Le Syndicat des Enseignants de la Base (SEB) est monté au créneau ce lundi 25 mai 2026, au cours d’une conférence de presse animée par son secrétaire général, J.B. Nguema Bekale. Face aux professionnels des médias réunis à Évasion PK9, dans la banlieue de Libreville, l’organisation syndicale a dressé un réquisitoire sévère contre le déroulement des élections professionnelles dans le secteur éducation, déroulées le 28 avril dernier, dénonçant de multiples irrégularités, un manque de transparence dans le processus électoral ainsi qu’une volonté manifeste, selon elle, de remettre en cause la victoire obtenue par les enseignants de la base. Pendant plus d’une heure, le secrétaire général du SEB est revenu sur la genèse du mouvement, les tensions internes ayant conduit à sa création, les conditions dans lesquelles les élections professionnelles se sont déroulées, mais aussi sur ce qu’il considère comme une marginalisation délibérée du syndicat dans l’organisation des examens nationaux.
D’entrée de jeu, J.B. Nguema Bekale a tenu à saluer les enseignants, psychologues, conseillers d’orientation, agents administratifs et l’ensemble des acteurs du système éducatif gabonais qu’il a qualifiés de « bâtisseurs de la nouvelle école gabonaise ». « Le SEB, c’est le syndicat des enseignants de la base. Nous sommes la décision, nous sommes la base », a-t-il déclaré avec fermeté, sous les applaudissements de plusieurs militants présents dans la salle.
Pour mieux situer le contexte, le secrétaire général a rappelé les origines du mouvement syndical qui a conduit à la création du SEB. Selon lui, tout commence le 17 janvier 2026, avec la mise en place du collectif SOS Éducation, né dans un contexte de revendications sociales et professionnelles des enseignants. À l’époque, explique-t-il, le collectif fonctionnait sur un principe de revendication collective sans désignation officielle de représentants. Une approche qui, selon les responsables du SEB, a rapidement montré ses limites. « Certains ont commencé à prendre des décisions unilatérales, allant jusqu’à déposer des cahiers de charges et engager des négociations sans l’aval de la base souveraine », a dénoncé J.B. Nguema Bekale.
Cette situation aurait progressivement créé des tensions profondes entre ceux qui se considéraient comme les décideurs du mouvement et les enseignants qui estimaient défendre réellement les intérêts de la profession. Le responsable syndical a néanmoins salué la médiation conduite à l’époque par l’honorable Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, qui avait permis d’aboutir à la signature d’un protocole d’accord additionnel entre les autorités et les représentants des enseignants. Selon le SEB, même si une grande partie de ce protocole a été respectée, plusieurs engagements n’ont jamais été totalement appliqués, notamment la publication mensuelle des listes des bénéficiaires des mesures arrêtées. Conscients que les élections professionnelles allaient devenir une étape décisive dans la structuration du paysage syndical gabonais, les enseignants réunis en assemblée générale le 28 février avaient alors décidé de suspendre le mouvement de grève afin de transformer leur dynamique en véritable organisation syndicale. C’est ainsi qu’est né le Syndicat des Enseignants de la Base (SEB).
« Nous avons remporté les élections »
Très rapidement, le SEB affirme avoir concentré toutes ses forces sur un objectif précis, celui de remporter les premières élections professionnelles organisées dans le secteur éducation au Gabon. « Grâce à la confiance des enseignants, nous y sommes parvenus. Oui, nous avons remporté ces élections », a affirmé sans détour le secrétaire général. Selon lui, ces élections devaient permettre d’identifier les organisations syndicales les plus représentatives dans chaque secteur de l’administration publique à travers le nombre de délégués obtenus. Le SEB soutient avoir démontré son implantation sur l’ensemble du territoire national malgré de nombreuses difficultés administratives et organisationnelles. Mais pour le syndicat, le processus électoral a rapidement pris une tournure problématique.
Le secrétaire général du SEB a dénoncé un « pilotage à vue » des élections professionnelles, pointant du doigt des changements successifs dans les textes réglementaires encadrant le scrutin. Il a notamment cité plusieurs arrêtés pris entre avril 2026 et ayant modifié les règles relatives à l’organisation des élections, en particulier le nombre de délégués syndicaux à élire dans les administrations de plus de 15 000 agents. Selon le SEB, alors que les candidatures avaient été déposées sur la base de dix délégués titulaires et dix suppléants, de nouvelles dispositions auraient été introduites en pleine campagne électorale, provoquant une confusion générale. Le syndicat affirme également avoir été volontairement écarté de plusieurs réunions préparatoires liées à l’organisation du scrutin.
Plus grave encore, le SEB soutient que dans plusieurs localités du pays, ses bulletins de vote étaient absents le jour du scrutin.
Le cas du Moyen-Ogooué a été particulièrement évoqué. Selon les responsables syndicaux, sur dix-neuf bureaux de vote recensés dans cette province, un seul aurait finalement disposé du matériel électoral du SEB, et ce avec plusieurs heures de retard. « Le matériel est arrivé à 15 heures alors que le vote était déjà largement entamé », a dénoncé J.B. Nguema Bekale.
Le syndicat affirme que des situations similaires ont été observées dans d’autres provinces du pays.
Des incohérences dans les résultats
Malgré ces difficultés, les résultats publiés par la Commission nationale des élections professionnelles placeraient le SEB en tête dans le secteur éducation avec six délégués obtenus. Cependant, le syndicat dit avoir constaté plusieurs anomalies statistiques. Selon les chiffres avancés par le secrétaire général, le nombre de suffrages valablement exprimés annoncé officiellement ne correspondrait pas au total des voix attribuées aux différentes organisations syndicales. Le SEB évoque un écart de plus de 1 200 voix. « Nous avons déposé un recours afin d’obtenir des explications précises sur ces incohérences, mais jusqu’à ce jour, aucune réponse ne nous a été fournie », a regretté le responsable syndical. Le syndicat dénonce également l’organisation d’élections partielles dans certains bureaux sans publication préalable des centres concernés.
Autre élément jugé troublant est celui de l’augmentation importante du nombre d’électeurs inscrits entre le premier et le second scrutin. Selon le SEB, le fichier électoral serait passé de 16 915 à 25 579 inscrits sans qu’aucune explication officielle ne soit apportée sur les nouvelles inscriptions. Pour les responsables syndicaux, ces modifications successives et l’absence de communication transparente fragilisent sérieusement la crédibilité du processus électoral.
Face à cette situation, le SEB estime être victime d’une volonté délibérée de remise en cause de sa victoire électorale. « Nous sommes convaincus que le SEB est la cible d’une cabale », a déclaré J.B. Nguema Bekale. Le syndicat annonce ainsi qu’il se réserve le droit de suspendre sa participation aux concertations organisées par le ministère de l’Éducation nationale tant que les résultats définitifs et les différentes irrégularités dénoncées ne seront pas clarifiés. Tout en réaffirmant son attachement aux voies légales et au respect des institutions, le SEB promet de poursuivre le combat pour faire reconnaître ce qu’il considère comme le choix souverain des enseignants gabonais.
Le SEB dénonce son exclusion des examens nationaux
L’autre point majeur de cette conférence de presse concernait l’organisation des examens nationaux, notamment le CEP, BEPC et le BAC. Interpellé par un journaliste sur la faible présence du syndicat parmi les observateurs désignés dans les centres d’examen, le secrétaire général du SEB a confirmé que son organisation se considère volontairement écartée du dispositif. Il affirme que le syndicat a découvert, à travers des documents circulant sur les réseaux sociaux, que le nombre d’observateurs attribués au SEB était extrêmement faible malgré sa position de premier syndicat du secteur éducation.
Selon lui, sur plus de 600 centres d’examen, le SEB ne disposerait que d’une quarantaine d’observateurs. Dans certaines provinces, notamment le Haut-Ogooué et le Moyen-Ogooué, le syndicat affirme ne disposer d’aucun représentant. « Comment expliquer qu’un syndicat arrivé premier dans le secteur éducation soit quasiment absent des centres d’examen pendant que d’autres organisations moins représentatives occupent l’essentiel des postes d’observation ? », s’est interrogé le secrétaire général.
Pour le SEB, cette situation constitue une atteinte grave au principe d’équité syndicale et au respect du choix des enseignants. Dans un ton à la fois ferme et solennel, le secrétaire général du SEB a également adressé un message au président de la République, chef de l’État et du gouvernement.
Il a appelé les plus hautes autorités du pays à garantir le respect des droits syndicaux et à préserver le climat social dans le secteur éducation. « Ne permettez pas que les droits fondamentaux des enseignants soient piétinés », a-t-il lancé. Le syndicat affirme vouloir privilégier le dialogue avec l’administration, mais insiste sur le fait que ce dialogue doit se faire dans le respect mutuel et la reconnaissance de la représentativité issue des urnes. « Le SEB n’est pas un syndicat de confrontation. Nous sommes disposés à travailler avec l’administration, mais ce partenariat doit reposer sur le respect et l’équité », a précisé J.B. Nguema Bekale.
Le Syndicat des Enseignants de la Base a appelé les enseignants gabonais à rester unis, disciplinés et mobilisés afin de défendre leurs droits et leur dignité. Le bureau national du syndicat a annoncé l’installation prochaine des structures locales conformément à ses textes internes. Dans une ambiance marquée par la détermination des militants présents, le secrétaire général a réaffirmé la volonté du SEB d’utiliser « toutes les voies légales » pour faire reconnaître sa victoire et défendre les intérêts des enseignants gabonais.