Alors que les opérations de déguerpissement se multiplient dans certaines zones urbaines du Gabon, il est essentiel de rappeler que ce processus, bien que parfois nécessaire dans le cadre de projets d’aménagement urbain, doit impérativement obéir à une série d’étapes réglementaires et éthiques. Il ne s’agit pas seulement d’évacuer un espace : il s’agit aussi de respecter des vies, des familles, des histoires et des droits.
En zone urbaine, un déguerpissement ne devrait jamais être improvisé. Cela commence toujours par une décision officielle, généralement annoncée dans les médias, notamment au journal télévisé de 20h, et suivie de communiqués de l’autorité publique compétente. Cette décision est souvent motivée par des projets de réaménagement ou d’urbanisation.
Suit alors une phase cruciale d’identification et de recensement des occupants. Il s’agit ici de connaître les personnes concernées, la durée de leur présence sur le site et leur statut juridique (propriétaire légal, locataire ou occupant informel).
Ces populations doivent ensuite être informées dans un délai raisonnable généralement entre trois et six mois afin qu’elles puissent se préparer, éventuellement négocier, et faire valoir leurs droits.
Compensation et relogement : un impératif moral et légal
Beaucoup d’occupants sont sans titres officiels, mais cela ne veut pas dire qu’ils ne méritent pas d’égards. Certains vivent dans ces zones depuis un demi-siècle, voire plus. L’ancienneté de l’occupation et la tolérance administrative passée doivent être prises en compte.
Dans tous les cas, une politique de compensation et, idéalement, de relogement doit accompagner le processus. Et cela est d’autant plus pertinent que le Gabon a les moyens financiers de mener des opérations de déguerpissement humainement responsables.
En 2024, le gouvernement gabonais a annoncé un excédent budgétaire de 175,2 milliards FCFA, selon le communiqué final du Conseil des Ministres du 31 août. Ce chiffre témoigne d’une capacité financière certaine, capable d’absorber les coûts liés aux compensations et aux projets de relogement. Or, dans la pratique, l’on observe une opacité persistante sur l’usage réel de ces fonds publics, pourtant issus des poches du contribuable gabonais.
Transparence, droit et justice sociale
La question fondamentale est la suivante : où va l’argent du contribuable gabonais lorsqu’il s’agit d’accompagner les victimes des déguerpissements ? Trop souvent, les budgets prévus sont détournés, les responsables restent impunis, et les populations se retrouvent livrées à elles-mêmes.
Pour éviter ces dérives, le respect des droits fondamentaux doit être au cœur de toute opération. Cela passe par une procédure transparente, encadrée par la loi, avec la possibilité de recours légaux pour les personnes concernées.
Les autorités locales (mairies, préfectures) doivent coordonner le processus de manière rigoureuse. Les tribunaux, de leur côté, doivent pouvoir être saisis pour arbitrer les contestations ou les demandes d’indemnisation. Et enfin, les forces de l’ordre, bien qu’impliquées dans l’exécution, doivent toujours agir dans le strict respect des droits humains.
Le rôle essentiel des ONG et associations
Durant la dernière présidentielle, une pléthore d’ONG et d’associations ont émergé dans le paysage national. Elles ont désormais la responsabilité morale de se positionner sur ces questions urgentes. Leur rôle devrait être clair : accompagner les populations, jouer les médiateurs, et surveiller le respect des droits humains tout au long du processus de déguerpissement.
Ces structures peuvent également documenter les abus, alerter l’opinion publique, voire interpeller les institutions internationales en cas de violations graves.
Le déguerpissement ne doit pas devenir un simple outil de « nettoyage social ». Il doit répondre à des objectifs clairs, équitables et inclusifs. Il doit être le reflet d’un État qui respecte ses citoyens, et non l’illustration d’un pouvoir arbitraire qui efface sans compensation ni compassion.
Dans un pays aussi riche que le Gabon, où les ressources naturelles abondent et où les chiffres officiels parlent d’excédents budgétaires, le relogement digne de chaque citoyen déguerpi ne devrait pas être un luxe, mais un devoir de l’État.