le 12 mai a été acceptée, sur la base d’avis médicaux alarmants.

Malgré cette libération, les autorités judiciaires gabonaises rappellent que l’instruction suit son cours. Le procureur général Eddy Minang a précisé le 16 mai que le procès aura lieu « dans des délais raisonnables ». Noureddin reste poursuivi pour haute trahison, corruption, détournement de fonds, entre autres chefs d’accusation. Sylvia Bongo est inculpée pour blanchiment de capitaux et faux.

En parallèle, une plainte déposée en France pour détention arbitraire et torture est en cours d’instruction, avec plusieurs auditions déjà réalisées.

Si les proches de la famille Bongo saluent une décision « humanitaire », elle suscite des critiques virulentes au Gabon. Le député et militant de la société civile Geoffroy Foumboula Libeka a dénoncé un « chantage » angolais via l’Union africaine et déploré une justice à deux vitesses.

Alors que les Bongo tournent une page de leur histoire tumultueuse, le Gabon, lui, reste confronté aux défis de sa transition politique post-putsch.

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